Lisez la 4ème conférence de carême du père JL Voillot

Quatrième conférence
 
Introduction à la lecture du
« Décret sur le ministère et la vie des prêtres »
Du Concile Vatican II.
 
Introduction :
 
Après un survol historique de plus de trois siècles depuis le temps de la Réforme, nous avons entrepris, mardi dernier, la lecture commentée du Décret conciliaire sur « le ministère et la vie des prêtres ». Nous avons d’abord lu et commenté le préambule qui, en quelques lignes, résume bien l’essentiel de la démarche des Pères, puis les numéros 2 et 3, qui nous ont fait découvrir le statut théologique des prêtres. Ils sont d’une part comme membres du corps du Christ, participant du sacerdoce commun des fidèles, par l’initiation chrétienne, et d’autre part pour le service de leurs frères, ils sont mis à part, participant à son œuvre originale de pasteur, de docteur et de prêtre. La vocation des prêtres est toujours en tension. A la fois, frères de tous, aussi bien des plus proches et des plus lointains, et mis à part pour l’annonce de l’Évangile. Les deux grands axes de leur mission les mettent aussi en tension, au service des hommes par l’annonce de l’Évangile et le service de la mission et, configuré au Christ-prêtre, dans le service des sacrements, pour le salut des hommes et l’adoration du Père. Ces deux alinéas nous donnent donc le profil théologique des prêtres de l’Église au service du monde contemporain ! Le chapitre deuxième dont nous entreprenons la lecture est consacré davantage au ministère des prêtres. Il décline d’abord les trois axes de leur ministère, la Parole, les sacrements, la responsabilité pastorale… Ensuite le texte traite des relations du presbyterium avec l’évêque. Il aborde aussi la communion au sain même du presbyterium des prêtres entre eux. Il aborde ensuite le lien des prêtres avec les laïcs. Après un alinéa sur la répartition des prêtres dans le monde, il invite les prêtres à avoir un souci particulier pour les vocations presbytérales.
 
CHAPITRE II : LE MINISTERE DES PRETRES
 
I. FONCTIONS DES PRETRES
 
(Les prêtres, ministres de la Parole de Dieu)
4 Le Peuple de Dieu est rassemblé d'abord par la Parole du Dieu vivant (1) qu'il convient d'attendre tout spécialement de la bouche des prêtres.(2) En effet, nul ne peut être sauvé sans avoir d'abord cru. (3) ; les prêtres, comme coopérateurs des évêques, ont donc pour première fonction d'annoncer l'Évangile à toute la création. (Marc 16, 15) (5), ils font naître et grandir le peuple de Dieu. C'est la parole de salut qui éveille la foi dans le cœur des non-chrétiens, et qui la nourrit dans le cœur des chrétiens ; c'est elle qui donne naissance et croissance à la communauté des chrétiens ; comme le dit l’Apôtre : « La foi vient de ce qu'on entend, ce qu'on entend vient par la parole du Christ » (Rom. 10, 17).
Ainsi les prêtres se doivent à tous les hommes : ils ont à leur faire partager la vérité de l'Évangile (6) dont le Seigneur les fait bénéficier.
Soit donc qu'ils aient parmi les païens une belle conduite pour les amener à glorifier Dieu (7),
soit qu'ils prêchent ouvertement pour annoncer aux incroyants le mystère du Christ,
soit qu'ils transmettent l'enseignement chrétien ou exposent la doctrine de l'Église,
soit qu'ils étudient à la lumière du Christ les problèmes de leur temps,
dans tous les cas :
il s'agit pour eux d'enseigner, non pas leur propre sagesse, mais la parole de Dieu, et d'inviter tous les hommes avec insistance à la conversion et à la sainteté (8).
Cette prédication sacerdotale, dans l'état actuel du monde, est souvent très difficile ; si elle veut vraiment atteindre l'esprit des auditeurs, elle ne doit pas se contenter d'exposer la parole de Dieu de façon générale et abstraite, mais elle doit appliquer la vérité permanente de l'Évangile aux circonstances concrètes de la vie.
Il y a donc bien des manières d'exercer le ministère de la parole, selon les besoins différents des auditeurs et les charismes des prédicateurs. Dans les pays ou les milieux non chrétiens, c'est par l'annonce de l'Évangile que les hommes sont conduits à la foi et aux sacrements du salut ; dans la communauté chrétienne elle-même, surtout pour ceux qui peuvent manquer de foi ou d'intelligence à l'égard de ce qu'ils pratiquent, la proclamation de la parole est indispensable au ministère sacramentel lui-même, puisqu'il s'agit des sacrements de la foi, et que celle-ci a besoin de la Parole pour naître et se nourrir (10). Cela vaut spécialement pour la liturgie de la Parole dans la célébration de la messe, où sont inséparablement unies l'annonce de la mort et de la résurrection du Seigneur, la réponse du peuple qui l'écoute, l'oblation même du Christ scellant en son Sang la Nouvelle Alliance, et la communion des chrétiens à cette oblation par la prière et la réception du sacrement (11).
(Les prêtres, ministres des sacrements et de l'Eucharistie)
5 Dieu, le seul Saint, le seul Sanctificateur, a voulu s'associer des hommes comme collaborateurs et humbles serviteurs de cette œuvre de sanctification. Ainsi, par le ministère de l'évêque, Dieu consacre des prêtres qui participent de manière spéciale au sacerdoce du Christ, et agissent dans les célébrations sacrées comme ministres de celui qui, par son Esprit, exerce sans cesse pour nous, dans la liturgie, sa fonction sacerdotale (12). Par le baptême, ils font entrer les hommes dans le peuple de Dieu ; par le sacrement de pénitence, ils réconcilient les pécheurs avec Dieu et avec l'Église ; par l'onction des malades, ils soulagent ceux qui souffrent ; et, surtout, par la célébration de la messe, ils offrent sacramentellement le sacrifice du Christ. Et chaque fois qu'ils célèbrent un de ces sacrements - comme l'attestait déjà, aux premiers temps de l'Église, saint Ignace d'Antioche (13) - les prêtres sont, de diverses manières, hiérarchiquement rattachés à l'évêque, assurant ainsi en quelque sorte sa présence dans chacune des communautés chrétiennes (14).
Or, les sacrements, ainsi que tous les ministères ecclésiaux et les tâches apostoliques, sont tous liés à l'Eucharistie et ordonnés à elle (15). Car la sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l'Église (16), c'est à dire le Christ lui-même, lui notre Pâque, lui le pain vivant, lui dont la chair, vivifiée par l'Esprit-Saint et vivifiante, donne la vie aux hommes, les invitant et les conduisant à offrir, en union avec lui, leur propre vie, leur travail, toute la création. On voit donc alors comment l'Eucharistie est bien la source et le sommet de toute l'évangélisation : tandis que les catéchumènes sont progressivement conduits à y participer, les chrétiens, déjà marqués par le baptême et la confirmation, trouvent en recevant l'Eucharistie leur insertion plénière dans le Corps du Christ.
Ainsi, c'est l'assemblée eucharistique qui est le centre de la communauté chrétienne présidée par le prêtre. Les prêtres apprennent donc aux chrétiens à offrir la victime divine à Dieu le Père dans le sacrifice de la messe, et à faire avec elle l'offrande de leur vie ; dans l'esprit du Christ Pasteur, il les éduquent à soumettre leurs péchés à l'Église avec un cœur contrit dans le sacrement de Pénitence, pour se convertir de plus en plus au Seigneur, se souvenant de ses paroles : « Repentez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche » (Mat. 4, 17).
De même, ils leur apprennent à participer aux célébrations liturgiques de manières
à pouvoir y prier sincèrement ;
ils les guident, suivant les grâces et les besoins de chacun,
à approfondir sans cesse leur esprit de prière pour en imprégner toute leur vie ;
ils donnent à tous le désir d'être fidèles à leurs devoirs d'état,
et aux plus avancés celui de pratiquer les conseils de l'Évangile d'une manière adaptée à chacun.
Bref, ils instruisent les chrétiens à célébrer le Seigneur de tout cœur par des hymnes et des chants spirituels rendant grâces en tout temps pour toutes choses au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ à Dieu, le Père (17).
La louange et l'action de grâce qu'ils expriment en célébrant l'Eucharistie, les prêtres les étendent encore aux différentes heures de la journée quand ils s'acquittent de l'Office divin, où ils prient au nom de l'Église pour tout le peuple qui leur est confié, bien plus, pour le monde entier.
Quant à la maison de prière où l'Eucharistie est célébrée et conservée, où les fidèles se rassemblent, où la présence du Fils de Dieu notre Sauveur, offert pour nous sur l'autel du sacrifice, est honorée pour le soutien et le réconfort des chrétiens, cette maison doit être belle et adaptée à la prière et aux célébrations liturgiques (18). Les pasteurs et les chrétiens sont invités à venir y manifester leur réponse reconnaissante au don de celui qui, sans cesse, par son Humanité, répand la vie divine dans les membres de son Corps (19). Les prêtres doivent veiller à cultiver comme il se doit la science et l'art liturgiques, pour que leur ministère liturgique permette aux communautés chrétiennes qui leur ont confiées de louer toujours plus parfaitement Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
(Les prêtres, chefs du peuple de Dieu)
6 Exerçant, pour la part d'autorité qui est la leur, la charge du Christ Chef et Pasteur, les prêtres, au nom de l'évêque, rassemblent la famille de Dieu, fraternité qui n'a qu'une âme, et par le Christ dans l'Esprit, ils la conduisent à Dieu le Père (20). Pour exercer ce ministère, comme pour les autres fonctions du prêtre, ils reçoivent un pouvoir spirituel, qui leur est donné pour construire l'Église (21). Dans cette œuvre de construction, la conduite des prêtres, à l'exemple de celle du Seigneur, doit être extrêmement humaine envers tous les hommes. Ce n'est pourtant pas selon ce qui plaît aux hommes (22) mais selon les exigences de la doctrine et de la vie chrétiennes qu'ils doivent agir à leur égard, les enseignant et les instruisant comme des enfants, et des enfants bien aimés (22) selon les paroles de l'Apôtre : « Insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte avec beaucoup de patience et le souci d'instruire » (2 Tim. 4,2) (24).
Comme éducateurs de la foi, les prêtres ont à veiller, par eux-mêmes ou par d'autres, à ce que chaque chrétien parvienne, dans le Saint-Esprit, à l'épanouissement de sa vocation personnelle selon l'Évangile, à une charité sincère et active et à la liberté par laquelle le Christ nous a libérés (25). Des cérémonies, même très belles, des groupements, même florissants, n'auront guère d'utilité s'ils ne servent pas à éduquer les hommes et à leur faire atteindre leur maturité chrétienne (26). Pour arriver à cette maturité, les prêtres sauront les aider à devenir capables de lire dans les événements petits ou grands, ce que réclame une situation, ce que Dieu attend d'eux. On formera encore les chrétiens à ne pas vivre pour eux seuls, mais à savoir, selon les exigences de la Loi nouvelle de charité, mettre au service des autres le don reçu par chacun (27), afin que tous remplissent en chrétiens le rôle qui leur revient dans la communauté des hommes.
Les prêtres, certes, se doivent à tous ; cependant ils considèrent que les pauvres et les petits leur sont confiés d'une manière spéciale ; le Seigneur, en effet, a montré qu'il avait lui-même partie liée avec eux (28), et leur évangélisation est donnée comme un signe de l'œuvre messianique (29). Ils auront encore une attention particulière pour les jeunes, et aussi pour les époux et les parents ; il est souhaitable que ceux-ci se réunissent en groupes amicaux où ils s'entraideront pour vivre plus facilement et plus totalement leur christianisme dans une existence souvent difficile. Les prêtres ne doivent pas oublier les religieux et les religieuses : partie privilégiée de la maison du Seigneur, ceux-ci méritent tous qu'on s'attache spécialement à leur progrès spirituel dans l'intérêt de toute l'Église. Enfin, ils auront un très grand souci des malades et des mourants : ils les visiteront et les réconforteront dans le Seigneur (30).
La fonction de pasteur ne se limite pas au soutien individuel des chrétiens ; elle a encore pour tâche propre la formation d'une authentique communauté chrétienne. Or, l'esprit communautaire ne se développe vraiment que s'il dépasse l'Église locale pour embrasser l'Église universelle. La communauté locale ne doit pas seulement s'occuper de ses propres fidèles ; elle doit avoir l'esprit missionnaire et frayer la route à tous les hommes vers le Christ. Mais elle est tout spécialement attentive aux catéchumènes et aux nouveaux baptisés qu'elle doit éduquer peu à peu dans la découverte et la pratique de la vie chrétienne.
Aucune communauté chrétienne ne peut se construire sans trouver sa racine et son centre dans la célébration de l'Eucharistie (31) : c'est donc par celle-ci que doit commencer toute éducation de l'esprit communautaire ; mais une célébration sincère, pleinement vécue, doit déboucher aussi bien dans les activités diverses de la charité et de l'entraide que dans l'action missionnaire et les diverses formes du témoignage.
Par la charité, la prière, l'exemple, les efforts de pénitence, la communauté ecclésiale exerce encore une véritable maternité pour conduire les âmes au Christ : elle est un instrument efficace pour montrer ou préparer à ceux qui ne croient pas encore un chemin vers le Christ et son Église, pour réveiller les fidèles, les nourrir, leur donner des forces pour le combat spirituel.
En bâtissant la communauté des chrétiens, les prêtres ne sont jamais au service d'une idéologie ou d'une faction humaine : hérauts de l'Évangile et pasteurs de l'Église, c'est à la croissance spirituelle du Corps du Christ qu'ils consacrent leurs forces.
 
II. RELATIONS DES PRETRES AVEC LES AUTRES
 
(Relations entre les évêques et le presbyterium)
7 Tous les prêtres, en union avec les évêques, participent à l'unique sacerdoce et à l'unique ministère du Christ ; c'est donc l'unité même de consécration et de mission qui réclame leur communion hiérarchique avec l'Ordre des évêques(32) ; manifestée de manière excellente dans le cas de la concélébration liturgique, cette union avec les évêques est affirmée explicitement au cœur de la célébration de l'Eucharistie (33). Que les évêques donc, à cause du don de l'Esprit-Saint que les prêtres ont reçu à leur ordination, voient en eux des auxiliaires et des conseillers indispensables dans leur ministère et leur charge de docteurs, sanctificateurs et pasteurs du peuple de Dieu (34). C'est ce que soulignent fortement, dès les origines de l'Église, les textes liturgiques qui demandent solennellement à Dieu, pour celui qu'on ordonne prêtre, l'envoi de « l'esprit de grâce et de conseil, afin qu'il assiste le peuple et le gouverne avec un cœur pur (35), de même qu'au désert l'esprit de Moïse fut communiqué à soixante-dix hommes prudents (36) « afin que, secondé par eux, il pût facilement gouverner les multitudes innombrables du peuple » (37). En raison de cette communion dans le même sacerdoce et le même ministère, les évêques doivent donc considérer leurs prêtres comme des frères et des amis, et se préoccuper, autant qu'ils le peuvent, de leur bien, matériel d'abord, mais surtout spirituel. Car c'est à eux, avant tout, que revient la grave responsabilité de la sainteté de leurs prêtres(39) ; ils doivent donc se préoccuper activement de la formation permanente de leur presbyterium (40). Qu'ils sachent les écouter volontiers, les consulter même, et parler avec eux de ce qui concerne les exigences du travail pastoral et le bien du diocèse. Pour que cela devienne effectif, on établira, de la manière la plus adaptée aux conditions et aux besoins actuels (41) une commission ou sénat de prêtres, représentant le presbyterium (42) ; le droit aura à déterminer la structure et le fonctionnement de cet organisme, qui devra être en mesure d'aider efficacement l'évêque de ses conseils pour le gouvernement du diocèse.
Quant aux prêtres, ils savent que les évêques sont revêtus de la plénitude du sacrement de l'Ordre ; ils doivent donc respecter en eux l'autorité du Christ Pasteur suprême. Qu'ils aient pour leur évêque un attachement sincère, dans la charité et l'obéissance (43). Ce qui fonde cette obéissance imprégnée d'esprit de coopération, c'est la participation même au ministère épiscopal que les prêtres reçoivent par le sacrement de l'Ordre et la mission canonique (44).
L'union des prêtres avec les évêques est une exigence particulière de notre temps : à l'époque où nous sommes, bien des raisons font que les initiatives apostoliques doivent non seulement prendre des formes multiples, mais encore dépasser les limites d'une paroisse ou d'un diocèse. Aucun prêtre n'est donc en mesure d'accomplir toute sa mission isolément et comme individuellement ; il ne peut se passer d'unir ses forces à celles des autres prêtres sous la conduite des chefs de l'Église.
 
(Union fraternelle et coopération entre prêtres)
8 Du fait de leur ordination, qui les a fait entrer dans l'ordre du presbytérat, les prêtres sont tous intimement liés entre eux par la fraternité sacramentelle ; mais, du fait de leur affectation au service d'un diocèse en dépendance de l'évêque local, ils forment tout spécialement à ce niveau un presbyterium unique. Certes, les tâches confiées sont diverses ; il s'agit pourtant d'un ministère sacerdotal unique exercé pour les hommes. C'est pour coopérer à la même œuvre que tous les prêtres sont envoyés, ceux qui assurent un ministère paroissial ou supra-paroissial comme ceux qui se consacrent à un travail scientifique de recherche ou d'enseignement, ceux-là mêmes qui travaillent manuellement et partagent la condition ouvrière - là où, avec l'approbation de l'autorité compétente, ce ministère est jugé opportun - comme ceux qui remplissent d'autres tâches apostoliques ou ordonnées à l'apostolat. Finalement, tous visent le même but : construire le Corps du Christ ; de notre temps surtout, cette tâche réclame des fonctions multiples et des adaptations nouvelles. Il est donc essentiel que tous les prêtres, diocésains aussi bien que religieux, s'aident entre eux et travaillent toujours ensemble à l'œuvre de la vérité(45). Chaque membre de ce presbyterium noue avec les autres des liens particuliers de charité apostolique, de ministère et de fraternité : c'est ce que la liturgie exprime depuis l'antiquité quand elle les rassemble, unanimes, dans la concélébration de l'Eucharistie. Chaque prêtre est donc uni à ses confrères par un lien de charité, de prière et de coopération sous diverses formes ; ainsi se manifeste l'unité parfaite que le Christ a voulu établir entre les siens, afin que le monde croie que le Fils a été envoyé par le Père(46).
Cela doit amener les plus âgés à accueillir les plus jeunes vraiment comme des frères, à les aider dans les premiers efforts et les premières responsabilités du ministère, à essayer de comprendre leur mentalité même si elle est différente, à suivre leurs efforts avec bienveillance. De même, les jeunes sauront respecter l'âge et l'expérience des anciens, dialoguer avec eux sur les problèmes pastoraux et partager avec joie leur travail.
Dans cet esprit fraternel, les prêtres ne doivent pas oublier l'hospitalité(47) ; soucieux de la bienfaisance et du partage de leurs biens(47), qu'ils s'occupent en particulier de ceux qui sont malades, découragés, surmenés, isolés ou persécutés(49). Qu'ils aiment aussi à se retrouver dans la joie pour se détendre, se souvenant de l'invitation que le Seigneur lui-même adressait aux apôtres épuisés : "Venez à l'écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu"(Marc 6,31). Mais les prêtres ont encore besoin de s'entraider pour le développement de leur vie spirituelle et intellectuelle, d'améliorer leur coopération dans le ministère, d'éviter les dangers que peut entraîner l'isolement : autant de motifs qui poussent à encourager une certaine vie commune ou un certain partage de vie entre les prêtres ; les réalisations peuvent prendre bien des formes suivant les besoins personnels ou pastoraux : cohabitation là où c'est possible, communauté de table, ou tout au moins réunions fréquentes et régulières. Les associations sacerdotales sont, elles aussi, dignes d'estime et de vifs encouragements : grâce à leurs statuts contrôlés par l'autorité ecclésiastique compétente, elles proposent une règle de vie adaptée et dûment approuvée, et un soutien fraternel qui aident les prêtres à se sanctifier dans l'exercice du ministère ; de ce fait, elles se mettent au service de l'Ordre des prêtres tout entier.
Enfin, cette communion dans le sacerdoce doit amener les prêtres à se sentir spécialement responsables de ceux d'entre eux qui ont des difficultés ; ils sauront, au bon moment, leur apporter leur soutien et, s'il y a lieu, leur faire des remarques discrètes. Avec ceux qui ont eu des difficultés, ils feront toujours preuve d'amour fraternel et de générosité : ils prieront Dieu pour eux avec insistance et veilleront sans cesse à être vraiment à leur égard des frères et des amis.
(Vie des prêtres avec les laïcs)
9 Le sacrement de l'Ordre confère aux prêtres de la Nouvelle Alliance une fonction éminente et indispensable dans et pour le peuple de Dieu, celle de pères et de docteurs. Cependant, avec tous les chrétiens, ils sont des disciples du Seigneur, que la grâce de l'appel de Dieu a fait participer à son royaume (50). Au milieu de tous les baptisés, les prêtres sont des frères parmi leurs frères (51), membres de l'unique Corps du Christ dont la construction a été confiée à tous (52).
A la tête de la communauté, les prêtres doivent donc faire en sorte de ne pas rechercher leurs propres intérêts, mais ceux de Jésus-Christ (52), en unissant leurs efforts à ceux des laïcs chrétiens, et en se conduisant avec eux à la manière du Maître : parmi les hommes, celui-ci « n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mat.20, 28). Les prêtres ont à reconnaître sincèrement et à faire progresser la dignité des laïcs et leur rôle propre dans la mission de l'Église. Ils doivent respecter loyalement la juste liberté à laquelle tous ont droit dans la cité terrestre. Ils doivent écouter volontiers les laïcs, tenir compte fraternellement de leurs désirs, reconnaître leurs expériences et leur compétence dans les différents domaines de l'activité humaine, pour pouvoir avec eux lire les signes des temps. Éprouvant les esprits pour savoir s'ils sont de Dieu (54) ils découvriront et discerneront dans la foi les charismes des laïcs sous toutes leurs formes, des plus modestes aux plus élevées, ils les reconnaîtront avec joie et les développeront avec ardeur. Parmi ces dons qu'on trouve en abondance chez les chrétiens, l'attrait d'un bon nombre pour une vie spirituelle plus profonde mérite une attention spéciale. Il faut également avoir assez de confiance dans les laïcs pour leur remettre des charges au service de l'Église, leur laissant la liberté et la marge d'action, bien plus, en les invitant, quand l'occasion se présente, à prendre d'eux-mêmes des initiatives (55).
Bref, les prêtres sont placés au milieu des laïcs pour les conduire tous à l'unité dans l'amour « s'aimant les uns les autres d'un amour fraternel, rivalisant d'égards entre eux  » (Rom.12, 10). Ils ont donc à rapprocher les mentalités différentes, de telle manière que personne ne se sente étranger dans la communauté des chrétiens. Ils sont défenseurs du bien commun, dont ils ont la charge au nom de l'évêque, et en même temps témoins courageux de la vérité, pour que les chrétiens ne soient pas emportés à tout vent de doctrine (56). Ils sont spécialement responsables de ceux qui ont abandonné la pratique des sacrements, voire même la foi, et ils m'omettront pas d'aller vers eux comme de bons pasteurs.
Attentifs aux prescriptions sur l'œcuménisme (57), ils n'oublieront pas les frères qui ne partagent pas avec nous la pleine communion de l'Église.
Enfin, ils sauront qu'ils sont chargés de tous ceux qui ne reconnaissent pas le Christ comme leur Sauveur.
Mais, de leur côté, les chrétiens doivent être conscients de leurs devoirs envers les prêtres, entourer d'un amour filial ceux qui sont leurs pasteurs et leurs pères, partager leurs soucis, les aider autant que possible par leur prière et leur action : ainsi les prêtres seront mieux en mesure de surmonter les difficultés et d'accomplir leur tâche avec fruit (58).
 
III. REPARTITION DES PRETRES ET VOCATIONS SACERDOTALES
(Répartition des prêtres)
10 Le don spirituel que les prêtres ont reçu à l'ordination les préparer, non pas à une mission limitée et restreinte, mais à une mission de salut d'ampleur universelle, « jusqu'aux extrémités de la terre » (Act. 1,8) ; n'importe quel ministère sacerdotal participe, en effet, aux dimensions universelles de la mission confiée par le Christ aux apôtres. Le sacerdoce du Christ, auquel les prêtres participent réellement, ne peut manquer d'être tourné vers tous les peuples et tous les temps, sans aucune limitation de race, de nation ou d'époque, comme le préfigure déjà mystérieusement le personnage de Melchisédech (59). Les prêtres se souviendront donc qu'ils doivent avoir au cœur le souci de toutes les Églises. Ainsi les prêtres des diocèses plus riches en vocations se tiendront prêts à partir volontiers, avec la permission de leur Ordinaire ou a son appel, pour exercer leur ministère dans des pays, des missions ou des activités qui souffrent du manque de prêtres.
Les règles d'incardination et d'excardination devront d'ailleurs être révisées : tout en maintenant cette institution très ancienne, on l'adaptera aux besoins pastoraux actuels. Là où les conditions de l'apostolat le réclameront, on facilitera non seulement une répartition adaptée des prêtres, mais encore des activités pastorales particulières pour les différents milieux sociaux à l'échelle d'une région, d'une nation ou d'un continent. Il pourra être utile de créer à cette fin des séminaires internationaux, diocèses particuliers, prélatures personnelles et autres institutions auxquelles les prêtres pourront être affectés ou incardinés pour le bien commun de toute l'Église, suivant des modalités à établir pour chaque cas, et toujours dans le respect des droits des ordinaires locaux.
L'envoi des prêtres vers un autre pays, surtout s'ils n'en connaissent pas encore bien la langue et le mode de vie, se fera, autant que possible, non pas individuellement, mais, à l'exemple des disciples du Christ (60), par groupes d'au moins deux ou trois, pour qu'ils puissent s'aider mutuellement. Il est également important de se préoccuper de leur vie spirituelle et aussi de leur santé physique et psychique. On prévoira, autant que possible, les implantations et les conditions de travail en fonction des possibilités personnelles de chacun. Il est aussi très important que ceux qui partent vers une autre nation apprennent à bien connaître, non seulement la langue du pays, mais encore les caractères psycho-sociologiques de la population ; s'ils veulent se mettre humblement à son service, ils doivent être en communion aussi profonde que possible avec elle, suivant ainsi l'exemple de l'apôtre Paul, qui pouvait dire de lui-même : « Oui, libre à l'égard de tous, je me suis fait l'esclave de tous afin d'en gagner le plus grand nombre. Je me suis fait Juif avec les Juifs, afin de gagner les Juifs ... » (1 Cor. 9, 19-20).
(Le souci des prêtres pour les vocations sacerdotales)
11 Le pasteur et le gardien de nos âmes (61), en fondant son Église, a pensé que le peuple choisi et acquis au prix de son propre Sang (62) devait toujours avoir ses prêtres jusqu'à la fin du monde, pour que les chrétiens ne soient jamais comme des brebis qui n'ont pas de berger(63). Les apôtres ont compris cette volonté du Christ : écoutant ce que leur disait le Saint-Esprit, ils ont jugé qu'il était de leur devoir de choisir des ministres « qui seront capables d'en instruire d'autres à leur tour » (2 Tim 2, 2).
Ce devoir découle de la mission sacerdotale elle-même, par laquelle le prêtre participe au souci qu'a toute l'Église d'éviter toujours ici-bas le manque d'ouvriers dans le peuple de Dieu. Mais, comme « le capitaine du navire et les passagers ... ont leur cause liée » (64), il faut faire comprendre à l'ensemble du peuple chrétien son devoir de coopérer de diverses manières - par la prière instante comme par les autres moyens dont il dispose (65) - à ce que l'Église ait toujours les prêtres dont elle a besoin pour accompagner sa mission divine. Il s'agit d'abord, pour les prêtres, d'avoir à cœur de faire comprendre aux chrétiens combien le sacerdoce est important et nécessaire ; ils y arriveront à la fois par leur prédication et par leur propre vie, qui doit être un témoignage rayonnant d'esprit de service et de vraie joie pascale. Et si, après mûre réflexion, ils jugent, certains jeunes ou déjà adultes, capables de remplir ce grand ministère, ils les aideront, sans craindre les efforts ni les difficultés, à se préparer comme il convient jusqu'au jour où, dans le respect total de leur liberté extérieure et intérieure, ils pourront être appelés par les évêques. Une direction spirituelle attentive et réfléchie leur sera très utile pour atteindre ce but. Les parents, les maîtres et les différents éducateurs doivent faire en sorte que les enfants et les jeunes soient conscients de la sollicitude du Seigneur pour son troupeau, avertis des besoins de l'Église et prêts, si le Seigneur les appelle, à répondre généreusement avec le prophète : « Me voici, envoie-moi » (Isaïe 6,8). Mais cette voix du Seigneur qui appelle, il ne faut pas s'attendre à ce qu'elle arrive aux oreilles du futur prêtre d'une manière extraordinaire. Il s'agit bien plutôt de la découvrir, de la discerner à travers les signes qui, chaque jour, font connaître la volonté de Dieu aux chrétiens qui savent écouter : c'est à ces signes que les prêtres doivent donner toute leur attention(66).
Il est donc conseillé aux prêtres de participer aux œuvres diocésaines ou nationales des vocations (67). Les prédications, la catéchèse, les revues doivent apporter une information précise sur les besoins de l'Église locale et universelle, mettre en lumière le sens et la grandeur du ministère sacerdotal, montrer qu'on y trouve, avec bien des charges, également bien des joies, et surtout dire que c'est le moyen de donner au Christ comme l'enseignent les Pères, un très grand témoignage d'amour (68).
 
Commentaires :
Comme la lecture du premier chapitre nous ne pouvons reproduire l’ensemble des commentaires fait au cours de cette lecture d’un texte d’une grande densité. Nous donnons un résumé des interventions.
Le chapitre deuxième commence par commenter les trois axes du ministère des prêtres (n°4). Cette trilogie désormais familière de nos communautés locales : Annonce de la Foi ; Prière-liturgie ; Charité. Énoncé autrement par le Nouveau Testament : Prophète ; Prêtre ; Roi.
Les prêtres sont d’abord, ministres de la parole de Dieu. Ils participent à la fonction apostolique qui revient au premier chef aux évêques. En plaçant en premier cette fonction (comme dans Lumen Gentium, Constitution sur l’Église) les Pères insistent sur la dimension missionnaire de l’Église d’aujourd’hui. Il faut nourrir le Peuple de Dieu aux sources même de sa foi, la Parole du Christ et aussi toute l’Écriture dont il s’est fait lui-même l’exégète au soir de Pâques pour les disciples d’Emmaüs ! Cet alinéa met davantage l’accent sur l’annonce de la Parole à tous les hommes et surtout aux non-chrétiens et aux moins chrétiens. Ce témoignage missionnaire ne se limite pas à la seule prédication orale. Il s’agit aussi du témoignage d’une parole mis en œuvre dans la vie et qui témoigne et fait signe ! Tous les prêtres sont appelés à être missionnaires.
Ils sont ensuite, ministres des sacrements et plus particulièrement de l’Eucharistie. Les pères énumèrent les sacrements et montrent comment chacun par l’action du Christ, qui agit par eux, contribue à faire grandir le corps du Christ qui est l’Église. Il ne faut pas ignorer l’insistance de ces deux sections sur leur caractère complémentaire… à l’image de nos sacrements qui sont toujours célébré avec une liturgie de la Parole ! «  La proclamation de la parole est indispensable au ministère sacramentel lui-même, puisqu'il s'agit des sacrements de la foi, et que celle-ci a besoin de la Parole pour naître et se nourrir. Cela vaut spécialement pour la liturgie de la Parole dans la célébration de la messe, où sont inséparablement unies l'annonce de la mort et de la résurrection du Seigneur, la réponse du peuple qui l'écoute, l'oblation même du Christ scellant en son Sang la Nouvelle Alliance, et la communion des chrétiens à cette oblation par la prière et la réception du sacrement » (4, 2°§).
Enfin les prêtres sont ministres du Christ-Chef – Tête et Pasteur de l’Église – ils remplissent ce ministère, au nom de l’évêque auprès des fidèles qui leurs sont confiés. C’est un rôle de « présidence à la charité ». Prendre soin et conduire le troupeau confié par Dieu. Comme leur maître, ils doivent avoir un souci plus particulier envers pauvres et aux petits, et tous les états de vie (jeunes, couples, les religieuses et religieux…).
Les numéros 7 à 8, traitent des relations avec les autres. D’abord la relation avec les évêques, la relation des prêtres entre eux (appartenant au même presbyterium) Il aborde au passage la question des « prêtres au travail » et cet alinéa rouvre enfin le dossier fermé douloureusement douze ans plus tôt :
« C'est pour coopérer à la même œuvre que tous les prêtres sont envoyés, ceux qui assurent un ministère paroissial ou supra-paroissial comme ceux qui se consacrent à un travail scientifique de recherche ou d'enseignement, ceux-là mêmes qui travaillent manuellement et partagent la condition ouvrière - là où, avec l'approbation de l'autorité compétente, ce ministère est jugé opportun - comme ceux qui remplissent d'autres tâches apostoliques ou ordonnées à l'apostolat. Finalement, tous visent le même but : construire le Corps du Christ ; de notre temps surtout, cette tâche réclame des fonctions multiples et des adaptations nouvelles ».
La section 8 aborde enfin de la relation prêtres-Laïcs. La collaboration entre les prêtres et les laïcs est essentielle à l’accomplissement de la mission de l’Église. Tous les membres de l’Église sont frères, ils collaborent ensemble à l’édification de l’Église-Corps du Christ !
Les deux alinéas traitent enfin de répartition des prêtres et du souci des vocations. Les prêtres sont invités à se sentir appelés à une mission qui dépasse les limites de la paroisse et de l’Église-locale. Ils sont invités à annoncer l’Évangile jusqu’aux limites du monde. Ils doivent être prêt à cette entre aide entre Églises de divers pays ou continents (Prêtres Fidei-donum). Cet échange si riche avec d’autres pays, dont nos communautés françaises, en retour, font aussi l’expérience (prêtres africains, polonais, etc.…).
Bien entendu ils doivent avoir le souci des vocations pour que le peuple de Dieu reçoive les prêtres dont il a besoin pour continuer de vivre dans la foi. 
 
Nous verrons mardi prochain 23 mars, le troisième et dernier chapitre sur la vie des prêtres. Nous serons alors en mesure de lire la conclusion qui résumera la démarche accomplie.