Saint Isidore de Séville, sa vie

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Le texte ci-dessous sur la vie de Saint Isidore provient du livre "Les PETITS BOLLANDISTES" - Vies des saints - Tome IV - aimablement prêté par les sœurs du Carmel de Bessine (voir aussi les écrits de saint Isidore)

 
SAINT ISIDORE, ARCHEVEQUE DE SEVILLE
ET DOCTEUR DE L'ÉGLISE
839. — Pape : Honoré Ier. — Rois d'Espagne : Sisebut ; Récarède II.
Celui-là est heureux qui est sage selon Dieu : la vie heureuse, c'est la connaissance de la divinité ; la Connaissance de la divinité est 1e fruits des bonnes Œuvres.
 Sentence de saint Isidore.
Carthagène fut la patrie d'Isidore. Son père Sévérien, et sa mère Théodora, étaient de la plus haute noblesse. Il eut deux frères, saint Léandre et saint Fulgence, tous deux évêques, et une sœur, Florentine, aussi honorée d'un culte public. Lorsqu'il était encore dans les langes, sa nourrice l'ayant laissé seul dans le jardin, il fut environné d'un essaim d'abeilles, dont quelques-unes entraient dans sa bouche et y déposaient leur miel, tandis que les autres couraient sur son visage sans lui faire aucun mal ; ce qui fût-pris pour un présage de sa douceur et de son admirable éloquence. Il fut d'abord l'élève de son frère aîné, saint Léandre, évoque de Séville, qui l'aimait comme un fils, mais qui usait envers lui d'une telle sévérité, qu'un jour le jeune Isidore, craignant les corrections trop énergiques et trop fréquentes de son frère, s'enfuit de l'école de Séville. Après avoir erré quelque temps dans la campagne, le jeune écolier s'assit auprès d'un puits où il se mit à regarder la margelle creusée en divers endroits par la chute continuelle de quelques gouttes d'eau. Il se demandait d'où provenaient ces sillons, lorsqu'une femme qui venait chercher de l'eau, et que frappèrent vivement la beauté et l'humble innocence de l'écolier, lui expliqua que les gouttes d'eau, en tombant sans cesse sur le même endroit, avaient creusé la pierre. Il rentra en lui-même, et il comprit que si l'eau avait pu creuser cette pierre, l'assiduité à l'étude pourrait bien imprimer dans son esprit les sciences qu'on demandait qu'il apprît : aussi il retourna sur ses pas et s'appliqua plus que jamais aux lettres humaines. Il se fit même, par l'opération de Dieu qui le destinait à être le premier docteur de son siècle, un si grand changement dans sa personne, qu'il devint en peu d'années très-habile dans les langues latine, grecque et hébraïque, excellent orateur, savant philosophe, bon mathématicien et théologien incomparable. Son historien ne fait point difficulté de dire qu'il a égalé Platon en élévation d'esprit, Aristote dans la connaissance des choses naturelles, Cicéron en éloquence, Didyme en abondance, Origène en érudition, saint Jérôme en solidité de jugement, saint Augustin en doctrine et saint Grégoire dans la facilité de tirer des sens moraux de l'Ecriture sainte. Il vécut longtemps dans une cellule où son frère le tint enfermé pour l'empêcher de se trop répandre au dehors, en lui donnant les plus savants maîtres du temps.
Devenu le collaborateur actif de son frère dans la conversion des Ariens, il combattit avec beaucoup de vigueur ceux qui résistaient et que soutenait le roi Leuvigilde, son beau-frère ; et, bien que ce prince fût armé de fureur contre son propre sang, et qu'il n'eût pas même épargné son propre fils, saint Herménégilde, notre Saint ne laissa pas néanmoins de s'opposer courageusement à sa perfidie et de confirmer sans cesse les catholiques dans la foi de la consubstantialité du Verbe divin avec son Père ; aussi regardait-il le martyre comme un souverain bonheur, et il eût volontiers acheté au prix de tous ses biens l'honneur de mourir pour la défense de la vérité catholique.
La persécution finit par la mort du persécuteur et par la conversion de Récarède, son autre frère et son successeur au royaume des Goths, à laquelle saint Isidore ne contribua pas peu ; alors notre Saint se retira dans un monastère qu'il avait fait bâtir, pour y travailler plus facilement à la mortification de ses sens et de ses passions, à la ruine de son amour-propre, à l'étude des saintes Ecritures et à la méditation continuelle des vérités divines. Ce fut là une école céleste où il acquit en peu de temps de grands trésors de science et de vertu ; mais le décès de saint Léandre, son frère, étant arrivé, il fut tiré du cloître par force et après plusieurs résistances, pour gouverner l'église de Séville, qui était alors la première de toute l'Espagne (600 ou 601). On ne saurait rien ajouter au soin qu'il apporta pour s'acquitter dignement de ce grand emploi, et pour être pasteur d'effet comme il l'était de nom. Il se fit l'œil de l'aveugle, le pied du boiteux, la consolation des affligés, le soulagement des pauvres et le refuge de tous les malheureux. Il n'épargna rien pour exterminer l'arianisme qui infestait encore une grande partie de son diocèse ; pour réformer les mœurs des fidèles, qui s'étaient corrompues sous le règne des hérétiques ; pour rétablir dans sa splendeur la discipline ecclésiastique et pour faire que les offices de l'Eglise fussent célébrés avec la majesté et la dévotion que demande la grandeur du Dieu que l'on y honore. Il composa pour cela deux livres des divins Offices, avec un Missel et un Bréviaire, qui ont été longtemps en usage parmi les Goths et les Mozarabes. On croit que cet Office était aussi en usage en France avant Charlemagne.
Comme ce vigilant Prélat savait que l'instruction et l'éducation des jeunes clercs est d'une extrême importance pour la bonne conduite d'un diocèse, il fit bâtir un collège, ou séminaire, pour y élever ceux qui aspiraient aux saints Ordres et à l'état ecclésiastique ; et, quoique le gouvernement de son évêché lui donnât beaucoup d'affaires, il ne laissait pas de s'y rendre assidûment, non-seulement pour leur enseigner la doctrine sacrée, que nous appelons maintenant théologie, mais aussi pour les former aux fonctions et aux cérémonies de leur état. Il fonda aussi par toute l'Espagne plusieurs beaux monastères, bientôt remplis d'un grand nombre de saints religieux, pour la conduite desquels il composa une règle, que l'on appelle la Règle de saint Isidore ; le saint Abbé d'Aniane en fait souvent mention dans sa Concorde des Règles. Cela fait juger à plusieurs que celle de saint Benoît n'était pas encore reçue en ces provinces 1.
Deux conciles furent célébrés de son temps en Espagne ; il y présida : le premier est celui que nous appelons le second de Séville, où il convainquit un hérétique Acéphale, nommé Grégoire, et guérit un aveugle par le seul attouchement de son gant. Le second fut le quatrième de Tolède, où il fit faire soixante-quatorze Canons très-utiles pour l'explication de la foi et pour le rétablissement de la discipline de l'Eglise. On croit que ce fut ce concile qui le pria de dresser le Missel et le Bréviaire à l'usage des églises d'Espagne 2. Il fit beaucoup d'autres ouvrages, dont saint Braulion et saint Ildefonse, qui étaient sortis de son séminaire, et qui avaient admirablement bien profité de ses instructions, ont fait le catalogue. On lui en attribue encore d'autres, que l'on peut voir mentionnés dans ses œuvres.
Six mois avant sa mort, il en ressentit les approches par une fâcheuse maladie ; quoiqu'elle lui affaiblît le corps, elle semblait néanmoins lui fortifier l'esprit. Sa première application, dans ce mal, fut de redoubler ses aumônes, ou, pour mieux dire, de faire distribuer aux pauvres, aux vierges, aux monastères et aux étudiants tout ce qui lui restait de biens. Une augmentation de fièvre l'ayant averti, quatre jours avant son décès, que l'heure en était fort proche, il fit venir deux évêques, ses suffragants, pour l'assister dans ce passage. Après leur arrivée, il se fit porter dans l'église de Saint-Vincent, où il donna la bénédiction à son peuple, accouru les larmes aux yeux pour la recevoir. Ensuite, étant assis au milieu du chœur, il se dépouilla de ses habits, se fit donner le cilice et la cendre par ces évêques, et, en cet habit de pénitence, il fit cette prière à Dieu :
« 0 Dieu, qui connaissez les cœurs des hommes, qui avez pardonné au Publicain ses péchés, lorsque, éloigné par respect de vos autels, il se frappait humblement la poitrine ; et qui avez rendu la vie à Lazare, mort depuis quatre jours, recevez maintenant ma confession et détournez vos yeux des péchés sans nombre que j'ai commis contre votre majesté. C'est pour moi, et non pas pour les justes que vous avez mis dans l'Eglise, le bain salutaire de la pénitence ». Il prolongea encore cette oraison, et, après avoir été absous par un des évêques, il reçut la sainte communion avec de grands sentiments d'humilité et de contrition. Ensuite il se recommanda aux prières de toute l’assistance et pria aussi pour son peuple ; et, pour couronner par une action héroïque une si belle disposition à la mort, il fit venir tous ses débiteurs et leur rendit leurs obligations ; il commanda en même temps que ce qui lui pouvait rester d'argent fût sur-le-champ donné aux pauvres.
Il se fit de même porter à l'église les autres jours, et, le quatrième, il rendit son âme à Dieu, entre les mains de ses clercs et d'un nombre infini de moines, de vierges et de saints laïques, qui voulurent assister à une mort si précieuse, le 4 avril 639.
Le corps de saint Isidore fut inhumé au lieu même où il mourut. En l'année 1058, il fut transféré en la ville de Léon, capitale du royaume du même nom, où il repose dans l'église de Saint-Jean-Baptiste, laquelle porte aujourd'hui le nom de Saint-Isidore.
Pour bien juger des services que saint Isidore a rendus à l'Eglise et à l'Espagne, il faut surtout le considérer comme écrivain ecclésiastique et réformateur des hautes études. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire le tableau de cet utile et glorieux épiscopat tracé par l'illustre auteur des Moines d'Occident.
« Pendant quarante ans d'épiscopat », dit-il, « sa science, son zèle, son autorité, consolidèrent l'heureuse révolution et la renaissance littéraire dont son frère avait été le premier auteur. Il acheva de détruire l'arianisme, étouffa la nouvelle hérésie des Acéphales, continua, fortifia et agrandit le vaste système d'éducation dont Séville était le foyer, et qu'il fit étendre, par le quatrième concile de Tolède, à toutes les églises épiscopales d'Espagne, en prescrivant partout l'étude du grec et de l'hébreu.
« II fut en outre le créateur de cette liturgie espagnole, si poétique et si imposante, qui, sous le nom de Mozarabe, survécut à la ruine de l'Eglise visigothe et mérita d'être ressuscitée par le grand Ximenès.
« Ecrivain fécond, infatigable et prodigieusement érudit, il rédigea, entre tant d'autres travaux, l'histoire des Goths, de leurs conquêtes et de leur domination en Espagne. Il a fait connaître Aristote aux peuples nouveaux de l'Occident, longtemps avant que les Arabes ne vinssent le remettre en vogue ».
On a donné pour attributs à saint Isidore les abeilles, un prince qui est à ses pieds et une plume. Les abeilles symbolisent, sinon la douceur de son éloquence, au moins le charme et l'abondance incroyable de sa parole. « Car il avait », dit saint Braulion, « une facilité d'élocution admirable, et se proportionnait sans contrainte à l'intelligence de ceux qu'il avait à instruire ». « On aimait », ajoute saint Ildefonse, « à l'entendre dire deux fois la même chose ; et quand même il l'aurait répétée plusieurs fois, on n'en eût pas été ennuyé ». Enfin, les abeilles, qui sont devenues comme son blason, n'expriment-elles pas aussi cette diligence avec laquelle il butina à travers tous les livres de l'antiquité, pour produire de véritables encyclopédies de tout le savoir humain ? La plume symbolise également l'écrivain, et un prince est à ses pieds parce qu'il acheva de réconcilier avec l'Eglise les Goths ariens, maîtres de l'Espagne.
 
1. Voir la vie de saint Benoît d’Aniane, au 11 février.
2. Voir les Conciles généraux et particuliers, par Mgr Guérin. Bar, 1869 ; 3 vol. in-8°.
 
(voir aussi les écrits de saint Isidore)