Homélie de l’Assomption 2024 par le père Julien DUPONT
Homélie de l’Assomption 2024 par le père Julien DUPONT
« Tout est possible, tout est possible, à celui qui croit. Au nom de Jésus, rien d’impossible. Oui, je crois en Toi ! » Ce refrain du groupe Glorious a été chanté à tue-tête, à Lourdes, tout au long de la semaine dernière ! Et c’est dans doute l’un des plus beaux commentaires de la Parole de Dieu qui éclaire cette fête de l’Assomption. Reprenant les mots de Jésus-Christ dans son Évangile selon Saint-Marc au sujet de l’enfant en convulsion (Mc 9, 23), nous entendons ici que « rien n’est impossible à Dieu » tel que cela est formulé dans les deux versets avant le début de l’Évangile de ce jour (Lc 1, 37).
Oui, rien n’est impossible à Dieu car, par grâce, il peut tout ! Nos manques de foi, nos errances, nos incohérences ne sont que des obstacles, mais la grâce de Dieu est première et surabondante. Marie le souligne dans son cantique d’action de grâce, cantique qui nous permet de saisir qui est Dieu pour elle : il est celui qui ne cesse d’agir puisqu’il « fait des merveilles ». Cela se comprend dans les nombreux verbes d’action employés dans le Magnificat : il « comble », « disperse », « renvoie », « relève »… Mais cela se comprend aussi avec le récit qui précède cet Évangile et qui concerne un protagoniste sous-jacent à ce récit : Zacharie ! Lui, il n’a pas cru à l’action de Dieu pour lui. Et puis lors, il ne parle plus (Lc 1, 22). Pourquoi ? Parce que la parole nous est donnée pour dire combien Dieu agit, ici et maintenant. Le Christ lui-même n’a parlé que pour révéler l’action de son Père, dans la plénitude de l’Esprit.
Si Dieu agit, il n’est pas pour autant au garde-à-vous des petits soldats que nous sommes. Il est Dieu pour qui tout est possible, mais pas selon nos propres exigences. Beaucoup rêvent de ce Dieu qui agit selon leur propre volonté, même avec les meilleures intentions. Personne ne veut souffrir, vivre dans un pays en guerre, être pauvre… Mais est-ce pour autant qu’il nous faut accueillir uniquement ce que nous avons choisi ? Zacharie, Elisabeth, Marie et même son fils, Jésus, n’ont jamais « posé leurs conditions » comme certains le font lors d’un entretien d’embauche ! Bien sûr, on peut exprimer des demandes. Mais c’est Dieu qui agit librement, selon son projet. D’ailleurs, celui-ci est clair : « Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles ». Dieu peut tout, il agit pour tous, il est puissant en acte et en parole, à la seule condition que nous le « craignions » pour reprendre le vocabulaire biblique, c’est-à-dire que nous entrions dans son projet avec confiance.
Marie, dans son Magnificat, est particulièrement ajustée lorsqu’elle affirme, par exemple : « le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! » Comme l’affirme LUTHER dans son magnifique commentaire de ce cantique : « Cela veut dire : de même que je ne m’attribue pas l’œuvre, de même je ne m’attribue pas non plus le nom et l’honneur (…) Je suis seulement l’atelier dans lequel il travaille » (p. 97). Oui Marie, la mère de Dieu, est « la première » – sans médaille d’or ! – car elle préfigure notre destinée. Vous le savez, nous ne célébrons pas aujourd’hui la « mort » de la mère du Seigneur, mais son Assomption. Ce dogme, défini par le pape Pie XII en 1950, explique qu’à la fin de sa vie, elle fut « assumée », corps et âme. Selon la foi catholique, tout être humain vivra cette même assomption, pas au moment de la mort, mais lors de la Résurrection. Par pure grâce, Marie se trouve ainsi, dans le sillage de son fils, pour nous permettre de vivre de la vie de Dieu… Cette vie qui nous est accessible dès maintenant, notamment à chaque fois que nous laissons Dieu agir dans l’atelier que sont nos propres existences. « Seigneur, c’est toi notre Père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes tel un potier : nous sommes tous l’ouvrage de ta main. » (Is 64, 7).
Cette attitude qui consiste à tout attendre de Dieu et à se laisser modeler par lui doit inspirer notre vie spirituelle mais aussi notre présence dans le monde de ce temps, tant à titre personnel que communautaire. Nous le savons, chrétiens en France, nous sommes désormais devenus une minorité. Parfois moqués, souvent inaudibles, la chance d’un christianisme fragile (cf. Albert ROUET), c’est de ne pouvoir compter que sur Dieu, comme Marie l’a fait tout au long de sa vie. Comme Marie, nous n’avons que l’espérance d’un Dieu qui agit, dans « une discrétion brûlante, comme la présence même de Dieu » (Cf. Emmanuel MOUNIER). « Quand on est minoritaire, la tolérance n’est plus une vertu mais une nécessité d’État ; les vertus sont l’équanimité, la patience et la persévérance ». (Chantal DELSOL. La fin de la chrétienté. Cerf, 2023 (2021) ; p. 173). Mes amis, ayons les mêmes sentiments que le Christ nous a révélés et que Marie a vécus en sa chair : exalter la puissance de Dieu et être docile à sa Parole ! Puisse cette fête nous permettre de redire, comme Marie : « le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! » Amen.
P. Julien DUPONT


