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Août 2017 - Un printemps sur la Sèvre Niortaise - compte-rendu rédigé par (...)

Un printemps sur la Sèvre niortaise

Regards portés sur les paroisses de la couronne de Niort

Visite pastorale de Mgr Pascal Wintzer, premier semestre 2017

1) En guise d’introduction

N’ayant découvert le monde rural qu’à l’âge de 47 ans, à mon arrivée à Poitiers, et depuis au service d’un diocèse avant tout marqué par cette réalité, on comprend que je continue à m’interroger à son sujet.

  • Même si les paroisses de la couronne de Niort n’appartiennent pas au rural profond, plutôt au milieu périurbain, je me permets de poursuivre ici des réflexions commencées ailleurs au sujet des territoires qui composent et notre diocèse et notre pays.

L’actualité, encore récemment à l’occasion des récentes élections, présidentielles en particulier, offre moult débats au sujet de cette distinction entre une France qui s’urbanise, et même se « métropolise » puisque des villes jusqu’ici grandes et moyennes, telles Poitiers, voient leur poids et leur rôle risquer de décroître avec la nouvelle carte régionale, et une France rurale qui se paupérise. Les scores du Front national étant un indice du mécontentement de populations qui s’estiment oubliées, et même délaissées en particulier par la disparition des services publics, après celle des commerces, sans même mentionner les « services religieux ».

Or, si l’on fait appel à la mémoire, cette situation n’a rien de récent : il ne faut pas attendre le XXIe siècle pour constater la pauvreté de certains espaces.

Au contraire, le XXe siècle, et surtout les années qui ont suivi la Seconde guerre mondiale ont permis d’agir au bénéfice des espaces de grande pauvreté que connaissaient certains pays européens.

De grands artistes avaient en effet contribué à attirer l’attention sur ces lieux, non pas seulement de pauvreté mais de misère. Je cite deux d’entre eux. D’abord Carlo Levi avec Le Christ s’est arrêté à Eboli. Il a simplement montré la vie miséreuse des paysans d’un village de Lucanie (Basilicate) où il avait été exilé par le régime mussolinien. Ce livre a contribué, après la guerre, à décider le gouvernement d’Alcide De Gasperi à reloger la population dans des lieux plus salubres. Désormais, cette région est devenue un haut lieu touristique. Il s’agit avant tout de la ville de Matera dont les Sassi (littéralement : les pierres) sont passés de maisons indignes à des motifs de visite. Matera est inscrite par l’Unesco au patrimoine culturel mondial et sera la capitale européenne de la culture en 2019.

Le Sasso caveoso de Matera

Carlo Levi a décrit les sassi de la ville de Matera, sa misère, son abandon, et il termine ainsi : « Vingt mille personnes vivent ici. Des enfants, il y en a en nombre infini. Dans cette chaleur, au milieu des mouches et de la poussière, il en surgissait de partout, complètement nus ou en guenilles. Je n’ai jamais eu une telle vision de misère, et pourtant je suis habituée, c’est mon métier, à voir chaque jour des dizaines d’enfants pauvres, malades et mal soignés. Mais un spectacle comme celui d’hier, je ne l’aurais même pas imaginé. J’ai vu des enfants assis sur le seuil de leur maison, dans la saleté, sous le soleil brûlant, les yeux mi-clos et les paupières rouges et enflées ; les mouches se posaient sur leurs yeux, et eux restaient immobiles, sans même faire le geste de les chasser. C’est ainsi, les mouches se promenaient sur leurs yeux, et eux ne semblaient même pas s’en apercevoir. C’était le trachome. Je savais qu’il y en avait pas ici, mais de le voir ainsi, au milieu de la saleté et de la misère, c’est différent » p. 97.

Dans un tel contexte, on comprend que les préoccupations religieuses ne soient pas premières. Carlo Levi rapporte les propos du curé du village où il était assigné à résidence : « Maudits, hérétiques, excommuniés ! C’est un pays privé de la grâce de Dieu. Les garçons viennent à l’église pour jouer. Avez-vous vu ? A part cela personne n’y vient. La messe, je la dis pour les bancs. Ils ne sont même pas baptisés. Et les redevances sur ces quelques terres, il n’y a pas moyen de se les faire payer. Je n’ai pas encore touché celles de l’année dernière. C’est vraiment la fleur des honnêtes gens, dans ce pays » Le Christ s’est arrêté à Eboli. Gallimard, Folio, 1977/2016, p. 50.

Ensuite, Luis Buñuel tourna un film documentaire Las Hurdes, Terre sans pain (1932) qui montre la vie de grande pauvreté d’un village d’Estrémadure.

Pour Buñuel, son film est un « essai de géographie humaine ». « Dans ce film - dit-il – il n’y a rien de gratuit. C’est peut-être le film le moins gratuit que j’ai fait. » Buñuel y invite à un voyage dantesque dans la région des Hurles, où le pain est presque inconnu des enfants.
Ce film difficile à voir, découvert lors d’un passage à la télévision il y a bien des années, a marqué ma mémoire, tant par ce qu’il montre que par la narration choisie par son auteur.

Bien entendu, avec ces régions, nous sommes loin des terres du Poitou ou de la Normandie, les terres arides du sud de l’Europe ne sont pas les nôtres, pourtant, les discours tenus sur le délaissement actuel de la ruralité au profit des métropoles ne peuvent oublier des pauvretés encore récentes.

  • Il n’est pas loin le temps où les enfants de familles nombreuses du nord des Deux-Sèvres ou de Vendée devaient aller vers d’autres régions pour trouver du travail. La mémoire est encore vive des hiérarchies sociales qui voyaient « Monsieur notr’ Maître » n’appeler « ses gens » que par leur prénom.
  • J’ai aussi été frappé, en arrivant en Poitou, de certaines manières de parler. Chaque jour en effet, on embauche, et on débauche… souvenir de ce temps où beaucoup n’étaient que journaliers et où le travail du lendemain n’était pas assuré.

Enfin, puisque j’ai évoqué des artistes italien et ibérique, n’oublions pas les Français qui exprimèrent la dureté des mœurs rurales et de leurs hiérarchies. C’est la violence domestique et l’âpreté au gain des paysans cauchois dépeints par Maupassant dans ses contes et, plus près de nous, par l’abbé Alexandre dans Le Horsain.

Ceci ne veut pas me conduire à nier les difficultés actuelles du monde rural ni de l’agriculture, cependant, mesurons les choses, gardons la mémoire ; les écrivains et les cinéastes, et j’ai nommé des artistes de premier plan, rappellent heureusement cela.

2) La paroisse Saint Jean-Baptiste en niortais

Sans doute cette paroisse est-elle celle qui a la plus grande unité parmi celles visitées ce printemps : elle est constituée de communes qui sont toutes périphériques à la ville de Niort, membres de la CAN (Communauté d’agglomération de Niort).

  • Même si chaque paroisse a son unité, son identité, Saint Jean-Baptiste ne peut se comprendre et se vivre que dans une sorte de symbiose avec Niort, autrement dit avec des projets communs portés avec la paroisse Saint Pierre et Saint Paul, j’invite à y réfléchir et à agir dans ce sens.

Durant ma présence fut inaugurée au temple de Chauray une exposition consacrée à l’anniversaire de la Réforme ; j’ai aussi en mémoire la visite des cimetières familiaux de Gascougnoles ; ceci désigne l’engagement œcuménique comme une réalité importante du territoire, là aussi en travaillant avec la paroisse voisine de Niort.

La paroisse est avant tout résidentielle, mais le travail y a aussi toute sa place, essentiellement avec les sièges de plusieurs mutuelles et de grands espaces commerciaux ; des espaces agricoles existent, mais ils ont beaucoup été réduits au profit de l’urbanisation des terres.

La vie religieuse, contrairement à ce que l’on dit parfois, a connu une évolution numérique positive : il y a 50 ans, à Chauray, on célébrait dans une sacristie, aujourd’hui, les assemblées ne pourraient y loger et les liturgies sont soignées. Ceci souligne certes, l’augmentation de la population mais aussi des évolutions dans sa composition : Niort et le niortais, de par la nature de l’emploi, attirent une population de cadres venant de toute la France, population qui n’est pas marquée par la mémoire des guerres de religion qui ont tant contribué à discréditer l’ensemble de ces religions.

  • Certainement que des propositions plus spécifiques à cette population de cadres sont à encourager et à développer.

Les enjeux écologiques, ceux des conditions de vie, sont bien entendu présents, plusieurs fois cela m’a été souligné. D’abord par des agriculteurs : plusieurs ont reçu avec intérêt et comme une interpellation l’encyclique Laudato si ; le désir m’a été exprimé d’une réflexion autour de ce texte et des questions posées à nos modèles agricoles. C’est aussi la rencontre avec la Fédération départementale de la chasse qui a été une autre occasion d’aborder ces enjeux. Il faut entendre, surtout de la part de ceux qui ignorent tout du monde de la chasse (c’est un peu mon cas…) leur engagement de ces hommes et de ces femmes au bénéfice des questions environnementales, en particulier des actions d’éducation à la nature.

  • Dans leurs propos se confirme que « tout est lié » : le biotope, l’agriculture, les haies, les insectes, le gibier, etc. Ceci est le fruit d’un savant équilibre, issu des siècles et aussi de l’action des hommes. Cet équilibre demeure fragile : tout comme la nature doit être admirée et respectée, elle a aussi besoin de la main des hommes, pour que la biodiversité soit respectée, pour que la faune soit régulée ; aussi pour que des espaces deviennent plus hospitaliers : qui, aujourd’hui, critiquerait l’immense travail qui fut entrepris et qui créa le marais poitevin ?
  • Opposer les hommes à la nature, c’est les envisager comme des adversaires, je m’y refuse.

Il m’a aussi été donné de rencontrer des personnes et des institutions dont le métier est de protéger les populations lorsqu’elles sont auteurs ou victimes de conduites à risque.

  • D’abord des personnes qui accueillent des enfants victimes de violences.

Toute leur vie a été déstructurée, leur relation aux adultes perturbée ; c’est donc tout ce qu’ils sont qui doit être pris en compte, accompagné ; victimes de violences, ils peuvent dès lors vivre la relation, toute relation sous des modes de violence. Règles, repères, la confiance reconstruite, le soin, du corps mais aussi de l’esprit, l’éveil à la beauté du monde, etc. Les professionnels qui œuvrent dans ces domaines ont un engagement qui dépasse les strictes heures de bureau.

Il en est de même des forces de l’ordre : j’ai pu rencontrer le peloton de Gendarmerie routière de La Crèche. Leur première mission est de réprimer les contrevenants, c’est le plus sûr moyen pour diminuer le nombre des morts et des blessés. Ils ont aussi à mener des actions d’éducation auprès des enfants et des jeunes, voire d’adultes qui, derrière leur volant, ont conservé des comportements infantiles et irresponsables.

  • On peut souhaiter que chacun fasse de telles rencontres, qu’il visite aussi les hôpitaux où se trouvent les victimes des accidents de la route, espérant que les paroles entendues, les situations vues mettent un peu de plomb dans la tête de ceux (car ce sont plus souvent des hommes que des femmes) qui dépassent les vitesses, et surtout sont esclaves de leurs addictions : alcool, stupéfiants, et… téléphone portable. Mais, tant que les conduites ne changeront pas, la sanction s’impose, et elle doit être sévère et appliquée pareillement à tous.

Enfin, visitant une maison pour adultes handicapés, j’ai constaté comment toute institution, et toute personne, doivent toujours modifier des comportements, des habitudes, afin de sans cesse améliorer la qualité de présence et de soin pour les personnes. Dans ce domaine, comme dans tous, la mondialisation a cet avantage de permettre de s’enrichir d’autres expériences, d’autres pratiques, mises en œuvre dans d’autres régions du monde ; le Canada fait souvent figure de modèle dans ces domaines du soin. Le développement des relations et des échanges, d’abord entre organismes proches géographiquement, mais aussi portant les mêmes missions même si leur implantation est à des milliers de kilomètres développe le partage des bonnes habitudes et des initiatives.

  • Ces situations sont aussi un appel pour les communautés chrétiennes. Le temps est loin (pas si loin parfois dans les imaginaires) où chaque paroisse pouvait se vivre en autosuffisance, comme chaque village l’était. Surtout, de tels comportements s’ils empêchent de progresser sont en contradiction avec ce qui nous caractérise : nous sommes « catholiques », autrement dit membres d’une Eglise universelle, jamais nationale.

Durant toutes ces visites pastorales, je suis admiratif du temps qui m’est consacré, de la préparation lourde qui a été nécessaire afin de prendre les divers rendez-vous, d’organiser l’emploi du temps et aussi… les repas, je dois le dire, parfois trop copieux. Je mesure que c’est une joie, et je la partage volontiers, que toutes ces rencontres.

  • Ceci me conduit à m’interroger sur la vie des prêtres. C’est vrai, ma présence les occupe beaucoup, au risque que le temps consacré à la lecture, à la prière, au repos, disparaisse totalement.
  • Je ne suis pas le témoin de leur vie au jour le jour, mais je ne peux qu’inviter les frères prêtres, comme inviter chacun, à ne jamais sacrifier le temps, qui doit être quotidien, sauf exception (et la visite pastorale peut être cela) de la prière, de la lecture, de la réflexion, le temps aussi de l’accueil des personnes. Ces réalités sont notre priorité et non ce qui prend place s’il nous reste du temps. Leur richesse est en elles-mêmes, mais elles sont aussi le moyen d’opérer des discernements, aussi d’être plus créatifs, plutôt que de vivre dans la simple et seule réponse aux attentes et aux demandes.

Si la paroisse Saint Jean-Baptiste a une unité sociologique, ceci ne gomme certes pas les diversités, ainsi la commune de La Crèche doit être considérée pour elle-même.

  • Certes liée à Niort, elle a su profiter des équipements présents sur son territoire pour développer tout un nouveau tissu d’entreprises, et d’emplois.

Au croisement de deux autoroutes, sur un axe ferroviaire, c’est tout naturellement la logistique qui est son point fort.

  • Cette ville de 5700 habitants dénombre 125 entreprises qui permettent 2200 emplois ; la commune compte aussi 300 chômeurs, cependant, là comme ailleurs, les entreprises peinent à recruter.
  • La commune a choisi de ne pas implanter de zones commerciales, alors que sa situation entre Saint Maixent et Niort aurait pu l’y conduire, elle entend privilégier les commerces de proximité. Elle le peut parce que la route traverse La Crèche, s’il y avait une déviation, ce serait au grand péril de ces commerces.
  • La Crèche connaît aussi un développement de sa population, ainsi, son collège va être le plus gros du département, il comptera 800 élèves.
  • Quand je vois ce nombre si élevé de jeunes scolarisés, tant dans le primaire que dans le secondaire, j’évalue la modestie de notre pastorale pour les enfants et les jeunes : quelques dizaines, tout au plus, sont rejoints pas la catéchèse, et je ne parle pas des jeunes des collèges et des lycées. Oui, c’est une autre société dans laquelle nous sommes entrés où, pour beaucoup, en dehors du travail et de la famille, il ne reste que très peu de temps pour d’autres activités, parmi lesquelles la religion.
  • J’ai eu la grande joie, à La Crèche, de présider la célébration des jeunes de la paroisse ; les visites pastorales ont aussi cet avantage de me faire revivre les actes que j’accomplissais lorsque j’étais curé de paroisse.

Profitant des temps, des minutes disponibles, j’ai toujours quelque livre sous les yeux. Pendant mon séjour à Saint Jean-Baptiste, j’ai lu le dernier ouvrage du philosophe et académicien Jean-Luc Marion ; en voici quelques courts passages.

La « variation de la pratique et des vocations a des causes neutres et sociologiques : et d’abord les transferts de population, passant de la campagne aux villes (renversement récent, accompli depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale) ; d’où il s’ensuit que la présence visible des catholiques s’est déplacée dans les concentrations urbanisées ; alors que la supposée déchristianisation des campagnes reflète d’abord et simplement leur dépopulation, la rechristianisation urbaine varie très largement selon la reconstitution ou non de solidarités sociales nouvelles. Ce bouleversement induit une modification profonde du recrutement et de la formation des futurs prêtres, désormais urbains, d’un niveau socioculturel et donc d’un âge plus élevés, à l’encontre des séminaires de masse, surtout ruraux (encore sarcastiquement décrits par Stendhal) » Brève apologie pour un moment catholique. Grasset, 2017, p. 17-18.

« Il se pourrait que le fond de notre pessimisme ne se trouve pas tant dans la considération objective de la situation que dans la puissance de nos nostalgies. Nous succombons sous le poids de notre destin de ‘’fille aînée de l’Eglise’’. Ou, plus exactement, sous le poids d’un fantasme – qu’il fut une période, en fait indéterminée et que chacun peut imaginer à sa guise, où la nation française se serait identifiée tout entière à la foi chrétienne et donc à l’Eglise catholique. Plus encore, sous le poids de l’illusion que cette situation reste l’idéal et devrait donc redevenir effective » oc, p. 21-22.

« Seul le Christ connaît l’état de son Eglise, et c’est même le secret du Père de savoir qui sont ceux que le Christ a reçus et qu’il n’a pas perdus (Jean 17, 12). Les membres de l’Eglise n’ont pas eux-mêmes à connaître l’état de l’Eglise, ni même l’Eglise en son entier. Ils ont seulement accès, en elle qu’ils ne peuvent pas voir, à la connaissance du Christ et par lui au Père dans la vie de l’Esprit » oc, p. 28-29.

« L’Eglise ne peut changer la face du monde qu’en restant elle-même. Mais elle ne peut rester elle-même qu’en se changeant (se laissant changer) de génération en génération à la mesure de l’appel qu’elle ne cesse de recevoir » oc, p. 31.

3) La paroisse Saint Louis-Marie Grignion de Montfort en niortais

A la différence de la paroisse Saint Jean-Baptiste, plus unifiée, la paroisse Saint Louis-Marie est diverse, pour une part, elle fait aussi partie de l’agglomération de Niort, et de l’autre, elle est rurale, avec, au nord, sa partie presque gâtinaise. Ceci s’exprime aussi dans ses populations, qui sont diverses. Les propositions pastorales sont dès lors plus complexes, en raison de ces diversités, de géographie, des distances et aussi des mentalités.

Ce compte-rendu et les propositions qu’il énonce est chapitré en fonction des quatre paroisses visitées, cependant, bien des choses exprimées dans le paragraphe consacré à telle ou telle paroisse peut concerner aussi chacune des autres ; j’invite donc à lire l’ensemble du texte ; ensuite, chacun saura recevoir ce qui lui semble utile, suggestif, utile, le recevoir du texte, mais aussi de ce qui n’aura pas été écrit ici mais dont au aura conservé la mémoire grâce aux notes prises par les uns et les autres lors des diverses rencontres vécues durant de la visite pastorale .

La paroisse peut se réjouir de la présence et de l’engagement de nombre de personnes impliquées dans son animation, cependant, comme en bien des lieux, les défis sont ceux du renouvellement, de l’engagement de plus jeunes, mais aussi de la formation et de l’accompagnement de tous ces acteurs.

Si l’on veut vivre des renouvellements, en particulier pour les équipes locales d’animation, il faut privilégier les personnes et les conditions concrètes de leur vie plutôt que les règles de définition des ELA et des missions exercées.

  • Dans ce domaine comme ailleurs, lorsqu’une règle devient un absolu c’est elle que l’on sert et non plus les personnes et la vie.
  • Ainsi, certaines communautés locales pourront ne plus disposer de tout l’appareillage prévu par les normes diocésaines… et alors ! Si quelques chrétiens demeurent identifiés comme tels, sont attentifs à la vie de leur commune, de leur village, s’ils rencontrent ses habitants… n’est-ce pas l’essentiel ?

Quant à la formation, je souligne que pour être bien reçue, celle-ci doit tenir compte du peu de temps disponible de beaucoup de ces personnes plus jeunes, elles se consacrent avant tout, et c’est naturel, à leur famille et à leur vie professionnelle.

  • La paroisse peut proposer des formations, il peut aussi être fait appel aux services diocésains, en particulier aux « modules » qu’ils proposent .

Même si cela rend les choses plus difficiles du fait des distances, ces propositions de formations peuvent être faites avec une ou deux paroisses voisines .

  • Depuis bien des années les communes agissent de cette manière, ainsi d’Echiré qui, avec Saint Gelais et Saint Maxire, forment trois « communes sœurs ».

Lors de la rencontre de l’équipe pastorale, la question des messes dominicales a été évoquée. Sans doute convient-il de réfléchir à la mise en place de lieux et d’horaires fixes ; les populations, qui sont de plus en plus mobiles, ont besoin de repères ; chacun ne peut avoir sur lui le calendrier des lieux et des horaires des messes. Oui, des églises seront privilégiées à d’autres, mais sans ces choix on risque de voir des gens se décourager pour s’être cassé le nez devant une porte close. Quant au choix des églises, quelques critères peuvent entrer en compte : la beauté de l’édifice, le chauffage, le parking, la population du lieu, les personnes engagées dans l’animation liturgique, la situation géographique au regard de la paroisse, etc.

  • Je remarque que si bien des personnes aiment aller à Puyraveau le dimanche, ce dont on ne peut se désoler, c’est aussi parce que la messe y est régulière.

J’ai aussi souligné que pour des célébrations comme celles des baptêmes, on ne peut se satisfaire de répondre aux désidératas d’heures et de lieux, contribuant ainsi, pour les ministres du sacrement, à courir d’un lieu à l’autre, sans même parler des coûts du transport. Il convient d’établir un calendrier annuel des lieux et des heures des baptêmes ; bien entendu, là comme ailleurs, si la règle l’emporte, il y aura toujours des exceptions possibles .

Dans la paroisse, il m’a été donné de visiter plusieurs agriculteurs, surtout des élevages laitiers, à la fois de vaches et de chèvres.

  • Je me réjouis d’avoir rencontré des entreprises qui marchent bien. Pour quelle raison ? Bien entendu par l’engagement et la créativité des personnes qui y travaillent, aussi par le choix qui a été fait de transformer eux-mêmes le lait qu’ils produisent et de commercialiser fromages et yaourts. La qualité du produit est recherchée, et ceci est au bénéfice de tous : consommateurs et paysans.

4) La paroisse Sainte Sabine en niortais

La paroisse, comme ses voisines, hérite d’un immobilier important qui correspondait à une époque, encore récente, où les prêtres étaient nombreux et où chacune des anciennes paroisses disposait de locaux pour les logements et les activités.

  • Comme ses voisines, mais aussi comme toutes celles du diocèse, la paroisse est conduite à faire des choix immobiliers et à prendre des décisions.
  • Le travail d’inventaire immobilier effectué par le diocèse a permis d’avoir une connaissance exhaustive des biens et aussi d’évaluer leur coût de fonctionnement et d’entretien.
  • Comme dans tous les domaines de la vie paroissiale, c’est le bien des personnes qui doit l’emporter ; autrement dit, un bien immobilier doit répondre à un usage actuel et régulier ; que de choses inutiles conservées parce que l’on aura dit ou pensé : « cela pourra servir un jour », mais ce jour n’est jamais venu !

J’ai également été accueilli dans une production laitière. J’ai entendu ces propos : « si on ne crée pas, on meurt ». Un tel propos est vérifié dans bien des domaines, sinon dans tous, y compris dans la vie des communautés chrétiennes ; le seul entretien de l’existant confine à des soins palliatifs… et on en sait l’issue.

  • Dans cette exploitation, fondée par les grands-parents, des vendéens qui avaient repris une ferme laissée en friche à la suite de la crise du phylloxera, les investissements ont été constants. Désormais ce sont les robots de traite, la diversification (céréales), ce qui aide à tenir un équilibre économique alors que le lait est vendu à perte (j’avais noté plus haut que ceci conduit d’autres agriculteurs à transformer eux-mêmes leur production laitière).
  • Aujourd’hui, a été créée une unité de méthanisation qui traite les déjections animales et vend son énergie au réseau qui alimente la commune.

Il m’a été souligné que la technologie fait perdre de l’autonomie à l’agriculteur, il devient de plus en plus dépendant pour ses investissements, il doit aussi faire appel à des prestataires techniciens extérieurs. En positif, ceci développe un système plus intégré, où chacun doit travailler avec d’autres.

  • Plus globalement, les structures agricoles, créées par les agriculteurs eux-mêmes, leur ont échappé : le système étant global et diversifié, il faut des personnes de plus en plus compétentes et techniciennes.
  • Je retiens aussi ce propos : 20% des vaches occupent 80% du temps des agriculteurs… d’où cette réflexion amusée : n’est-ce pas la même chose lorsqu’il s’agit des hommes ?

La paroisse ne compte qu’une seule école catholique sur tout son territoire ; elle a su retrouver un nouveau souffle après une période difficile, surtout liée à des dissensions entre ses acteurs et avec quelques familles. Hélas, combien nous sommes capables de nous tirer des balles dans le pied, au prétexte que chacun saurait mieux que les autres ce qu’il faut faire.

  • Je souhaite que dans tous les domaines on sache s’enrichir de ce que sont et de ce que font les autres : chaque communauté locale ne saurait prétendre être tout à elle toute seule ; comme le dit la maxime : à plusieurs on est plus intelligents .

La paroisse Sainte Sabine a la particularité de compter des vastes espaces qui ont profité de grandes actions humaines : il s’agit du marais poitevin et de la forêt de Chizé. Pour cette dernière, c’est le roi Henri IV qui demanda l’assèchement de cette forêt marécageuse, ceci fut effectué par les minimes. François 1er y installa un pavillon de chasse. Plus près de nous, y fut implanté un camp américain en 1945, et un dépôt de munitions pour l’OTAN.

  • Après la sortie de la France de l’OTAN, la forêt devint une réserve de chasse et d’observation du gibier. Depuis la tempête de 1999, c’est une réserve biologique, on y observe une nature qui évolue par elle-même (seules demeurent des battues pour les animaux).
  • L’autre espace de la paroisse, c’est le marais, lui aussi aménagé par des moines.

Ceci me conduit à m’interroger au sujet de ceux qui estiment que la nature n’aurait qu’un ennemi : l’homme. Il faudrait dès lors interdire toute intervention humaine sur la faune et la flore, voire supprimer les aménagements qu’il y fit. Ceci concerne aujourd’hui les barrages sur les cours d’eau… je ne pense pas que l’on veuille revenir sur l’aménagement du marais poitevin !

  • Plutôt que de les voir en ennemis ou en adversaires, je préfère penser et constater que la main de l’homme peut être bénéfique, non seulement pour lui-même mais aussi pour l’ensemble du monde créé. Une écologie qui ne ferait qu’accuser l’humanité oublierait qu’elle n’est intégrale qu’à la mesure où l’humanité y trouve et y prend toute sa place .

Une paroisse trouve les formes de sa mission si elle prend en compte les réalités humaines de son territoire.

Ainsi, à Sainte Sabine, je peux souligner deux réalités davantage présentes : d’abord le monde agricole.

  • Il convient dès lors de participer ou de proposer des événements qui favorisent les liens entre les agriculteurs et la population qui vit dans l’espace rural (nombre des communes sont devenues les lieux de résidence d’une population de culture urbaine, et travaillant à Niort ou à La Rochelle). Parmi ces événements, on peut mentionner les rogations, les fêtes des moissons, etc. En essayant d’y joindre des moments de paroles, de débats, où chaque catégorie de personnes apprend à mieux connaître les autres.
  • L’autre réalité est celle du marais et du tourisme : il convient de réfléchir à des lieux de présences, d’accueil, pourquoi pas en proposant des expositions sur les liens entre le marais et la Bible, sur l’eau, etc.

Dans toutes les rencontres, avec les paroissiens, les élus, les entreprises, tant et tant des questions sont soulevées, comment les reprendre toutes ici, et cela doit-il se faire ?

  • Ce que je constate pour m’en réjouir c’est que les gens aiment à se rencontrer, à débattre, à chercher des solutions aux difficultés rencontrées, à exprimer leurs joies d’initiatives.

De manière plus générale, j’en conclus qu’ une des missions de l’Eglise est de permettre aux personnes de se rencontrer, de parler, de recevoir aussi la lumière de la Bible, de la foi, des expériences partagées.

  • De plus en plus les lieux de décision ont été élargis, en particulier pour la vie communale au sein de la CAN ; nos paroisses, même si on les dit « grandes », simplement au regard de l’échelle villageoise d’antan, sont encore à une échelle de proximité ; elles sont des lieux adéquats pour se connaître et se rencontrer.

5) Paroisse Saint Léger en Saint-Maixentais

Avec Saint Léger nous quittons quand même l’agglomération niortaise, même si les distances ne sont pas si grandes que cela. La ville de Saint-Maixent dispose de son identité propre et exerce une attractivité sur les communes alentours.

J’ai intitulé mon compte-rendu « un printemps sur la Sèvre niortaise », je dois aussitôt dire les limites de ce titre, au regard de la géographie, puisque nous sommes désormais en Saint-Maixentais, et aussi au regard des saisons puisque c’est le 30 janvier que j’ai commencé cette visite pastorale… encore assez loin du printemps. Cependant la visite fut effectuée pour partie en février et pour partie en mai.

Bien entendu, Saint Maixent est marquée par ce qui lui donne aussi son nom : « l’Ecole », autrement dit l’ENSOA, l’Ecole supérieure des sous-officiers d’active.

  • La présence militaire à Saint Maixent remonte à 1224 avec un château implanté pour commander la croisée de deux axes de circulation.
  • L’Ecole fut fondée par Louis-Napoléon Bonaparte, Président de la IIe République.
  • Aujourd’hui, elle connaît une croissance du nombre de ses élèves afin de répondre à l’augmentation des effectifs militaires décidée après les attentats de 2015. Le nombre des élèves a doublé entre 2014 et 2016.
  • Le recrutement et la formation doivent répondre aux besoins d’une armée de plus en plus technique.
  • L’ENSOA est un des poumons économiques de la ville.
  • Celle-ci fut d’abord marquée par son abbaye, elle l’est désormais par l’armée, au risque de trop s’appuyer sur cette réalité sans chercher à développer d’autres activités, d’autres lieux de production économique. Les emplois sont en effet surtout présents à Niort et à La Crèche.

Cependant, la commune de Saint Maixent avec celles qui l’entourent, connaît aussi une certaine tradition industrielle, avant tout familiale. Des hommes ont su, au sortir de la Seconde guerre mondiale, créer des entreprises répondant à de nouveaux besoins ; surtout, au fil du temps, ils ont su renouveler leurs productions et leurs méthodes ; comme toujours, qui n’innove pas disparaît .

La ville de Saint Maixent est aussi marquée par une vraie pauvreté économique et sociale, culturelle également : 26% des logements sont des HLM.

  • Elle a été retenue parmi les 50 villes bénéficiant d’un fond d’aide de l’Etat pour la rénovation urbaine : voirie, urbanisme, habitat, commerces mieux regroupés (ce sera autour de la place du Marché).
  • On ne peut rêver, ou vouloir recréer les réalités d’antan : le commerce de proximité a disparu au profit des grandes surfaces ; l’enjeu est de trouver des nouvelles sources de dynamisme et d’animation pour les rues anciennes du centre.

L’insécurité est aussi présente, le vandalisme, la détérioration des biens publics ; les moyens de surveillance doivent dès lors être développés ; ceci est également vérifié dans les communes voisines, en particulier à La Mothe Saint Héray où l’église a connu de graves et lourdes dégradations.

  • Les enseignants sont également confrontés à ces problèmes et aux conséquences de certaines pauvretés, avant tout familiales, beaucoup d’élèves portent des choses lourdes, il faut faire appel à l’aide et à l’expertise de psychologues.

De manière générale, c’est le rôle des leaders de permettre à tous d’œuvrer dans le même sens en oubliant les petites histoires et querelles locales ; les catholiques doivent toujours avoir ceci pour préoccupation, que d’énergies parfois perdues dans les comparaisons, les petites rivalités .

Ce grand texte du patriarche Athënagoras demande toujours à être relu et médité.

  • « Il faut mener la guerre la plus dure qui est la guerre contre soi-même.
  • Il faut arriver à se désarmer.
  • J’ai mené cette guerre, pendant des années. Elle a été terrible.
  • Mais maintenant, je suis désarmé.
  • Je n’ai plus peur de rien, car ‘’l’amour chasse la peur’’.
  • Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier en disqualifiant les autres.
  • Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses.
  • J’accueille et je partage.
  • Je ne tiens plus particulièrement à mes idées, à mes projets.
  • Si l’on m’en présente de meilleurs, je les accepte sans regret.
  • Ou plutôt, non pas meilleurs, mais bons. J’ai renoncé au comparatif…
  • Ce qui est bon, vrai, réel, où que ce soit, est toujours pour moi le meilleur.
  • C’est pourquoi je n’ai plus peur.
  • Si l’on se désarme, si l’on se dépossède, si l’on s’ouvre au Dieu homme qui fait toutes choses nouvelles, alors Lui efface le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est possible. »
  • Olivier Clément, Dialogue avec Athënagoras, Fayard, 1976, p. 183.