Montagne - Transfiguration, Prailles 06/08/2017

Montagne - Transfiguration

Vous avez sans doute entendu dans votre vie de multiples homélies sur la Transfiguration. On a comparé devant vous les trois textes des Synoptiques, en notant les petites différences. On a fait le rapprochement avec la voix du Baptême de Jésus et la voix sur la Montagne. On vous a fait remarquer que Jésus est seul quand les Apôtres ouvrent les yeux, et on vous a expliqué pourquoi. On vous a dit que ce récit précède l’annonce de la Passion. Et on a eu raison de vous dire tout ça. Justement, pour éviter la lassitude occasionnée par la répétition, je vais m’attacher à la symbolique de la montagne à travers certains textes de la Bible. Je serai bien évidemment incomplet ; ça n’a pas d’importance car je ne suis pas ici pour faire un cours biblique, même si je parcours la Bible avec vous.

Faisons un sort rapidement à la première « montagne » citée dans la Bible, à vrai dire qui n’en est pas une, mais que les hommes auraient bien voulu telle, la Tour de Babel, pour atteindre Dieu par leur propre force… et prendre sa place. Vous savez ce qui est arrivé. Toute tentative pour mettre la main sur Dieu est vouée à l’échec : Dieu seul se donne lui-même à voir et à entendre sur la montagne, on ne peut par nos propres forces avoir barre sur lui.

La deuxième montagne, c’est le Mont Morija, le mont de la « ligature d’Isaac », plus simplement de « sacrifice d’Isaac ». C’est le lieu où la « divinité » est remplacée par le Seigneur, le Seigneur qui voit la foi sans réserve d’Abraham. Sans moralisme aucun, je retiens de ce texte que la foi, c’est la montée vers le sommet, à l’appel du Seigneur, sans trop savoir où Il veut nous mener ; on marche en lui faisant confiance (Dieu y pourvoira, mon fils), et cette confiance est libératrice ; Isaac est « délié » et il n’est plus question de lui dans la fin du récit. Ce texte est une sorte de pédagogie de la foi telle que le Seigneur l’attend de nous. La foi n’est pas esclavage ; elle est liberté.

La troisième montagne, c’est l’Horeb ou le Sinaï.
Le personnage biblique de cette montagne est naturellement Moïse. Je ne vais naturellement pas reprendre toute son histoire : quatre livres sur cinq de la Torah en moins de deux minutes, vous vous rendez compte ? Je me contente de dire que Moïse, le familier de Dieu, reçoit la loi sur la Montagne, Montagne symbole de la rencontre inexprimable avec le Seigneur, dans le seul but de donner au peuple le sens de leur marche dans le désert. Malgré leur nuque raide, malgré leurs révoltes, malgré aussi ses faiblesses à lui, Moïse ira jusqu’au bout de sa mission : faire de ce ramassis de gens un peuple d’où naîtra celui que le Père enverra pour amener toute l’humanité jusqu’à lui.

La quatrième montagne, c’est la même que la précédente, mais « l’alpiniste »n’est pas le même !
Élie a voulu jouer les forts-à-bras avec les prêtres de Baal. Mais le voilà poursuivi par Jézabel, démuni, désespéré. Encouragé par Dieu, il monte au sommet de la montagne, et le texte nous fait assister à une théophanie [manifestation de Dieu] radicalement différente : Dieu n’est ni dans le vent, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu. Alors survient (littéralement) « le bruit d’un silence ténu ». Autrement dit, un Dieu discret sur lequel, de nouveau, on ne peut mettre la main. L’humilité de Dieu, thème repris dans les évangiles, dans Paul … notre Dieu est un Dieu qui se donne à chercher, dont la présence est souvent apparemment absence. De cette rencontre « déroutante », Elie sortira transformé. Son combat ne sera plus seulement religieux. Il défendra l’opprimé à travers la figure du vigneron Naboth.
Puissions-nous faire le même chemin qu’Élie : que les actes de piété envers Dieu ne nous fassent pas oublier les actes de justice envers nos frères !

De l’Ancien, passons au Nouveau Testament.

D’abord, la Montagne des Béatitudes, selon Matthieu, lesquelles Béatitudes, dans Luc, sont proclamées dans la plaine, ce qui montre bien que nos montagnes, ici, ne sont pas géographiques mais théologiques, une manière, à travers le langage humain, de nous ouvrir au mystère/révélation de Dieu. Jésus, nouveau Moïse, donne au nouveau peuple de Dieu le sens de sa marche à travers l’histoire. L’Église, au cœur de l’humanité, poussée par l’Esprit, marche aux pas de la Parole vivifiante de Jésus. D’où l’exigence, pour les chrétiens de se nourrir sans cesse de cette Parole.

De la Galilée, Jésus monte avec courage vers son ultime combat qui se terminera au Mont Golgotha, dernière montagne de sa vie terrestre. Ceux qui marchent avec lui ne comprennent pas, refusent la perspective de la Passion. Ils se disperseront comme le troupeau attaqué par les loups. Ils ne comprendront que par la rencontre du Ressuscité. Dans le récit, ils ont besoin d’un phare vers lequel ils pourront tourner leurs yeux quand tout sera accompli. C’est la Montagne de la Transfiguration, qui récapitule l’Ancien Testament en les personnes de Moïse et d’Élie.

C’est pour nous que les Évangélistes ont rapporté ce récit. Dans nos vies quotidiennes, le visage du Christ apparaît très souvent comme le visage du Recrucifié ! Le phare de la Transfiguration nous permet de faire mémoire de celui qui a franchi les portes de la mort, tout en restant proche de nous ; il nous touche comme il a touché les Apôtres de la main. Alors, avec la Communauté protestante de Pomeyrol, nous disons :

Seigneur,
Tu as toujours éclairé mes ténèbres,
et bien que sans lumière,
aujourd’hui je crois.

Joseph Chesseron
Monastère de Prailles (79)
06/08/2017