Accueil du site > Espace St Hilaire en Sud Deux Sèvres > Photos,Vidéos et Comptes-rendus > L’histoire du quartier du Clou Bouchet et le "Vivre ensemble"

L’histoire du quartier du Clou Bouchet et le "Vivre ensemble"

Voir des photos de la soirée

Soirée du 22 juin 2017 à l’église St Jean-Baptiste de Niort avec l’ESH

Monsieur Baloge, maire de Niort
Monsieur Bellec, ancien maire de Niort et Charles Vasserot ancien proviseur du lycée de la Venise Verte
La communauté locale du lieu
Hervé Beaudouin, architecte de l’église.
Patrice Bruneteau, animateur sportif
Serge Loiseau, prêtre
Boualem LARBI dit « BEN »
Sœur Monique
Claude Juin pour l’ARDDI
Nicolas Bideau de l’association : "Retraite heureuse"
Jacqueline Lefebvre, conseillère municipale
Roger Paquereau aumônier de prison
Bernard Châtaignier, curé de la paroisse de Niort


Monsieur Baloge , le maire de Niort

"Porter un espoir collectif"


Monsieur Bellec , maire de Niort au moment de la construction de l’église

Pour faire cité, il fallait :

une école,
une église,
des services publics.

Nous avons dans le quartier, un lycée, une église, une poste, etc


Charles Vasserot Proviseur du lycée de la Venise Verte de 1988 à 1994

Le Lycée de la Venise Verte et le quartier du Clou Bouchet

Objectif du Conseil Régional, du Rectorat et de la Mairie de Niort :
Désenclaver le quartier du Clou Bouchet dans une première étape en construisant un lycée innovant, un commissariat avec une police de proximité était déjà en place. D’autres constructions ont suivi (église, bureau de poste, bâtiment administratif puis commerces).
Le lycée devait devenir un sas pour faciliter le passage des habitants du quartier vers le centre ville.

Constat  : Créé en septembre 1988 et ouvert aux élèves à la rentrée de septembre 1989, le lycée a été mal accueilli par les jeunes du quartier. En effet les nouveaux bâtiments remplaçaient leur terrain de jeu.

Situation  : En septembre 1989 le lycée accueillait environ 600 élèves : transfert du lycée technique
deux sections de BTS (assurances et gestion)
seconde, première et terminale de la section médico-sociale
six classes de seconde

L’internat conçu pour 260 lits, accueillait déjà une centaine de lycéens (filles et garçons)

Plusieurs incidents sont à noter dès cette première rentrée :
des jeunes du quartier chahutaient la nuit devant l’internat et cherchaient même à y pénétrer ;
un surveillant a été agressé de jour dans la cour du lycée
des jeunes pénétraient dans le lycée dans la journée et en fin de journée pour utiliser nos aires de jeu (basket, tennis)

Réaction du lycée :
1. Demander un complément de personnel au rectorat
- un poste de veilleur de nuit
- un surveillant- animateur qui pourrait s’occuper exclusivement des jeunes du quartier, en particulier le mercredi après-midi

2. Le rectorat a refusé la création d’un poste de surveillant complémentaire mais a accédé, l’année suivante, à ma demande de poste de veilleur de nuit

3. Rendez-vous auprès du maire de Niort, Bernard Bellec. Celui-ci a aimablement accepté de détacher un animateur du quartier, Patrice BRUNETEAU. Le travail effectué par ce dernier a été exceptionnel. Sportif, apprécié des jeunes, il a réussi à les captiver, les grilles du lycée étaient ouvertes (ils n’avaient plus besoin de les escalader) le mercredi après-midi pour leur permettre de pratiquer plusieurs sports dont le basket.

4. Les mesures prises de septembre 1989 à juin 1994 en faveur des jeunes du quartier

4.0. Accès au sport
. En plus des heures scolaires avec Patrice Bruneteau :
. Entraînement mixte avec les lycéens (football et rugby)
Accès certains soirs aux grands matchs de football diffusés sur grand écran dans notre grande salle de réunion avec buvette sans alcool offerte à la mi-temps

4.1. Expositions de qualité préparées par les conservateurs du musée de Niort (Messieurs Gendron et Courant) dans notre grand hall d’entrée ouvertes aux habitants du quartier

4.2. Aide aux devoirs offerte par les lycéens de la section médico-sociale aux collégiens de Jean Zay

4.3. Collecte de jouets à l’approche de la Noël

4.4. Participation à l’activité audio-visuelle de notre foyer avec notamment la création de films sur le quartier

4.5. Création d’un journal lycée-quartier

4.6. Participation aux fêtes du quartier, avec tenue d’un stand lycée.

Remarques  : Cette collaboration avec les habitants dont les jeunes du quartier a pu s’organiser et se développer parce que le climat était favorable, la collaboration de la police de proximité, la collaboration de la mairie de Niort et surtout la mise en place de « la politique de la ville » y ont pris une place importante.

Retour en haut de page



Les représentants de la communauté locale du lieu

ST JEAN BAPTISTE, UNE ÉGLISE, UNE LONGUE HISTOIRE

En deux parties :

Première partie : Présentation du quartier entre 1970 et 2000.

Construit dans les années 70 pour faire face à l’arrivée de main d’œuvre pour des entreprises comme Rougier, ce quartier a été conçu comme une concentration de population dans une concentration de logements.

Le mot « Cité » est de moins en moins utilisé par les habitants. Celui de « Quartier », couramment utilisé, définit le mieux à ce jour leur espace de vie. La présence de commerces, d’une église, de cafés, d’un commissariat et d’équipements collectifs fait passer de la notion de cité à celle de village.

Deux types d’habitat : L’habitat social Une zone pavillonnaire qui s’étend de l’autre coté du boulevard de l’Atlantique

En ce qui concerne la partie HLM, L’OPAC a conduit depuis 2007 une politique de réhabilitation qui a eu pour conséquence la diminution du parc de logements locatifs dans son ensemble. Cela a permis : L’installation de nombreuses administrations et associations. (derrière nous). La transformation de grands logements de type F5 ou F6 en logements plus adaptés à la demande F1, F2.

Les populations immigrantes des années 70, (portugaises, algériennes, marocaines) ont pour la plupart fait construire ou trouvé un logement hors du quartier. C’est probablement là une forme d’intégration réussie. Les attaches au quartier sont très fortes. De nouvelles populations migrantes sont présentes sur le quartier.

En 1970 on parle d’un quartier à multiples facettes qui s’offre à nous : un quartier vieillissant en parallèle une population importante de familles avec enfants, une partie de la population plus âgée devenue « traditionnelle », cherchant un enracinement, qui côtoient une population en mouvement souvent présente parce que le logement est là, s’inscrivant difficilement dans la vie du quartier .

Vie sociale et culturelle Le paysage associatif actuel se compose d’associations : De défense d’intérêts divers( locataires , handicapés , etc ) Identitaires (Maroc, Chili, Algérie, Portugal etc etc.) D’organisations d’activités (foot) De gestion (club de jeunes ) Ou encore issues de mouvements religieux,( ace, Joc)

Le Clou-Bouchet en 2011. La population du Clou-Bouchet sud est très jeune, comptant presque 30% de moins de 18 ans, soit 10 points de plus que la moyenne de la ville. La présence de jeunes enfants y est importante (255 enfants de moins de 6 ans y résident), soit 12% contre 6% pour la ville.

Ainsi, le Clou-Bouchet sud compte une population plus familiale que les autres quartiers prioritaires. On y recense davantage de familles avec enfants, mais surtout beaucoup plus de familles monoparentales. En effet, la monoparentalité représente 45% des familles pour 18% à Niort, soit plus de 200 familles. Les couples sans enfant sont deux fois moins nombreux que les familles monoparentales. Le Clou-Bouchet nord est plus vieillissant. La proportion de personnes seules ou de couples sans enfant est plus importante que sur le Clou-Bouchet Sud et sur la ville.

Deuxième partie : Aujourd’hui

Une partie du quartier du Clou Bouchet, principalement le secteur de l’habitat social est inscrite dans le contrat ville 2015 - 2020.   Cela signifie qu’y vivent les plus pauvres. Si on prend les revenus des 25 % les plus pauvres ils sont passés de 2950 € par an à 1450 € (avant les prestations sociales) de 2007 à 2011 soit - 50 % en 4 ans. Alors que pour la ville de Niort l’augmentation était de 5 % et 8 % pour la CAN. La pauvreté augmente beaucoup sur le quartier.   45 % des allocataires CAF du Clou Bouchet perçoivent un minima social (12 % pour la ville)   Les gens ne choisissent pas de venir habiter au Clou Bouchet, souvent à cause de la mauvaise image véhiculée à l’extérieur.   Mais des efforts d’embellissement des espaces extérieurs, des travaux de réhabilitation le rendent plus agréable.   La plupart des habitants du Clou Bouchet aiment leur quartier, bien desservi en services publics : école, Poste, police, bus mais aussi grâce au Centre Socio Culturel, au centre commercial et tous les commerces et restaurants etc   C’est aussi un quartier avec une vie associative importante. Les associations y sont variées : association d’aide à domicile, de défense et d’entraide : handicapés, AVEC : association vivre ensemble au Clou Bouchet (laverie), de locataires, de consommateurs... association sportive : foot, boxe... associations de loisirs et culturelles.... Il s’y vit de belles solidarités familiales, de voisinage ou autres...   Les personnes qui ont quitté le quartier pour aller vivre ailleurs gardent le plus souvent une image positive du quartier ; et y reviennent volontiers à l’occasion de la fête du quartier, de fêtes familiales ou autres... et même pour y travailler

Dans les années 80, le quartier du Clou-Bouchet est composé de familles issues du milieu rural et ouvrier, avec la présence de nombreux portugais. Toutes ces personnes, venues travailler en ville, ont contribué à développer le quartier, mais les difficultés y sont nombreuses.

Conscients de l’isolement et de l’absence de l’Église dans ce lieu, des prêtres et des religieuses ont décidé de partager la vie des habitants, en étant présents dans les mêmes logements. Depuis l’arrivée des prêtres sur la cité, une salle était prêtée aux chrétiens par les H.L.M. Cette salle leur a été retirée en juin 88, en raison de travaux de rénovation.

Tout ceci a provoqué une réflexion sur la place et le rôle des chrétiens. La question d’un lieu de rassemblement repérable par tous dans la cité pour changer son image et lui redonner une âme, a été suggérée. Le Père Jean-Louis Tapin a été au cœur de l’entreprise. Un questionnaire précis a été distribué pour sonder l’avis de tous. Puis tous les habitants ont été invités à une A.G. et se sont exprimés en faveur d’une église dotée de salles pour des réunions diverses.

Les chrétiens à cette époque se retrouvent tous les mois ou presque, pour prier ensemble, partager leur vie, évoquer l’avancée des projets et débattre de l’avenir de la vie de l’Église dans leur quartier. Pour eux, l’important c’était de faire communauté avant de construire.

Une commission de 8 membres se réunit régulièrement avec les responsables de l’Évêché, de la Ville ainsi que les architectes pour mettre sur pied la construction. Le financement est assuré par l’Evêché, l’ensemble des chrétiens de Niort, et de nombreux donateurs anonymes, chrétiens ou non, heureux de participer à la réalisation de cette église.

Que sera cette nouvelle Église ? Quel nom ?...

L’errance des chrétiens de salle en salle dans la cité en attendant un lieu définitif leur a fait penser à St Jean-Baptiste qui dans le désert préparait le chemin du Seigneur. Par ailleurs St Jean-Baptiste est le patron des chamoiseurs.
Ce sera donc : ST JEAN-BAPTISTE

L’église se construit en 8 mois en 1992.
Elle est très fréquentée, les liturgies y sont vivantes, les salles très utilisées.

Beaucoup de liens ont été créés et continuent à se créer aujourd’hui.

Retour en haut de page



Hervé Beaudouin , architecte de l’église.

"Elle a bien vieilli"
Et après avoir expliqué sa démarche, il a conclu par un
"Je suis content de moi",
qui a été approuvé par les utilisateurs actuels très satisfaits du résultat dont ils profitent depuis 25 ans.

Retour en haut de page



Patrice Bruneteau animateur sportif

Animateur sportif embauché par la ville de Niort pour travailler avec les jeunes du lycée de La Venise verte et ceux du quartier.
Toujours aussi enthousiaste il n’a pas oublié les nombreuses années passées ici.

Retour en haut de page



Serge Loiseau , prêtre du lieu.

Vivre ensemble, c’est d’abord commencer par vivre avec… et cela prend du temps.
On ne se parachute pas comme ça sur un quartier aussi disparate.
On apprend à y retrouver les repères essentiels ou importants qui peuvent aider à rejoindre les populations qui vivent sur ce quartier.
Le Conseil de Quartier, comme structure associative, offre cette possibilité, en lien avec les Conseils des autres quartiers de la ville et avec les personnels de la Mairie relatifs à …il n’est pas le seul…il y a aussi la participation à tel ou tel Conseil d’administration comme le Square, resto associatif d’insertion ...ou encore plus récemment au Conseil Citoyen mis en place sur ces quartiers (T-Chabot-Gavacherie-Clou-Bouchet) et celui de la Colline St André-Le Pontreau …la proximité de l’Hôtel de la Vie Associative est un lieu qui favorise ces rencontres...

L’essentiel dans tout cela reste toujours le service de l’autre, dans le respect de sa différence…il faut pouvoir dire d’où l’on parle...être repéré…être avec d’autres un faiseur de liens, accepter de marcher au pas des autres … être la petite goutte d’huile nécessaire au bon fonctionnement de l’ensemble...une histoire à vivre et à suivre…
Retour en haut de page



Boualem LARBI dit « BEN »

Mesdames et Messieurs,

Au nom de mes collègues bénévoles et de tous les apprenants de notre association Alphabenn, permettez-moi d’adresser d’abord mes plus chaleureux remerciements aux membres de l’espace St Hilaire et à la communauté locale de St Jean Baptiste, qui nous permettent ce soir de nous exprimer devant vous, sur le sujet à la fois noble et épineux qui est le « Vivre ENSEMBLE ».

Au sein de notre association qui regroupe huit bénévoles et soixante-dix apprenants de près de 30 nationalités différentes, nos leitmotivs sont bien sûr Liberté, Egalité et Fraternité de notre devise républicaine, auxquels viennent se greffer l’amitié, l’harmonie et la concorde avec pour liant principal, la laïcité.

Le respect de l’être humain et de toutes les religions avec toutes leurs obédiences nous contraignent d’occulter toute différence ethnique, cultuelle, culturelle ou folklorique et toute couleur de peau sans nous autoriser à encourager la naissance de tout communautarisme car, le communautarisme né dans la plupart des cas de ghettoïsation, est vecteur d’enfermement et de repli sur soi qui mènent insidieusement vers l’exclusion sociale et, le paria qui en nait est fatalement méprisé par d’ autres, stigmatisé et désigné à la vindicte pour des crimes qu’il n’a souvent pas commis.

Cette exclusion sociale et ce mépris, ne peuvent engendrer que violence et trafics en tous genres dans ce que nous avons malheureusement pris pour habitude de désigner par zones de non droit, afin de nous voiler la face. Alors, au lieu de déplorer, agissons comme l’a fait l’Abbé Pierre, nous sommes-nous dit avec Anne Marie et Monika, en ce 4 juin 2015.

C’est donc pour aider les arrivants à se faire une place dans la société, une place au soleil, que nous nous sommes engagés dans cette entreprise aventureuse, aventureuse car dénuée de tous moyens, pour donner à des allophones accès à notre véhiculaire. Soulignons que notre situation a connu depuis, une évolution conséquente même si nous comptons encore sur l’aide de tout un chacun.

Nous tenons encore une fois à exprimer toute notre gratitude au Diocèse qui a mis à notre disposition les locaux qui nous permettent de dispenser nos cours dans de bonnes conditions.

Mesdames et Messieurs,

Vivre ensemble peut bien sûr se réduire à un salut, un bonjour, un coucou par la fenêtre, tenir une porte ouverte et faciliter le passage de l’autre, mais parfois, il faut aussi se surpasser et faire bien davantage. Dans bien des cas, nous avons été contraints de donner ce que nous ne possédions pas mais pour cela, il nous a fallu apprendre à écouter la détresse de l’autre, faire preuve d’empathie et parfois hélas, de compassion, de commisération mais à chaque fois nous avons essayé d’aider à la résilience.

Sur le visage de chaque apprenant, peuvent se lire différentes tragédies. On peut y déceler divers drames qui vont de la fuite d’une dictature avec la corruption et le racket concomitants, de la perte d’une récolte et la disette qui s’en est suivie à la disparition de toute une famille ou tout un village, décimés par des luttes intestines, tribales, ethniques et ou religieuses. Comment rester insensible devant ces regards chargés d’une attente implicite ?

Peut-on ignorer ces tueries qui exterminent des chiites, des sunnites, des chrétiens d’orient, des protestants d’Iran qui ont toujours vécu en entretenant des rapports de bons voisinage jusqu’à ce dérèglement du monde que nous vivons de nos jours ? Dérèglement par ces hordes qui ne tolèrent plus de voir se juxtaposer des édifices de religions différentes. Peut-on faire fi de tous ces massacres quotidiens qui ont lieu sous nos yeux en refusant l’asile aux rescapés de ces horreurs ?

Arrivons-nous à trouver le sommeil quand nous savons qu’au même moment des enfants, des femmes et des hommes, ont mis leur destin dans une felouque ballottée par les flots pour traverser la méditerranée afin de fuir des pays qui ont perdu leur âme ?

Peut-on manger à notre faim quand nous voyons à la télévision ces mêmes personnes devenues cadavres, flotter au gré des vagues alors que le même jour elles rêvaient encore de l’Europe, de la France et de la tour Eiffel, de leur pays de Cocagne….

Nul ne peut rester insensible devant ces tragédies quotidiennes, sauf certains qui à longueur de temps distillent leur racisme, leur haine, leur xénophobie… Pourquoi ne pas se remémorer (et la liste serait très longue) les Mérovingiens, les Carolingiens, les Goths, les Wisigoths , les Vikings, les Huns, les Alamans, les Romains et plus récemment dans d’autres conditions : les Polonais , les Italiens, les Algériens, les Portugais, les Chiliens, les Arméniens… et tous ceux qui ont formé cet hybride qui est la France ? Pourquoi ne pas se dire que ces nouveaux arrivants peuvent aussi apporter leur part de richesse ?

Subsidiairement nous luttons contre l’illettrisme, car hélas il existe des Français qui ne savent ni lire ni écrire.

Aux nouveaux arrivants, nous apprenons le français et donc les aidons à passer le mur de la langue, mais aussi nous leur enseignons notre façon de vivre afin de faciliter leur intégration ; nous les faisons baigner dans notre culture. Nous leur parlons de l’histoire de France, de sa géographie, de ses spécialités culinaires, de sa musique, de sa littérature et de ses grands noms, mais aussi d’Aznavour, Mouloudji, Bernard Prévost, Aimé Césaire, Kateb Yacine, Boualem Sansal, Zidane, Kopa et leur apprenons à rendre hommage au groupe Manouchian, ces 23 Arméniens fusillés par les nazis à la fleur de l’âge en février 1944 ; à Mamadou ADDI BA fusillé par les mêmes nazis en 1943, rendre hommage aux tabors marocains, aux tirailleurs algériens, et sénégalais…. tombés pour la France au chemin des Dames , à Verdun et plus tard, sur les plages de Provence, au Mont Cassin…

Nous leur apprenons à rester unis et à n’avoir entre eux que des discussions purement amicales même lorsque des points les divisent, ce qui créera entre eux une grande bienveillance et leur permettra de vivre en paix dans cette France qui nous chérit et que nous aimons, dans ce monde dont nous rêvons.

Mesdames et Messieurs, Bon anniversaire à l’église Saint Jean Baptiste et merci de m’avoir écouté.

Boualem LARBI
Dit ‘’ BEN ‘’

Retour en haut de page



Sœur Monique

Le vivre ensemble sur le quartier du Clou Bouchet.

Notre communauté religieuse est implantée depuis quarante-six ans au Clou Bouchet. Pour ma part, je suis arrivée en communauté d’abord dans une barre, 8 rue Jacques Daguerre, puis dans la tour, 1, rue Paul Painlevé, de 1997 à 2013, soit 16 ans.
Les relations de voisinage y étaient agréables. Plutôt que de parler du vivre ensemble sur le quartier, je vais vous exprimer ce dont j’ai été témoin au fil des jours :

- Véronique, seule, travaille à la Crèche, certains jours, elle n’en peut plus et vient à la communauté vider son sac, elle a besoin de parler de ses conditions de travail de sa fille et de son avenir. Elle prend le temps de s’occuper d’une voisine seule, elle l’aide à faire ses courses et comme toutes les deux ont un chien, Véronique propose à Jeanine de l’accompagner pour sortir le chien et se promener ensemble. Elle lui ramène des légumes ou des fruits quand elle va chez son frère et elle nous en fait profiter aussi.

- Un jour est arrivé un jeune couple avec un bébé, avant ils étaient SDF ; ils ont un chien énorme. Chacun s’intéresse à eux, et les uns et les autres gardent leurs os ou leurs restes de repas pour le chien et ainsi se créent des relations. Puis, lui a trouvé du travail et ils ont déménagé ; certains ne sont qu’en transit sur le quartier.

- Malika, travaille à l’hôpital et pendant un certain temps, on ne la voyait plus et on a commencé à en causer entre voisins : « Et si elle était morte ? » Après concertation entre les uns et les autres, je suis envoyée pour frapper chez elle ; Après une longue attente, elle vient m’ouvrir heureuse de m’accueillir, elle s’était cassé la jambe et ne pouvait rien faire, nous n’avions pas remarqué que quelqu’un de sa famille venait lui apporter ce dont elle avait besoin. Malika ne manquait jamais de marquer la fin du Ramadan en nous apportant des gâteaux au miel ou autre gâteries.

- Martine a de gros problèmes de santé et doit rester chez elle sans marcher, pendant plusieurs semaines, alors qu’elle est très engagée à la maison de quartier. Marie-Claude qui a un gros handicap, et qui fréquente la maison de quartier, propose à Martine de lui acheter son pain ; Martine lui fait confiance, lui donne l’argent et Marie-Claude rapporte la monnaie consciencieusement et continue la conversation avec Martine qui avec patience l’écoute. Grâce à la maison de quartier avec les relations qui s’y nouent et l’accueil bienveillant des uns et des autres, Marie-Claude se sent bien au-delà de sa différence. Çà me fait penser à toutes les personnes handicapées avec qui nous parlions et même qui venaient nous voir avec l’accord de leur éducatrice et ensuite que je rencontrais dans le bus, sans oublier les éducateurs rencontrés aussi le soir : toute cette vie partagée prenait sens ; quand chacun existe pour l’autre et se sent reconnu, il y a quelque chose du Royaume de Dieu qui commence à se construire sans tapage médiatique.

- Le bas de la tour est un lieu de rencontre naturel où on échange de la pluie et du beau temps, du travail, de la famille etc…Chacun essaie de prendre plus ou moins intérêt à ce que vit l’autre.

- Les soirs de grands matchs de foot, impossible d’exiger que le bruit s’arrête à 10h ou 10h30 ; et pendant le mois du Ramadan en été, c’est aussi un peu difficile puisque les personnes musulmanes ne mangent qu’après le coucher du soleil, ce qui perturbe les gens qui se lèvent tôt pour aller travailler.

- Marie-Louise, Marie-Reine et moi-même avons beaucoup aimé ces relations de voisinage et aussi de quartier, par exemple les soirées pique-nique pour la soirée voisins-voisines en mai, organisées par des personnes du quartier avec la maison de quartier, ça a permis de rencontrer des gens qu’on n’avait jamais vus. Il y avait aussi le pique-nique du début juillet organisé par Monique Massias avec la maison de quartier.

Tout n’est pas toujours facile, il faut soi-même sortir de chez soi, vouloir entrer en relation et ne pas être trop pressée. S’inscrire à des activités à la maison de quartier favorise ces relations et crée une dynamique propre au quartier, de même que participer à telle ou telle association, et ici, au Clou-Bouchet, on n’a que l’embarras du choix.

Pendant ces années, nous avons aussi mis en place à plusieurs reprises des rencontres chrétiens-musulmans sur le quartier, avec la Mission ouvrière locale.
Ceci a commencé après les attentats de New-York en 2001, nous sentions comme un malaise général, alors, il fallait qu’on se parle.

En résumé de tout cela, je dirai que la clé du vivre ensemble un bout de fraternité, c’est de se parler sans peur, sans idée préconçue, se parler simplement, accueillir la personne rencontrée comme elle est, avec ses soucis, ses joies et oser aussi parler de soi-même .  

Retour en haut de page



Claude Juin pour l’ARDDI

"Vivre ensemble ou vivre avec ?"

Aujourd’hui il peut sembler paradoxal de rappeler que d’une certaine manière l’Association pour la Reconnaissance et la Défenses des Droits des Immigrés (ARDDI) a pour lieu d’origine l’église Saint Jean Baptiste de Niort.
C’est pourtant une réalité.
Quelques mots d’explication :

Le 8 juillet 2002 j’étais averti par une amie habitante du Clou Bouchet qu’une famille algérienne de trois enfants logeant dans un appartement de la rue Henri Sellier allait être expulsée dans les quarante huit heures. Dès le lendemain j’accompagnai la famille à la préfecture et elle se voyait signifier son départ pour dès le lendemain matin, pour Alger. Des policiers viendraient la chercher à son domicile à 6 heures.

J’alertais immédiatement un réseau d’amis pour nous retrouver dans une salle de la mairie de Niort où nous décidions, pour faire pression sur le préfet vu l’urgence de faire un "coup", en proposant par l’intermédiaire d’amis au prêtre Michel Roy dont l’ église est dans le quartier de bien vouloir accueillir cette famille pour la nuit afin de la soustraire à la police le lendemain matin. Michel Roy accepta immédiatement et pour rappeler sa mémoire je lui reste profondément reconnaissant de son hospitalité.
C’est soeur Monique, devenue par la suite trésorière d’ARDDI qui nous ouvrit la porte de l’église.
Je retrouve mes notes de l’époque : « Je fus immédiatement mis en confiance par cette petite bonne femme, active et dévouée aux autres ».

Nous passâmes la nuit, moi-même et le couple Andrée et Claude Mainguet, auprès de la famille, le lendemain matin vers les neuf heures, l’information s’étant vite répandue, nous étions déjà plus d’une centaine aux portes de l’église à signer une pétition de soutien à la famille. Vers dix heures alors que nous comptions plus de cent cinquante personnes, la police venait me chercher ainsi que deux autres amis responsables d’associations pour nous emmener au commissariat et nous signifier notre garde à vue. Après les "formalités d’usage" nous fûmes mis en cellule. Le procureur nous libéra vers les 17 heures et nous retournâmes immédiatement à l’église où environ trois cents personnes s’étaient regroupées.
Pendant notre garde à vue une négociation s’était engagée pour conclure que la famille gagne un hôtel sous l’autorité et la surveillance directe de la police.
La lutte dura une semaine pendant laquelle nous engageâmes une procédure qui malheureusement n’aboutit pas, et la famille fut emmenée à Orly pour Alger. Ce court délai lui permit néanmoins d’organiser au mieux son "retour" dans son village proche de Tlemcen. Certains d’entre nous continuèrent à s’occuper du sort de la famille qui revint en France avec une autorisation de séjour dès l’année suivante.

Au cours de cette lutte nous fûmes alertés sur d’autres situations semblables à celle de la famille algérienne. Un collectif d’une quinzaine d’organisations fut créé en septembre de la même année qui se mit immédiatement au travail notamment par l’ouverture de permanences tous les lundis de 18h/ 20 heures pour accueillir et soutenir les familles immigrées ayant fui leur pays.

Un peu plus tard le collectif créa l’Association ARDDI dont les statuts définissent son objet :
- D’informer les étrangers de leurs droits
- De soutenir, par tous les moyens, y compris en justice, leur action en vue de la reconnaissance et du respect de leurs droits, sur la base du principe d’égalité
- De combattre toutes les formes de racisme et discrimination, directe ou indirecte et assister celles et ceux qui en sont victimes
- De militer pour la libre circulation des personnes.

Retour en haut de page



Nicolas Bideau

De l’association : "Retraite heureuse"

"Vivre ensemble entre les générations"

Retour en haut de page


Jacqueline Lefebvre , conseillère municipale

Elle a présenté un travail qui se fait dans un autre quartier de la ville mais qui a vocation à se généraliser.
Aller à la rencontre de toute la population,
les faire parler,
se rencontrer,
se connaître.

Retour en haut de page


Roger Paquereau , aumônier de prison.

Vivre ensemble en prison !
Les 5 aumôneries travaillent ensemble :
juifs, musulmans, baptistes, témoins de Jéhovah et catholiques.

"Se connaître pour sortir de la peur"

Retour en haut de page


Bernard Châtaignier , curé de la paroisse de Niort

Quelle est belle cette église St Jean-Baptiste ! Et si elle était là pour que nos regards voient plus loin ! Voient l’invisible ! Cette église en béton a une portée symbolique. Allons plus loin !

Y-a-t-il une dimension invisible de la société ? Peut-on saisir ce qui dans nos sociétés manifeste l’invisible ? Je laisserai pour le moment la question sans réponse. Mais, en ce lieu, nous pouvons affirmer qu’il arrive que certains posent des signes visibles de leur foi en l’invisible. Et même ajouter qu’il a paru opportun d’inscrire dans un quartier de la ville, comme dans d’autres, la marque de l’invisible.

Si bien que je me pose une autre question : peut-on parler d’une logique sociale de l’invisible ? Je prends position et je réponds "oui". Car ici, on a non seulement un signe visible, mais une capacité de rassembler et par le fait de faire vivre des relations, c’est-à-dire de construire du lien social. La foi en l’invisible, par la médiation du visible, fabrique du lien social.

Je pense que ce que nous vivons ce soir révèle que l’inscription visible de l’invisible rend possible un partage, une rencontre, un échange. En clair, nous posons un signe visible dans un lieu visible, on peut faire des photos, rédiger un compte-rendu, mais je crois aussi qu’il y a un invisible qui nous relie, et que cet invisible a des effets sociaux. Et je laisse chacun nommer l’invisible selon sa liberté.

Je pourrais m’arrêter ici. Et pourtant nous savons que nos sociétés modernes ne fonctionnent plus seulement dans une logique de visibilité géographique et nous sommes maintenant tous habitués à parler de réseaux et même de « réseaux sociaux ».

Concrètement, nous savons bien que nos amis ne sont pas forcément nos voisins de quartier, que nos familles sont dispersées, parfois au-delà des frontières. Il y aurait bien sûr à affiner cette analyse et à voir comment la mobilité des personnes, voir des peuples, accentue l’élargissement des relations ; à voir aussi comment les nouveaux moyens de communication agrandissent nos capacités relationnelles. Deux mots sont facilement employés pour exprimer cette situation inédite : mondialisation ou globalisation.

Ces questionnements habitent le diocèse en ce temps de synode et touchent sans doute aussi celles et ceux qui ont des responsabilités civiles. Pour ma part, je crois que nous ne pourrons pas simplement penser en terme de quartier, mais voir comment il peut ouvrir à plus grand que lui.

L’Evangile propose une pratique de l’humain, et en se plaçant au cœur de l’humain, rappelle que l’humain est le plus universel et le plus particulier. L’Evangile s’adresse à tout homme et à tout l’homme. L’universalité catholique n’est pas d’abord institutionnelle ou organisationnelle, mais une visée : le tout de l’humain coïncide avec la totalité de l’humain et c’est une tâche ici et maintenant.

Le lieu visible, particulier, s’il se vit comme une chance pour la relation interhumaine a une portée universelle. Le quartier, dans la vision catholique, n’est pas qu’un élément du tout, il porte en lui le tout, parce qu’en chaque être humain s’exprime la totalité de la vie humaine, parce qu’en chaque relation s’énonce l’enjeu de la vie humaine vraiment humanisée.

Je remarque que cette visée permet à celles et ceux qui partagent cette foi d’entrer en relation avec d’autres et d’être à l’œuvre avec eux, sans qu’il soit pour autant nécessaire de leur demander de partager cette visée. « L’homme est et devient toujours le « chemin » de la vie quotidienne de l’Eglise. » (Jean Paul II dans Redemptoris hominis § 21)

Je constate aussi qu’une distance est proposée là où l’on ne s’attend peut-être pas à la trouver, c’est dans la Bible des chrétiens. Dans son dernier livre, quand le visionnaire décrit la cité sainte qui descend du ciel, il note que « Dans la ville, je n’ai pas vu de sanctuaire, car son sanctuaire, c’est le Seigneur Dieu, Souverain de l’univers, et l’Agneau. » Ap 21,22

Je retiens que lorsque la cité permet à l’homme d’accomplir pleinement son humanité, voici que le visible n’a plus sa nécessité. L’église St Jean-Baptiste que nous fêtons, qui nous a réunis, invite à regarder au-delà d’elle-même.

Merci de nous avoir parlé de tous celles et ceux qui nous entourent 
Merci à vous tous qui avez organisé cette soirée (ESH et communauté locale),
à vous tous qui êtes venus parler de votre engagement (membre d’associations), ou de votre responsabilité (élus) !

P. Bernard Châtaignier

Retour en haut de page

Répondre à cet article