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  • Homélie de la messe d’action de grâce pour le pontificat du pape François 21 avril 2025, lundi de l’octave de Pâques

    Homélie à St-Hilaire - P. Julien DUPONT
    Homélie de la messe d’action de grâce pour le pontificat du pape François 21 avril 2025, lundi de l’octave de Pâques

    Homélie de la messe d’action de grâce pour le pontificat du pape François
    21 avril 2025, lundi de l’octave de Pâques

    À chaque fois qu’une personne part à la rencontre du Seigneur, chacun s’attache à retenir tel ou tel fait marquant et signe caractéristique de la vie du défunt. Aujourd’hui, nous faisons de même avec le pape François, cherchant à voir ce qu’il a entrepris – ou pas – dans différents domaines de la vie de l’Église et du monde. En faisant ainsi, frères et sœurs, nous en disons toujours plus sur nous-mêmes que sur lui ! Par ailleurs, je ne suis pas certain qu’il appréciait ce genre d’exercice. Alors, permettez-moi ce soir de commenter l’Évangile de ce jour de l’octave de Pâques, en lien avec l’extraordinaire nouvelle : Christ est ressuscité !

    Face à cet évènement majeur, les femmes qui ont « entendu les paroles de l’ange » sont «  remplies à la fois de crainte et d’une grande joie » . Nous tenons là un signe caractéristique de la vie des disciples de Jésus : la crainte, dans le vocabulaire biblique, ce n’est pas avoir peur de Dieu, mais c’est reconnaître sa grandeur et son amour infini. Cette crainte est donc toujours mêlée à la joie. Deux sentiments donc qui disent le chemin de foi pour chacun : reconnaître Dieu, c’est ce qui est source de notre joie. Nous ne savons que peu de choses sur le chemin de foi du pape François. Mais nous savons que cette joie l’animait puisque presque toutes ses exhortations apostoliques portent la trace de cette joie du disciple, y compris dans leurs titres : Evangelii Gaudium (« La joie de l’Évangile »), Amoris laetitia (« La joie de l’amour »), Gaudete et exsultate (« Soyez dans la joie et l’allégresse »). Le pape fut un témoin de cette crainte et de cette joie de Dieu, comme les femmes qui sont allées au tombeau.

    Comme les femmes de l’Évangile, le disciple du Christ-Jésus qu’était le pape François, avait reçu un ministère, un « service ». Son service était celui de la communion et de la mission dans le monde de ce temps. La coïncidence veut que l’Évangile de ce jour mette en valeur le ministère des femmes qui ont reçu cette mission de la prédication évangélique, puisque nous les voyons courir « porter la nouvelle à ses disciples » et que Jésus lui-même les convie à « allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée ». Il y a ici une belle coïncidence car François a demandé de nouveaux services et responsabilités à des femmes. Lors du Regina Caeli du lundi de Pâques, le 13 avril 2020, l’évêque de Rome a mis en lumière le rôle central des femmes dans l’annonce de la résurrection de Jésus. Selon lui, « Dieu commence toujours par les femmes, toujours. Elles ouvrent des voies. Elles ne doutent pas : elles savent, elles l’ont vu, elles l’ont touché. Elles ont également vu le sépulcre vide ». Contrairement à ce que beaucoup pensent, il n’y avait aucun militantisme de la part du pape François – pour les femmes comme pour les migrants par exemple – mais une ferme volonté de vivre l’Évangile dans le monde de ce temps pour que tous, sans exception, vivent de la vie divine.

    Le contraste entre la foi des femmes qui œuvrent tel que le Seigneur leur a demandé et les autorités religieuses est fort. Là encore, je pense que cela est un beau clin d’œil à la vie et au ministère du pape François qui a toujours remis en cause la certitude de ceux qui deviennent autoréférencés et s’isolent dans leur propre conscience. Combien de fois le pape a-t-il insisté pour que nous nous laissions déplacer par la Parole de Dieu, par son écoute… Dans Gaudete et Exsultate, en 2018, le pape redisait que « vivre ou travailler avec d’autres, c’est sans aucun doute un chemin de développement spirituel. Saint Jean de la Croix disait à un disciple : tu ne vis avec d’autres « que pour être travaillé, exercé par tous ». D’une certaine manière, ces grands prêtres et ces anciens ne se sont pas laissés travailler par l’Évangile du Christ. La rencontre du Christ doit changer la vie et les cœurs… comme il a changé le cœur de Jorge Mario Bergoglio. Et, fortifiés par l’Évangile du Christ, celui-ci permet à chacun, ayant reçu la grâce de l´Esprit, d’agir pour le bien du Corps entier comme nous le chantons parfois.

    Remarquons enfin que le Christ lui-même invite à le retrouver en Galilée, dans cette Galilée des pauvres et des petits… dans cette « périphérie existentielle » pour reprendre le vocabulaire du pape François. Oui, le Christ nous attend là où nous ne pensions pas le trouver : auprès de migrants, d’homosexuels, de personnes divorcées-remariées, de détenus, de milliards de pauvres… Le pape n’a jamais milité pour des causes : il n’a cherché qu’à rencontrer le Christ, dont le visage rayonne de ce Christ glorieux sur la croix, et dont le cœur bat parmi les personnes exclues et méprisées de notre temps. Pour rendre hommage au pape François, il ne s’agit pas de déployer des célébrations en grande pompe : il a volontairement simplifié le rituel des funérailles. Pourquoi ? Parce qu’il ne veut pas que nous contemplions le pape, mais le Christ, vivant, en lui, en nous et dans le monde de ce temps. Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité ! Amen.

    P. Julien DUPONT