Dimanche de Pâques, 4 avril 202

Dimanche de Pâques, 4 avril 2021.

 

 

« Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie. Alleluia ! »

 

Ce jour où nous sommes unis dans la même joie de la foi, nous ici rassemblés et tous les nombreux chrétiens de par le monde, c’est le jour de Pâques, celui où Jésus ressuscita d’entre les morts et où les premiers témoins transmirent la nouvelle : Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité.

 

 

1 –

Qu’avons-nous à faire en ce jour et dans cette liturgie que nous vivons ? Ce n’est pas le moment d’ausculter les textes avec minutie : ce n’et pas le moment de la science exégétique, il y a un temps pour cela.

 

Ce n’est pas le moment de la recherche de la vérité historique de cet événement : ce n’est pas le moment pour la science historique.

 

Ce n’est pas davantage le moment d’une recherche spirituelle ou psychologique : L’analyse de nos états d’âme se fera plus tard. Ils importent assez peu au regard de ce que nous avons à faire aujourd’hui.

 

En ce jour, il nous suffit de dire : « Christ est ressuscité ! », ou : « Voici le saint jour de Pâques ! », ou : « Ce jour que fit le Seigneur ». Ce jour ce n’est pas nous, il n’est pas notre jour, nous n’y sommes pour rien ! Il est pur don. C’est le jour de Jésus, son jour, à lui le Seigneur.

 

 

2 –

Le grand cardinal John-Henry Newman avait compris cela. A l’occasion d’un sermon de Pâques (le 31 mars 1839) il dit :

 

 « Voici le jour de Pâques. Redisons-nous le sans cesse avec crainte et grande joie. A l’instar d’enfants qui se disent « Voici le printemps » ou « voici la mer », tenant ferme cette pensée pour ne pas la laisser échapper, ou comme des voyageurs en un pays étranger qui disent : voici cette grande cité » ou voici ce célèbre monument » et savent que ce pays-là a une longue histoire qui traverse les siècles et se reprochent d’en savoir si peu à son sujet, disons donc « Voici le jour où le Christ se releva d’entre les morts, le jour qui nous apporte le salut. C’est un jour qui nous a grandis plus que nous le savons »

Il poursuit en disant qu’ en ce jour, il nous suffit de peu – pas la perfection de notre vie, pas nos performances religieuses… pas un agir moral exigeant, mais :

 

« Dépouillons-nous seulement du monde, et nous revêtons alors le Christ. L’éloignement de l’un correspond au rapprochement de l’autre ; nous nous sommes employés pendant quelques semaines, sous l’effet de sa grâce, à nous dépouiller de nos convoitises et de nos désirs terrestres. Que ce dépouillement soit pour nous un revêtement de choses invisibles et impérissables. Puissions-nous grandir en grâce ainsi qu’en connaissance de notre Seigneur et sauveur, saison après saison, année après année, jusqu’à ce qu’il prenne avec lui d’abord l’un, puis l’autre d’entre nous, dans l’ordre qu’il jugera bon, nous séparant ainsi les uns des autres pour une courte durée, en vue d’être réunis ensemble et à jamais dans le royaume de son Père et notre Père, de son Dieu et notre Dieu » (Cl John-Henry Newman, Sermons paroissiaux , tome 6, p. 99-100).

 

Ce qui importe donc, c’est notre attachement à Jésus-Christ et notre détachement du monde – non qu’il soit totalement mauvais, mais parce qu’il n’est pas le Christ. Seul le Christ est le Christ.

 

Des hommes et des femmes ont compris cela et font l’aveu que pour eux, c’est Jésus qui compte, et rien d’autre.

 

3 –

Jacques Julliard, un essayiste de talent le dit sans gène. Interrogé par Alain Finkelkrault sur l’importance du christianisme dans sa vie et sur l’étonnement d’un tel attachement de la part de quelqu’un engagé dans le siècle.

 

« Je ne parlerai pas de religion, je ne parlerai même pas de christianisme. Pour moi, c’est la personne du Christ, ses paroles. Je ne sais pas comment en parler : en termes de vérité, de croyance ? La croyance, c’est pas très important…. Au-dessus de la croyance, il y a le commerce avec le spirituel que j’ai découvert chez Pascal, Simone Weil, des gens comme çà. Cela m’aide à vivre.

Surtout dans une société totalement déchristianisée comme la nôtre. Je me sens bien en tant que minoritaire. Non pas pour le plaisir d’être différent des autres, mais pour être sûr que ce que pense correspond à moi-même, et non pas un apport social.

Je ne dis jamais que je suis chrétien. Les autres le diront de moi s’ils le veulent, en revanche je dis mon admiration pour le Christ, pour la personne de Jésus..
Si on me demandait de choisir entre le Christ et la vérité, je choisirais le Christ, car il n’y a pas de différence entre le Christ et la vérité » (émission Répliques France Culture 03 04 2021)

 

Jacques Julliard fait référence à deux grandes figures du christianisme : Pascal et

Simone Weil.

 

 

4 –

Simone Weil

Simone Weil, la philosophe juive, syndicaliste, résistante, mystique dont certains je l’ai remarqué ont lu certains de ses livres célèbres. Au cœur de cette vie toujours engagée, toujours en recherche, toujours vive, une vie de malheurs et de joies, figure son lien avec le Christ. Voici donc une femme complètement prise par le Christ, le priant, le contemplant, en parlant admirablement, allant dans les monastères, à Assise…mais sans être chrétienne, sans une appartenance à l’Eglise dont elle était très proche en fait. Elle écrit au Père Perrin vers la fin de sa courte vie :

 

« Vous ne m’avez pas apporté l’inspiration chrétienne ni le Christ ; car quand je vous ai rencontré cela n’était plus à faire, c’était fait, sans l’entremise d’aucun être humain » (lettre au P. Perrin).

 

Pas « chrétienne » mais « christique » !

 

 

5 –

Blaise Pascal et son magnifique mémorial, comme on l’appelle, un texte cousu dans la doublure de son vêtement :

 

L’an de grâce 1654, Lundi, 23 novembre, jour de saint Clément, pape et martyr, et autres au martyrologe. Veille de saint Chrysogone, martyr, et autres, Depuis environ dix heures et demie du soir jusques environ minuit et demi, FEU. « DIEU d’Abraham, DIEU d’Isaac, DIEU de Jacob » non des philosophes et des savants. Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix. DIEU de Jésus-Christ. Deum meum et Deum vestrum.

 

 « Mon Dieu, me quitterez-vous ? » Que je n’en sois pas séparé éternellement. « Telle est la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. » Jésus-Christ. Jésus-Christ. Je m’en suis séparé ; je l’ai fui, renoncé, crucifié. Que je n’en sois jamais séparé. Il ne se conserve que par les voies enseignées dans l’Évangile : Renonciation totale et douce. Soumission totale à Jésus-Christ et à mon directeur (de conscience). Éternellement en joie pour un jour d’exercice sur la terre. Amen.

 

6 –

En disant au monde « Christ est vraiment ressuscité ! », en ce temps bien douloureux d’une longue crise sanitaire, nous ne faisons pas injure à sa misère, aux difficultés de ce monde. Bien au contraire, nous donnons au monde, une grande espérance : la plus grande qui soit.

 

 

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