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  • Mt 21, 33-43 (2026)
    Dimanche 4 octobre 2026

    Vous avez sans doute lu l’encyclique Magnifica humanitas. Le Pape Léon XIV invite à « désarmer l’IA ». Qu’est-ce à dire ? Les données, les algorithmes et les plateformes sont devenus des ressources aussi vitales que l’était une terre fertile, mais leur gouvernance échappe de plus en plus aux États pour se concentrer entre les mains d’acteurs privés. Le pape demande donc de « désarmer l’IA » des logiques de domination économique, géopolitique et monopolistique. On retrouve ici le même renversement que dans cette parabole : un bien confié pour porter du fruit au profit de tous, se trouve ainsi capté uniquement par ceux qui en ont la maîtrise, au détriment de tous les autres.

    Cela renvoie à une notion bien connue de la Doctrine Sociale de l’Église : la destination universelle des biens. C’est un principe fondamental qui affirme que les biens de la Création sont destinés à l’ensemble de l’humanité. Chacun de nous est un intendant responsable chargé de faire fructifier et de préserver les richesses de la terre pour les générations présentes et futures.

    Cela nous rappelle ce que le pape François écrivait déjà dans Laudato si au § 67 « Nous ne sommes pas Dieu. La terre nous précède et nous a été donnée. (…) Nous devons rejeter aujourd’hui avec force que, du fait d’avoir été créés à l’image de Dieu et de la mission de dominer la terre, découle pour nous une domination absolue sur les autres créatures. Il est important de lire les textes bibliques dans leur contexte, avec une herméneutique adéquate, et de se souvenir qu’ils nous invitent à “cultiver et garder” le jardin du monde (cf. Gn 2, 15). Alors que “cultiver” signifie labourer, défricher ou travailler, “garder” signifie protéger, sauvegarder, préserver, soigner, surveiller. Cela implique une relation de réciprocité responsable entre l’être humain et la nature. »

    Or, précisément, l’Évangile vient nous décrire le basculement par lequel des gérants se déclarent propriétaires et utilisent la violence pour s’approprier cet héritage illégitime, puisqu’ils battent les serviteurs et tuent le fils. Au moment de la récolte, ils prennent la décision de garder, pour eux seuls, la totalité de ce qu’ils ont cultivée.

    Nous touchons là une autre question de notre temps : ces vignerons homicides refusent de s’inscrire dans le temps long. Ils veulent, « tout, tout de suite » et s’accaparer l’héritage. Alors que la vie est un chemin, ils veulent être parvenus au terme sans parcourir, ni endurer le poids des jours. Autrement dit, ils sont bien à l’image de tant de nos contemporains : une culture de l’immédiateté et sans la volonté de vivre dans une culture de l’effort.

    Avez-vous remarqué, cependant, que malgré ces accumulations de problèmes du côté des « faux gestionnaires » que sont ces vignerons, il y a toujours de quoi récolter dans cette vigne ? Comment ne pas y voir une merveilleuse action de grâce pour l’Église que nous sommes ? Quels que soient nos vacillements et nos incohérences, Dieu ne cesse de donner. Cela ne doit pas être une occasion de justifier ces mauvais comportements, mais au contraire une occasion de nous rendre compte de ce que nous gaspillons.

    Mais l’Évangile nous offre aujourd’hui une autre bonne nouvelle, dans la reprise du psaume 117 : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux ! ». La bonne nouvelle, ici, est que le Seigneur, que nous rejetons, est celui qui en même temps nous sauve ! Regardez : la foule a beau avoir demandé à Pilate de tuer Jésus, c’est ce même Jésus qui vient sauver cette foule ! Ainsi, celui que nous ne cessons de bafouer par nos comportements est celui qui vient transformer nos vies, et leur donner un sens. Là encore, il n’est pas question de légitimer notre péché, mais de reconnaître, avec force, qui est Dieu et les merveilles qu’il ne cesse de nous prodiguer.

    Ainsi donc, cette parabole, outre une annonce de la Passion, vient nous apporter quelques éléments pour mieux comprendre le rapport entre Dieu et l’homme, entre le créateur et ses créatures que nous sommes. Dieu est un propriétaire qui fait confiance et nous confie sa gestion. Nous pouvons parfois gaspiller les biens voire, pire, nous les accaparer : Dieu reste Celui qui veut le meilleur pour nous : nous sauver.

    Oui, là est la bonne nouvelle de ce jour ! Toujours, Dieu veut nous libérer de nos égoïsmes, de la volonté de toute puissance, de nos incapacités à obéir. Mais, comme l’affirme si bien Saint Augustin : « Celui qui t’a créé sans toi, ne te sauvera pas sans toi » (Sermon 169). Dieu sauve, mais il ne sauve pas malgré nous. Il attend notre réponse : à nous de savoir la lui donner par nos choix de vie, dès maintenant. Amen.

    P. Julien DUPONT