2ème conférence du père Jean-Marie Loiseau : La Rencontre de Jésus avec le (...)

JPEG

La Rencontre de Jésus avec le jeune homme riche (Marc 10, 17-22, Matthieu 19, 16-22, Luc 18, 18-23)

Comment devient-on disciple de Jésus ? Que doit-on faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?

-  L’homme qui aborde Jésus, sans visage défini, chez Marc, devient « un notable » chez Luc (Luc 18,18). Pour Matthieu, il s’agit d’un « jeune homme » (Matthieu 19,20) préoccupé par la question religieuse et cherchant un maître qui l’orienterait en ce sens. Chez Marc, la démarche de cet homme est le signe d’une vénération peu commune du maître. Il se jette à genoux (Marc 10,17).

-  Chez Marc, le premier échange s’enchaîne ainsi : « Bon maître, que dois-je faire… ? ». Jésus, d’emblée, récuse cette qualification. Il dit à l’homme : « Pourquoi m’interroges-tu sur le bon ? Unique est celui qui est bon ». Tout juif fidèle devait savoir qu’il n’existe pas de bien (de bon) en soi ; Dieu seul décide du Bien qu’il révèle aux hommes par sa loi.

-  Matthieu craint peut-être que l’on comprenne que Jésus n’est pas bon : d’où une nouvelle formulation des versets 16b-17, que l’on peut paraphraser de cette manière : l’essentiel n’est pas de te demander ce que tu peux faire de bon, mais de chercher celui qui est bon, Dieu, et de t’en remettre à ses commandements, source de « vie ».

-  Cela dit, la question posée au maître est pertinente : « Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » (Marc 17,17). Le souci de parvenir à la béatitude future est la quête louable des juifs pieux, les pharisiens en tête. Jésus accueille bien entendu la question. Comme tout rabbin de son temps, il est mis en demeure de se prononcer clairement sur ce qui fait, d’après la tradition juive et sa pensée personnelle, l’essentiel de la Loi de Moïse.

-  Au sujet des commandements incontournables pour entrer dans la Vie, précision demandée par l’interlocuteur de Jésus dans l’Evangile de Saint Matthieu (« Lesquels ? » cf. Matthieu 19,18), Jésus énonce les commandements qui concernent la relation avec autrui, ce à quoi il est en train d’éduquer ses disciples. Il cite d’abord des extraits du Décalogue (Exode 20,1-17) : ceux des commandements de Dieu qui, de fait, concernent l’Amour du prochain. Il ne fait aucun doute que Jésus est un bon connaisseur de la Loi. À telle enseigne que chez Matthieu, il conclut par un sommet du message de l’Ancien Testament : aimer son prochain comme soi-même (cf. Lévitique 19,18).

-  L‘homme, familier de la Torah, s’empresse de répondre à Jésus qu’il a observé tous ces commandements depuis sa jeunesse (Marc 10,20). Une telle parole est révélatrice de la droiture et de la fidélité religieuse de ce juif. Jésus ne s’y trompe pas, et Marc est heureux de le souligner (Marc 10,21). Le regard du Maître, chez Marc, a quelque chose d’inoubliable. C’est un regard plein de tendresse et d’estime profonde. L’expression qui l’accompagne (« Il se mit à l’aimer ») a une richesse insoupçonnée.

-  L’Amour de Dieu, dans l’Ancien Testament, a présidé à l’élection d’Israël – comme son peuple (cf. Deutéronome 7,7-8). C’est le même Amour divin qui pousse Jésus à porter son choix sur ce juif fidèle.

-  Ce choix s’exprime alors en un appel d’une exigence absolue et rare (Marc 10,21). Le « si tu veux être parfait » de Jésus, en Matthieu 19,21, s’applique à tout homme qui, en suivant Jésus, accomplit la Loi, comme Jésus accomplit la Loi ou les prophètes (cf. Matthieu 5,17), dans le sermon sur la montagne. Jésus ne se propose pas simplement d’accomplir la prophétie, il veut la mener à sa perfection, et ainsi donner son vrai sens au code de vie religieuse qu’était alors devenue la Loi ; Il lui fait ainsi atteindre sa perfection radicale et recouvrer sa simplicité originelle. « Car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, non, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux » (Matthieu 5,20). Jésus offre à ce jeune juif la perfection dont il a fait une règle pour tous ses disciples : « Ainsi vous serez parfaits comme votre Père Céleste est parfait » (Matthieu 5,48). Ça n’est ni une promotion, ni une option facultative. S’il parvient à s’arracher à son confort en se débarrassant de ses biens au profit des pauvres, il aura « un trésor dans les cieux » (Matthieu 19,21). Alors, il suivra Jésus. Mais les aspirations pourtant profondes du jeune homme ne font pas le poids en face des « grands biens » dans lesquels il trouve une sécurité. Jésus a sans doute rencontré de tels homes, attirés par sa vie errante au service du Royaume, mais qui n’ont pas pu faire le grand saut. Au moins, le jeune homme ne prétexte pas qu’il a un père à enterrer (Matthieu 8,21). Il part, silencieux et triste. Dieu avait semé en lui une insatisfaction. Ainsi préparé, il a posé son problème sur le plan de son salut (« la vie éternelle ») et Jésus lui a répondu sur le même plan. Il l’a compris. Mais, du même coup, il s’est soudain découvert des chaînes. La Bonne nouvelle proposée par Jésus est l’appel à son dépassement. Suivre le Christ, devenir chrétien, ne va pas sans un certain dépouillement.

Père Jean-Marie Loiseau 15 décembre 2016