La parabole des dix vierges (Matthieu 25, 1-13)

Le Royaume de Dieu dans les paraboles de l’Evangile La parabole des dix vierges (Matthieu 24, 1-13)

JPEG Dix jeunes filles, sont invitées à des noces.

Les versets 1–4 constituent une sorte de prologue fournissant d’avance la clé de la lecture : 5 demoiselles ont de la suite dans les idées, 5 autres sur lesquelles insiste le récit sont étourdies : elles n’ont pas pensé que l’attente pouvait se prolonger et elles n’ont pas fait provision d’huile pour alimenter leurs flambeaux. Ces 10 jeunes filles sont avisées ou insensées, comme ceux qui bâtissent à même le roc ou sur le sable (cf Matthieu 7, 24-27).

Dans les versets 5-7, le rideau se lève sur les jeunes filles endormies. Leur assoupissement n’est pas fautif : il indique seulement que l’époux a tardé au-delà du prévisible. Sa brusque arrivée réveille tout le monde et le cortège s’apprête.

Les versets 8-10 dévoilent la déconvenue des étourdies : elles ne sont pas en mesure de se joindre à l’évènement tant attendu. Il n’y a pas à disserter ici sur l’attitude discourtoise des demoiselles prévoyantes. Le dialogue des versets 8-9 souligne simplement ceci : c’est maintenant l’heure fatidique où nul ne peut plus rien pour l’autre.

Les versets 11-12, conduisent au dénouement. Les étourdies prient encore (« Seigneur, Seigneur ! ») ; mais l’époux les repousse selon une antique formule de bannissement : « Je ne vous connais pas », dit-il ; je n’ai (plus) rien à voir avec vous.

En épilogue (verset 13), Matthieu ajoute un refrain invitant à « veiller », c’est-à-dire à se tenir toujours prêt (cf Matthieu 24, 36-42).

D’aucuns peuvent être gênés en entendant cette parabole. Exclure ainsi ces pauvres filles des réjouissances ne se fait pas. Mais être invité ne suffit pas ; il faut s’être préparé, car il s’agit là d’une fête peu ordinaire. La parabole fixe l’attention non sur la mauvaise conduite des serviteurs, mais sur le devoir d’être prêt (cf Matthieu 24,44 ; 25,10).

Le récit collectionne les traits allégoriques par lesquels les premiers chrétiens parlaient de la « parousie », la venue du Christ à la fin des temps. Manifestement l’époux est le Christ, et les vierges représentent l’Eglise qui se porte au-devant du Christ. Le retard symbolise la longue attente de la parousie. Accéder à la salle des noces, c’est entrer dans le Royaume, tandis que la porte close, rappelant la fin du sermon sur la montagne (cf Matthieu 7, 22-23), exprime un rejet définitif.

Ainsi le chrétien n’est pas un être stressé par l’imminence de la fin ; il doit prendre ses dispositions pour gérer sa foi dans la durée : c’est sur ce point que portera le jugement divin, pour la confusion de ceux qui ne vivent que dans l’instant présent. L’ivresse de l’instant, plénitude fallacieuse sans avant ni après, l’emporte parfois sur le sens d’au authentique présent qui tire les leçons du passé et prépare le lendemain. C’est alors que la parabole retrouve toute sa force d’interpellation.

Si l’Eglise vit sous l’horizon d’une fin, le jugement se vit « aujourd’hui », dans des choix quotidiens, comme le rappelle la parabole des talents (Matthieu 25, 14-30).

Père Jean-Marie Loiseau
jeudi 17 janvier 2019