Que d’eau ! Que d’eau !

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Que d’eau ! Que d’eau ! (Gn 6, 1- 9, 17) 

_ Le mot déluge vient du latin « diluvium » qui signifie d’abord inondation. Le Déluge c’est l’inondation totale de la terre. Il est bien évident que ce déluge n’est pas une réalité géologique ou historique. Le sens n’est donc pas à chercher dans la science mais dans une herméneutique, c’est à dire une lecture attentive et approfondie du texte.

_ Le mythe du Déluge rapporté dans la Genèse n’est pas propre à la Bible. On le retrouve dans d’autres mythologies. Une meilleure connaissance des littératures anciennes permet de dire que ce mythe est un "classique" des récits anciens. Il trouve son fondement dans la réalité des inondations, certes peu fréquentes, mais terribles, terrifiantes et destructrices. La seule explication que lui trouvent les peuples anciens est que les divinités se sont mises en colère contre les hommes.

_ Mais pourquoi les hommes ont-ils déplu aux yeux des divinités ? Les raisons sont diverses. De quoi s’agit-il ? Comment la Bible prend-elle en charge ce récit classique, dans les littératures anciennes ?

_ Un événement d’une telle importance sort des cycles réguliers de la nature. On est habitué à la pluie, à la sécheresse. Mais on n’a pas coutume de voir une sécheresse telle qu’elle tue les êtres vivants, une pluie telle qu’elle dure si longtemps qu’elle provoque des inondations mortelles.

_ Selon la Bible, après la création, la faute de "nos premiers parents" et le meurtre d’Abel par Caïn, l’humanité se multiplie. Mais le Seigneur constate aussi que « la méchanceté de l’homme » se multiplie sur la terre (Gn 6, 5). Il se repent d’avoir fait l’homme et il décide de le supprimer, lui et toute sa création.

_ Mais Dieu est juste, et il ne peut commettre l’injustice et par conséquent faire mourir le seul juste qui reste sur la surface de la terre ; il décide donc de le sauver. Nous connaissons tous, l’histoire de l’arche de Noé (le mot hébreu pour désigner cette embarcation est le même que celui qui désigne le "berceau" de Moïse, sauvé des eaux (TéBaH), mais pas le même que celui qui désigne l’arche d’alliance (‘aRôN).

_ Une force tragique se dégage du récit du Déluge lui-même (7,17-24). Nous qui connaissons aujourd’hui de telles catastrophes, nous pouvons en vérifier la vérité. Rien ne résiste à l’eau. Tout est détruit hommes, animaux, biens matériels. Il ne reste pas trace de vie après son pas-sage. Les poissons eux-mêmes sont asphyxiés par la pollution de l’eau. La destruction est radicale. On peut lutter contre l’incendie, l’épidémie, les ennemis ; pas contre l’eau ! Il ne reste rien après une inondation.

_ Dans la mentalité antique un tel phénomène ne peut venir que de la divinité. Dieu punit l’homme par ce qu’il a péché contre son créateur. On remarque cependant que le texte dit que l’homme a mal agi et non qu’il déplait à Dieu. L’eau efface la création comme on efface le tableau, lorsqu’on fait une erreur de calcul ou une faute d’orthographe !

_ Mais "Dieu se souvint de Noé" (8,1). Le narrateur centre, alors, l’intérêt du récit sur le seul homme (et sa famille) qui subsiste. Dieu assèche la terre et Noé apprend que le Déluge est terminé par le rameau d’olivier (signe et symbole de paix) apporté par une colombe (symbole de celui qui apporte la paix). Dieu fait sortir les vivants de l’arche et leur donne l’ordre de croître, de se multiplier, d’occuper la terre et, pour l’homme, de s’occuper de la terre, comme il l’avait fait lors de la première création (8,17 ; 9,1-3). C’est une sorte de nouvelle création.

_ Dieu lui-même renonce à punir l’homme de cette façon (8, 20-22). On ne peut donc mettre sur son compte les catastrophes naturelles, sans contresens par rapport au texte biblique. L’arc en ciel est le signe de l’alliance entre Dieu et la création dont l’homme est responsable (9,9 ; 16-17). Ainsi Dieu ne provoque pas les catastrophes pour punir les hommes (voir Lc 13, 4-5). Les catastrophes naturelles de nos jours ne sont pas une punition divine parce que les hommes sont mauvais. Elles sont de simples événements naturels qui ont des conséquences sur la vie des hommes.

_ Le mal ne vient jamais de Dieu.

_ Alain.

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