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  • Homélie du dimanche 6 septembre 2026 - Rentrée paroissiale à St-Hilaire

    Homélie du dimanche 6 septembre 2026 en l’église St-Hilaire –
    Messe de la Rentrée paroissiale

    Mt 18, 15-20
    Après cette Parole de Dieu, peut-être pensez-vous que le Salut dépend de vos choix et de votre capacité à agir pour devenir saints par des efforts importants.
    Être chrétien se résumerait alors à suivre des principes moraux pour s’approcher de la sainteté : encourager les méchants à abandonner leur conduite, aimer son prochain comme soi-même et, évidemment savoir gérer des conflits par une médiation et un dialogue.

    Cette approche pose de nombreux problèmes. D’abord parce que l’Évangile n’est pas un code de morale mais une bonne nouvelle, et surtout parce qu’elle ne permet pas de compter sur Dieu mais uniquement sur nos propres forces.

    Autrement dit, lire ainsi les Saintes Écritures, c’est actualiser une hérésie – c’est-à-dire, littéralement un mauvais choix – bien connue depuis la fin du IVe siècle : le pélagianisme. Comme l’affirme Denis Moreau dans son ouvrage Tous hérétiques ? (2025) et, avant lui, le pape François dans Gaudete et exsultate (2018) notamment au paragraphe 57 : « Il y a encore des chrétiens qui s’emploient à suivre un autre chemin : celui de la justification par leurs propres forces, celui de l’adoration de la volonté humaine et de ses propres capacités, ce qui se traduit par une autosatisfaction égocentrique et élitiste dépourvue de l’amour vrai. »

    Ainsi donc mes amis, l’Évangile de ce jour n’est pas un cours de médiation et de gestion de conflits pour que, avec nos seuls talents nous réussissions notre vie. Bien plus, je crois que la Parole de Dieu nous offre, notamment, de saisir ce que nous appelons la communion.

    Si nous sommes venus aujourd’hui, c’est que nous avons le désir, justement, de communier avec Dieu, d’être unis à lui. Cette communion va se vivre, bien évidemment, sacramentellement. Mais la communion implique toujours une double dimension : verticale (communion avec Dieu) et horizontale (communion entre les hommes). Il est donc essentiel, pour avoir une vision chrétienne de la communion, de la reconnaître d’abord comme don de Dieu et non comme le terme ou pire la récompense que nous pouvons obtenir.

    Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que nous venons d’entendre l’une des deux mentions du mot Église dans l’évangile de Matthieu. La première fois que l’évangéliste emploie ce mot, c’est pour parler de son fondement. Sur le roc, Jésus bâtit son Église : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle » (Mt 16, 18). Deux chapitres plus loin, Matthieu l’emploie à nouveau. Cette fois, l’Église est vue comme une communauté de discernement  : « S’il refuse d’écouter [une ou deux personnes], dis-le à la communauté de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain » (Mt 18, 17). Autrement dit, et pour reprendre l’expression du concile Vatican II, l’Église n’est pas que le sacrement (Mysterium) de l’unité du genre humain, appelé à être un reflet de l’amour divin sur la terre ; elle est tout autant cette communion (Koinonia) qui désigne le rassemblement des fidèles unis par la foi et l’amour dans le Christ.

    Ainsi, « gagner » nos frères et sœurs (Mt 18, 15), ce n’est pas les convaincre. Ce n’est pas non plus imposer un point de vue. C’est avancer pour faire grandir l’unité du Corps du Christ. L’Église, notre paroisse et chacun de nous sont responsables de cette unité. Il n’est pas question ici de développer un sens idéalisé de l’Église. Je le sais que trop bien, des divisions existent : jalousies, incapacité à œuvrer avec d’autres, manque de charité…

    Pourtant, vivre sa foi au Christ-Jésus, c’est la vivre en Église et ainsi chercher chaque jour à faire grandir l’unité du Corps du Christ. Dans nos paroles, cela est particulièrement juste : combien par nos langues tranchantes nous blessons l’unité ! Par nos actes aussi, évidemment : il n’est pas question de ne plus venir à la messe ou de chercher à boycotter telle ou telle action paroissiale parce que nous ne sommes pas du même avis. Nous le savons, c’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres que nous serons reconnus comme disciples du Seigneur (Jn 13, 35), c’est-à-dire comme son Église (Ecclésia).

    Ainsi donc mes amis, en communiant ce jour, cherchons à œuvrer pour vivre en frères et sœurs ! Je sais que, de plus en plus, plusieurs s’abstiennent de communier se sentant indignes. D’autres ne communient pas parce qu’ils ne sont pas encore préparés à cela. Mais n’oublions pas qu’être acteurs de la communion de l’Église, c’est déjà communier. Trop souvent, on parle de « bénévoles » dans la paroisse pour reprendre le vocabulaire actuel. Nous pourrions davantage parler de frères et sœurs qui œuvrent et manifestent l’unité de l’Église et déjà, nous permettent de communier, d’être unis en Dieu.

    Aux premiers temps de l’Église « la multitude des croyants n’avait qu’un seul cœur et qu’une seule âme » (Ac 4, 32). Ce n’est pas un rêve, c’est notre destinée : vivre unis en Dieu et aux autres pour toujours. Puissent donc nos journées, notre année pastorale et nos vies nous préparer ardemment à cette communion.
    Amen

    P. Julien DUPONT