La Parabole du Semeur

(Mt 13, 3-9.18-23)

1 Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord du lac. 2 Une foule immense se rassembla auprès de lui, si bien qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage 3. Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : " Voici que le semeur est sorti pour semer. 4 Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger.5 D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt parce que la terre était peu profonde. 6 Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. 7 D’autres grains sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés. 8 D’autres sont tombés sur la bonne terre et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. 9 Celui qui a des oreilles, qu’il entende !
…18Ecoutez ce que veut dire la parabole du semeur. 19 Quand l’homme entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : cet homme, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin. 20 Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est l’homme qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; 21 mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe aussitôt. 22 Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est l’homme qui entend la Parole ; mais les soucis du monde et les séductions de la richesse étouffent la Parole, et il ne donne pas de fruit. 23 Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est l’homme qui entend la Parole et la comprend ; il porte du fruit à raison de cent ou soixante ou trente pour un. "

(traduction liturgique)

Les exégètes (ceux dont la mission consiste à étudier les textes bibliques) nous expliquent que Jésus n’a rien écrit. Son enseignement a été écouté, médité, par les Communautés chrétiennes. Les paraboles, ces petites histoires porteuses de son message, ont été utilisées de différentes manières par les évangélistes et, pour celle qui nous occupe aujourd’hui, une explication en a été donnée, qui n’est peut-être pas de la bouche même de Jésus. Il faut donc d’abord distinguer l’histoire elle-même et l’explication que l’évangéliste en donne.

L’histoire elle-même

Reconnaissons que nous avons à faire avec un drôle de semeur. Quel gaspillage ! Si les agriculteurs d’aujourd’hui semaient leur blé comme lui, ils feraient faillite en peu de temps. On nous dit que, en ce temps-là en Palestine, on semait avant de labourer. Alors, bien sûr, on perdait beaucoup de grains : sur le chemin qui traversait le champ, sur les cailloux dont on n’avait pas pu débarrasser le sol, dans les épines si difficiles à déraciner. Quel bonheur d’avoir un si bon rendement dans le peu de bonne terre restante !

En fait, ce qui nous est raconté, c’est l’histoire, sinon d’un échec, du moins des difficultés que rencontre le semeur. Quels sont ses « ennemis », ses opposants ? les oiseaux du ciel, le soleil, les épines, autant d’éléments qui viennent moins du terrain lui-même que de l’extérieur. Et si le semeur, c’était Jésus lui-même ? Sa parole, il la sème à tout va depuis le début de sa vie publique. Mais il rencontre des oppositions, en particulier celle des pharisiens. On reproche à ses disciples d’avoir arraché des épis un jour de sabbat pour en manger le grain ; Jésus a osé guérir un homme à la main paralysée, aussi un jour de sabbat ; on le traite de disciple de Béelzéboul, le chef des démons, etc… Cette parabole ne serait-elle pas la reconnaissance des difficultés que Jésus rencontre dans sa mission ? D’ailleurs, à la fin de ce chapitre, nous le voyons rejeté par les gens de son village. Cependant la parabole se termine par une note d’espérance : le grain finit par tomber dans la bonne terre où il va donner un rendement inespéré.
En résumé, l’accent est mis sur les difficultés rencontrées par le semeur.

L’explication donnée par l’évangéliste

En général, les paraboles de Jésus ne reçoivent pas d’explication particulière (une autre exception : la parabole du bon grain et de l’ivraie – Mt 13, 24-30… 13, 36-43). L’évangéliste transforme la parabole en allégorie : chaque élément de l’histoire trouve une application qui lui est propre. Comment chaque terrain va-t-il recevoir le grain ? Comment la Parole va-t-elle être reçue, comprise ou non, suivant l’action des « opposants » ?

Le premier des opposants, c’est le Mauvais (l’esprit du mal) qui réussit à empêcher de comprendre la Parole du Royaume. Le second, c’est la persécution à cause de la Parole. Ecrit dans les années 80, ce texte fait sans doute allusion aux premières persécutions. Mal enraciné, le croyant lâche prise. Le troisième ce sont les séductions des richesses qui empêchent la Parole de produire du fruit. L’enjeu est moins la conduite morale que la compréhension, l’intelligence de la Parole. C’est bien ce qui est dit au v 23 : « Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est l’homme qui entend la Parole et la comprend ; il porte du fruit à raison de cent ou soixante ou trente pour un.  »

Ici, l’accent est mis sur la réception de la Parole, en définitive sur la foi.

Une parabole pour nous aujourd’hui

‘Ceux qui sèment dans les larmes moissonnent en chantant’ (Ps 126, 5)

Temps des semailles… temps des labeurs… temps du grain qui, parfois, a du mal à porter son fruit…Toi, Seigneur, tu es le seul Semeur. Merci pour cette Parole que tu livres sans cesse à notre humanité.

Tu nous as choisis pour être tes ouvriers… mais nous sommes souvent fatigués, parfois découragés. Nous avons rêvé d’un champ sans cailloux, sans épines. Mais combien de fois nous ne rencontrons que le sol dur, imperméable, du chemin, un chemin d’indifférence. Les difficultés nous aveuglent et nous avons de la peine à voir le grain qui, dans le silence, germe, pousse sa tige et s’apprête à porter l’épi, un épi d’espérance.

Redonne aujourd’hui à ton Eglise la ferveur de sa jeunesse. Et, au creux de la nuit, redis-lui la parole de Paul aux Corinthiens (1 Co 3, 6) : « Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui donne la croissance  ».

Joseph CHESSERON