l’Ascension à partir des textes bibliques

Homélie pour l’Ascension

Fête de l’Ascension : avant de voir ce qu’elle signifie pour nous aujourd’hui, il me semble important de comprendre ce que nous disent les textes qui en parlent. Dans une lecture superficielle et prise au pied de la lettre, nous sommes un peu perdus. Les auteurs bibliques, pour dire le mystère de Dieu, pour nous le communiquer, utilisent des images variées, de temps et d’espace. Retenons bien que ce sont des images qui veulent nous faire entrer dans un mystère qui nous dépasse infiniment.

L’Ascension dans les textes bibliques

Essayons de voir d’abord comment les quatre évangiles ainsi que les Actes des Apôtres parlent de l’Ascension.
Jean n’en parle pas comme les autres évangélistes à la fin de son texte, mais il en parle quand même, mais autrement.
Dans l’évangile de Matthieu, ça se passe en Galilée, sur une montagne dont le nom n’est pas précisé.
L’évangile de Marc, celui que nous avons lu à l’instant, la situe le soir de Pâques, au cours d’un repas.
L’évangile de Luc la situe lui aussi le soir de Pâques, aux environs de Béthanie, après la rencontre avec les disciples d’Emmaüs et l’apparition aux Onze. J’ai trouvé une réflexion d’un bibliste, amusante et éclairante : « Définitivement, ne confondons pas Béthanie avec Cap Canaveral !  ». Ce même Luc, auteur à la fois de l’Evangile qui porte son nom et des Actes des Apôtres, dans le texte que nous avons entendu tout à l’heure, la situe quarante jours après Pâques, aussi au cours d’un repas, et c’est au cours de ce repas, après un dernier entretien, qu’il disparaît à leurs yeux.

Quel sens pour chaque auteur ?

Mais alors, allez-vous me dire, si les textes bibliques ne disent pas la même chose ; ils nous mènent en bateau. Certainement, si nous prenons tout cela au pied de la lettre, si nous considérons les évangiles comme nos journaux rapportant des faits divers. Mais justement, ce n’est pas la manière de faire des évangiles. Reprenons chacun d’entre eux.

Je vous ai dit que Jean ne décrit pas le départ de Jésus, du moins pas à la fin de son texte. Mais il en parle à multiples reprises dans le dernier entretien qu’il a avec ses disciples juste avant d’être arrêté et de souffrir sa Passion, en donnant le sens de ce départ et en promettant l’envoi de l’Esprit Saint.

Matthieu le situe en Galilée, pays proche des nations païennes, parce que cet évangile est écrit pour des communautés juives reconnaissant Jésus comme Christ. Il leur dit que Jésus est venu pour tous les peuples de la terre et pas seulement pour eux. Par ailleurs, Matthieu situe l’Ascension sur une montagne, lieu symbolique dans la Bible de la rencontre avec Dieu (Moïse et Elie au Sinaï ou à l’Horeb).

Luc, dans son Evangile, relie de façon très forte l’Ascension à la Résurrection. Elle se passe le même jour. Christ est vivant, ressuscité : c’est le message reçu par les femmes au tombeau, par les disciples sur la route et l’auberge d’Emmaüs, par la communauté des croyants réunie autour des Onze. Par l’Ascension, Luc affirme que Jésus fait partie du monde de Dieu, mais qu’il reste présent au monde des hommes, une présence à découvrir "sur le chemin", à la lumière des Ecritures.

Nous revenons aux textes de la liturgie d’aujourd’hui. Marc, comme les Actes des Apôtres, situe l’Ascension au cours d’un repas. Le repas, c’est l’instant et le lieu de la convivialité, de la proximité. C’est une manière de dire que cette proximité existera toujours, mais autrement. Jésus n’abandonne pas ses disciples, il est toujours présent à eux, mais d’une présence différente, on dirait une présence intérieure, intérieure à chacun et aux croyants rassemblés.

La Parole pour aujourd’hui

Que tirer de tout cela pour nous aujourd’hui ? Je vais prendre une comparaison que me suggère le nom même de la fête d’aujourd’hui, en sachant qu’une comparaison n’est jamais parfaite en tout point. Des alpinistes gravissent une montagne. Il y a le premier de cordée… ceci dit sans aucune allusion politique ! Il sait où il va. Parfois, il y a des passages difficiles, à cause de la montagne elle-même, à cause du mauvais temps, à cause de certains membres de la cordée. Le premier de cordée donne des conseils, il encourage, il soutient ceux qu’il a en charge, et surtout il paie de sa personne, et, au bivouac, il fait le point avec les alpinistes et les invite à s’alimenter.

Jésus est notre premier de cordée. Il conduit l’humanité au sommet de la montagne qu’est la rencontre avec le Père. Il leur parle, lui le Verbe, la Parole de Dieu. Par l’Esprit Saint, il leur donne sa force et les éclaire, et ainsi il donne sens à leur vie. La cordée ne peut avancer si chacun tire de son côté ; c’est pourquoi Jésus insiste tant sur l’unité et l’amour.

L’Eucharistie que nous célébrons est le lieu privilégié où, par l’écoute et la méditation de la Parole, nous faisons le point dans notre marche vers le Père, le lieu où nous refaisons nos forces grâce au Pain partagé, le lieu d’où, grâce à l’Esprit du Christ qui nous est donné, nous pouvons repartir pour témoigner de notre foi et de l’espérance qui habite en nous, espérance d’amour et de paix pour notre humanité aimée de Dieu.

Joseph Chesseron.

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