L’épopée d’Abraham

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L’épopée d’Abraham (Gn 11, 26-25, 11) Abraham est la grande figure des religions monothéistes (Judaïsme, Christianisme, Islam), non sans raison.

La Bible lui consacre plus de douze chapitres !

Lisez d’abord ces chapitres qui racontent l’histoire d’Abram devenu Abraham (Gn 17, 5). Laissez-vous prendre par le souffle épique du récit.

N’attendez pas en effet un récit historique, ce n’est pas ce que vise le narrateur. Ce récit nous parle de Dieu de l’homme et de leur relation basée sur la confiance. Il délivre un message théologique.

Abraham est un homme riche et avancé en âge. C’est un guerrier puissant qui lutte contre ses ennemis et ceux de son clan, et qui est capable de les vaincre. Il n’a donc plus rien à attendre de la vie, sinon à profiter de ce qui lui reste d’années. C’est bien ce qui lui arrivera (Gn 25, 8), mais pas directement.

En effet, Abram est marié avec Saraï. Mais son épouse est stérile. Son bonheur ne peut donc être parfait. Cependant Abraham est un homme généreux : il laisse son neveu choisir ses terres (13, 9), il ne prend pas de butin pour lui (14, 23-24) il accueille chaleureusement des étrangers de passage (18, 1-8), il plaide pour Sodome que le Seigneur veut détruire (Gn 18, 16-33 : un plaidoyer de marchand de tapis !).

Comment Dieu peut-il ne pas le favoriser ? C’est alors qu’il entend la voix du Seigneur qui lui demande de partir, c’est à dire de se mettre en route, de risquer un changement de vie, d’habitudes, de relations. Mais Abraham n’est qu’un homme et il n’est donc pas parfait.

On peut, en effet, être étonné, voire scandalisé de la lâcheté d’Abraham qui livre sa femme à la concupiscence de Pharaon et d’Abimélek pour sauver sa vie.

Dans de tels épisodes, les féministes n’y trouvent pas leur compte, car la femme est ici considérée comme monnaie d’échange. Mais ne commettons pas d’anachronisme. L’égalité fondamentale de l’homme et de la femme, bien qu’affirmée dès le début de la Bible, ne se réalise pas aussi vite qu’on le voudrait (l’est-elle aujourd’hui ?).

Ces épisodes veulent mettre en valeur l’engagement de Dieu à partir de l’alliance qu’il a conclue. Il vient toujours en aide à ceux envers qui il s’est engagé, lorsqu’ils sont dans les situations les plus périlleuses.

On peut voir trois moments dans la relation entre Abraham et le Seigneur :

- Le temps de la promesse renouvelée plusieurs fois : Gn 12, 1-9 ; 15, 1-7 ; 17, 1-8.

- Le temps de l’Alliance. Dieu s’engage sans retour avec Abraham. « Couper l’alliance », c’est ainsi que l’hébreu dit « conclure une alliance », parce qu’on partage les offrandes en deux. Le récit nous en est donné (ainsi que l’étymologie de l’expression) en Gn 15.

- Le temps du début de réalisation de la promesse avec la naissance d’Isaac. Abraham est l’homme de la foi, donc du risque.

Faire confiance c’est s’appuyer sur un autre et non sur soi, c’est croire en la parole d’un autre. Dieu met Abraham à l’épreuve pour vérifier la qualité de sa confiance. Il lui demande le sacrifice de son fils, qui représente le début de la promesse.

Ce n’est pas la mort d’un être humain qui, ici pose problème, mais le fait qu’on ne voit pas alors comment la promesse pourrait alors se réaliser. Néanmoins Abraham fait confiance à Dieu, en dépit des apparences. Saint Paul parlera d’espérance « contre toute espérance » (Ro 4,18). Abraham va au-delà de l’espérance humaine.

Dieu après avoir renouvelé la promesse, change le nom d’Abram (père élevé), en Abraham (père d’une multitude) (17, 5). Changer de nom c’est changer de destinée.

On voit par là que seul Dieu peut véritablement changer le nom de quelqu’un (à comparer avec Jésus qui change le nom de Simon en Pierre, Mt 16, 18).

Après avoir marié son fils, le patriarche s’éteindra dans la paix en ayant vu la réalisation de la promesse à travers Rébecca (24, 60).

Je n’ai pas tout dit sur le personnage d’Abraham. Il faudrait presque faire le mot à mot de ces chapitres, tellement ils sont riches. Ce qui importe ici c’est de vous donner le goût de lire lentement et de manière approfondie cette histoire du point de départ de la foi dans le Dieu unique.

A lire aussi la lettre du P. Chesseron au patriarche Abraham.

Alain

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