1ère Conférence de Carême 2016

1ère Conférence du 11 février 2016, du père Jean-Marie Loiseau
« L’aujourd’hui de la miséricorde »

Aujourd’hui le salut
- Témoignage de Luc

L’un des soucis les plus constants de saint Luc, en écrivant l’Évangile et les Actes, a été de situer la personne et l’œuvre de Jésus au centre de l’histoire humaine et au cœur de l’existence du croyant. Toute une théologie du salut nourrit ainsi son témoignage d’historien, valorisant à la fois l’aujourd’hui du Christ, l’aujourd’hui du chrétien et l’aujourd’hui de l’Église.

-* Les "aujourd’hui" du Christ

Aujourd’hui un Sauveur vous est né

Le premier aujourd’hui du Christ est celui que Dieu proclame par la voix de l’ange dans la nuit de Noël :
« Aujourd’hui pour vous un Sauveur a été enfanté, qui est le Messie Seigneur, dans la ville de David » (Lc 2, 11). Non seulement le salut, mais le Sauveur fait irruption dans le temps des hommes, et le grand symbole de la présence de Dieu souligne la nouveauté de l’événement : la gloire du Seigneur, en pleine nuit, enveloppe de lumière les bergers.

La joie de cette bonne nouvelle doit effacer toute trace de peur en l’homme devant Dieu : « Soyez sans crainte », et le signe donné aux bergers est de ceux qui désarment toute violence et qui rassemblent tous les hommes de cœur : « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté. »
Le message de l’ange relie explicitement ce moment du salut au passé d’Israël et à son espérance dans le Messie fils de David. Dieu a suivi son idée et pose maintenant dans l’histoire un geste irréversible.

Comme le chante Zacharie, père du Baptiste, dans son psaume prophétique, Dieu, par cette naissance du Christ, « visite son peuple » « Grâce aux sentiments de miséricorde de notre Dieu, l’Astre levant venu d’en haut va nous visiter, pour éclairer ceux qui sont dans les ténèbres et diriger nos pas vers un chemin de paix » (1, 68, 76).
Comme premiers témoins et premiers confidents, Dieu choisit quelques pauvres qui ne dorment pas, mais la joie messianique est destinée à « tout le peuple saint », et la bonne nouvelle est d’emblée aux dimensions de l’univers. C’est pourquoi, en écho à l’ange soliste, l’immense chorale céleste reprend aussitôt : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur terre paix aux hommes, qui ont sa faveur ! »

Désormais la paix de Dieu est aussi réellement présente sur la terre que sa gloire est reconnue dans le ciel.

Aujourd’hui je t’ai engendré

Dans le récit du baptême de Jésus selon Marc, la voix qui vient du ciel déclare : « C’est toi, mon Fils, le bien-aimé, tu as toute ma faveur » (Mc 1, 11).

Pour ce même événement, certains manuscrits de l’évangile de Luc introduisent une réminiscence du Psaume 2 : « Tu es mon Fils bien-aimé, moi aujourd’hui je t’ai engendré. » Cette variante très ancienne a été retenue par plusieurs de nos bibles françaises. Le baptême de Jésus se trouve alors inclus dans la série des « aujourd’hui » solennels qui rythment l’évangile de Luc. Dans le Psaume 2 il s’agissait de l’investiture du Roi davidique, adopté par Dieu au jour de son couronnement. Pour l’évangéliste, ce deuxième aujourd’hui du Christ marque l’inauguration de sa mission messianique auprès du peuple de Dieu. « Jésus, lors de ses débuts, avait environ trente ans », note Luc (cf. 2 Sm 5, 4), et ce sont bien ces débuts du ministère public de Jésus qui sont signifiés lors de son baptême par la descente de l’Esprit et la voix qui l’accompagne.

L’ « aujourd’hui » du Psaume 2 a été rapporté par les chrétiens du premier siècle à d’autres aspects essentiels du mystère du Christ. Dans le discours de Paul à la synagogue d’Antioche de Pisidie tel qu’il est résumé par Luc dans les Actes, l’aujourd’hui annoncé est celui de la Résurrection : « La promesse faite à nos pères, Dieu l’a accomplie pour nous, leurs enfants, en ressuscitant Jésus, tout comme il est écrit au psaume deuxième » (Ac 13, 33). Quant à l’auteur de l’épître aux Hébreux, il voit préfigurés dans ce même verset psalmique non seulement l’entrée du Christ dans le monde et dans la gloire (Hb 1, 5), mais le début de son rôle de grand prêtre (5, 5).

Aujourd’hui s’accomplit l’Écriture

Le jour où Jésus prononce sa première homélie à Nazareth, dans la synagogue de sa jeunesse, aucune voix du ciel ne se fait entendre. Cette fois c’est lui-même qui va souligner le sens de l’événement (Lc 4, 21). Il se lève pour la seconde lecture, tirée des Prophètes, et proclame le texte d’Is 61 : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint. Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la liberté et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année que le Seigneur agrée.  » Jésus replie le rouleau, le rend au servant et s’assied. Tous dans la synagogue ont les yeux sur lui : quel commentaire va faire sur ce texte l’enfant du pays ?
Jésus alors se met à leur dire : «  Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles cette Écriture ». Il a donc conscience d’amorcer la réalisation de l’œuvre messianique, avec la force de l’Esprit Saint, et dans le texte d’Isaïe il lit directement le programme de son action : apporter l’espérance aux pauvres ; la liberté aux opprimés, et à tous offrir l’amitié et le pardon de Dieu. Bien plus, d’entrée de jeu Jésus affirme la portée universelle de son message : de même qu’autrefois les miracles d’Ėlie et d’Ėlisée sont venus en aide à l’étrangère de Sarepta et à Naaman le Syrien, de même l’aujourd’hui de l’accomplissement concerne tous les peuples (Lc 4, 25 ss).

L’aujourd’hui du Messie manifeste donc l’entrée dans le monde d’une force de salut et de liberté qui ne peut venir que de Dieu lui-même. Cela, les témoins des miracles de Jésus vont le reconnaître de plus en plus, comme Luc le note après la guérison d’un paralysé : « Tous furent alors saisis de stupeur et ils glorifiaient Dieu. Remplis de crainte sacrée, ils disaient : « Nous avons vu d’étranges choses aujourd’hui » (5, 26) !

Aujourd’hui il me faut demeurer chez toi

Pour Luc chacune des journées du Christ monnaye parmi les hommes le grand dessein de Dieu, et chaque rencontre avec Jésus, quand elle est vécue dans l’espérance, réalise l’avènement du salut. C’est ce que Jésus veut faire comprendre à Zachée, grimpé sur le sycomore : « Zachée, descends vite, car il me faut aujourd’hui demeurer chez toi » (19, 5). Aujourd’hui, c’est le mot de l’éphémère. Demeurer, c’est le verbe de l’amitié qui résiste au temps. Et ce paradoxe traduit bien, à sa manière, la nouveauté absolue qui entre dans la vie d’un homme quand le Messie s’invite et qu’il est reçu avec foi. Croiser la route de Jésus, c’est pour Zachée la chance de sa vie ; et pour Jésus, ce repas chez un chef de publicains fait partie de son œuvre messianique et du plan de Dieu. C’est pourquoi Jésus dit : « Il faut » que je demeure chez toi, comme il dira aux disciples d’Emmaüs (Lc 24, 26) : « Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans la gloire » ?

Aujourd’hui et demain

Cette conviction qui habitait le Christ d’accomplir jour après jour un programme prophétique établi par la volonté du Père éclaire certaines de ses paroles, étranges au premier abord, où affleure le sentiment que le temps presse. Ainsi, en Lc 13, 31-33, quelques Pharisiens s’avancent pour dire à Jésus : « Pars et va-t-en d’ici, parce que Hérode veut te tuer. » Jésus répond, dans un premier temps, par une mise au point au sujet d’Hérode et de son pouvoir :
« Allez dire à ce renard : Voici que je chasse les démons et accomplis des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour c’est fini pour moi ! »

Hérode, malgré sa puissance, ne peut sur commande mettre fin à la mission de Jésus. Tranquillement Jésus va poursuivre son œuvre pendant quelque temps, et Dieu seul marquera le terme de son ministère, dans un délai assez bref mais encore indéterminé (en araméen c’est le sens de l’expression).
Déjà, à travers cette première réponse, les Pharisiens peuvent comprendre qu’eux non plus ne pourront rien contre Jésus avant l’heure prévue par Dieu. Mais la deuxième phrase de Jésus (v. 33) les concerne directement : « Toutefois aujourd’hui et demain et le jour suivant, je dois poursuivre ma route, parce qu’il ne convient pas qu’un prophète périsse hors de Jérusalem ». Jésus répond donc en substance : oui, je vais partir, et hors de la portée d’Hérode ; mais je me rendrai à Jérusalem, et c’est là que je serai tué.

Ainsi, confronté au pouvoir royal comme Élie et Amos, Jésus ne part pas «  pour sauver sa vie  » (1 R 19, 3), mais il annonce, dans une parole volontairement énigmatique, qu’il doit et qu’il veut achever la mission qu’il a reçue de Dieu seul (cf. Am 7, 10-17). Toujours cheminant (cf. Ac 10, 38), Jésus va reprendre le voyage vers Jérusalem, la ville qui tue les prophètes et lapide ceux qui lui sont envoyés. Le temps se fait court, mesuré qu’il est par le dessein de Dieu qui veut faire coïncider la fin de la vie de Jésus et le sommet de son œuvre. L’aujourd’hui du salut se concentre et se précise, à mesure que se resserre autour de Jésus le cercle de la haine et du refus.

Aujourd’hui avec moi

Au cours des dernières heures de sa vie sur terre Jésus souligne à plusieurs reprises que la mort va amener une mutation irréversible dans sa relation avec les disciples : « Je ne boirai plus désormais du produit de la vigne, jusqu’à ce que le Règne de Dieu soit venu » (22, 18). L’aujourd’hui de la mort est arrivé pour Jésus et s’impose à sa conscience : « Je te le dis, Pierre, le coq ne chantera pas aujourd’hui que tu n’aies, par trois fois, nié me connaître » (22, 34. 61). Mais ce jour du reniement et de la croix marquera pour Jésus l’entrée dans la gloire : « Désormais le Fils de l’homme siégera à la droite de la puissance de Dieu » (22, 69) ; et la fécondité immédiate de sa mort est annoncée solennellement par le Christ, en réponse à la confiance du malfaiteur crucifié près de lui. Celui-ci reporte tout son espoir sur le jour de la parousie : « Jésus, souviens-toi de moi lorsque tu viendras dans ton royaume » ; mais Jésus, d’un mot, écarte tous les délais : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis » (23, 43). Certes, le Jour du Fils de l’homme se fera attendre jusqu’à la fin des temps (17, 22-37), mais mourir dans le Christ, c’est déjà être avec lui (cf. Ph 1, 23) ; c’est déjà rejoindre le Dieu des vivants et vivre pour lui (Lc 20, 38).

Les auditeurs de Jésus et les témoins oculaires de son œuvre ont eu, eux aussi, conscience de vivre le temps de l’accomplissement.

-* L’aujourd’hui des chrétiens

Au long de nos jours

Pour Syméon, l’arrivée de Jésus enfant au Temple de Jérusalem clôt la période des promesses : « Maintenant, Maître, selon ta parole, tu laisses ton serviteur s’en aller dans la paix, car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples » (Lc 2, 29). Le vieillard ne souhaite plus rien pour lui-même, maintenant qu’il a pu reconnaître et saluer prophétiquement l’enfant qui apporte le salut universel, « la lumière qui se révélera aux nations et la gloire du peuple d’Israël ». Syméon est la page de garde, noble et parcheminée, sur laquelle se referme l’Ancienne Alliance. Marie, dans son Magnificat, opère plus nettement la transition vers le nouvel âge. En effet, tout en chantant le Dieu qui se souvient, elle regarde l’avenir et s’émerveille de la place que Dieu y a prévue pour elle : « Voilà que désormais toutes les générations me diront bienheureuse » (1, 48). C’est bien une ère de grâce qui vient de commencer et qui va permettre enfin, comme l’entrevoit Zacharie, le dialogue continu de l’homme et de Dieu : « Sans crainte, délivrés de nos ennemis, nous lui rendrons un culte en sainteté et justice, tout au long de nos jours » (1, 75).

Ainsi l’initiative divine du salut tend à se diffuser dans l’aujourd’hui des hommes. Chaque journée reçoit dès lors toute sa densité, car elle rythme à la fois les dons de Dieu et les réponses du croyant. « Notre pain quotidien, donne-le nous chaque jour » : seul le Pater de Luc propose cette formule redondante (11, 2 s), et l’on retrouve la même insistance sur le quotidien dans la consigne de Jésus rapportée en Lc 9, 23 : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour, et qu’il me suive ».

Chaque journée, où se manifestent conjointement les exigences et la prodigalité de Dieu, traduit et mesure la fidélité du disciple de Jésus. Elle constitue le moment favorable, le kaïros à saisir, la « visite » de Dieu à ne pas manquer. L’aujourd’hui du salut, qui habitait si intensément la conscience de Jésus, revêt donc aussi pour le disciple un caractère d’urgence. L’épisode de Zachée exprime cela de manière saisissante. Zachée veut voir Jésus, et rien ne l’arrêtera, ni le poids du passé ni le handicap du présent. Et Zachée met son intelligence au service de sa recherche. Il y a pour Jésus un point de passage obligé : c’est là que le petit homme l’attendra pour échapper à la pression de la foule et être sûr de ne pas le manquer. Il court, comme il peut, vers le carrefour de la rencontre ; il attend, essoufflé, sur une branche de sycomore. Et Jésus, à son tour, prend l’initiative, pour accomplir et dépasser le désir du converti, non sans souligner ensuite devant tous les convives de Zachée tout le prix qu’il attache à cette audace de la foi : « Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d’Abraham » (Lc 19, 9).

Cette promptitude caractéristique des vrais disciples, Jésus ne la trouvera guère chez les responsables de Jérusalem, même lors de son entrée triomphale, et il en fera le reproche à la ville sainte « Quand il approcha de la ville et qu’il l’aperçut, il pleura sur elle. Il disait : Si toi aussi tu avais su, en ce jour, ce qui mène à la paix ! Mais non, cela a été caché à tes yeux ! » (19, 42) . C’était pourtant le jour ou jamais, pour Jérusalem, d’accueillir le Messie à sa descente du mont des Oliviers (cf. 1 R 1, 33) au milieu des acclamations des disciples « Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur ! » (19, 38) ; mais la ville a laissé passer l’aujourd’hui du salut : « ... Tu n’as pas reconnu le moment favorable (kaïros) où tu fus visitée ! » (v. 44).

L’irruption du salut dans l’histoire par la vie, la passion et la résurrection de Jésus permet donc au croyant de valoriser chaque instant de sa vie, puis de traverser la mort ; mais, plus largement encore, elle fonde le temps de l’Église, qui prend le relais du temps de Jésus, Ce dernier thème prend beaucoup de poids dans l’ensemble de l’œuvre de Luc.

-* L’aujourd’hui de l’Église

Il est venu et il viendra

La perspective de Luc reste ouverte sur le futur. Non seulement les paroles de Jésus qu’il reprend à la tradition de Marc, mais celles qu’il tire de ses propres sources, maintiennent sur l’horizon le retour en gloire du ressuscité. La communauté ignore « l’heure où 1e Fils de l’homme va venir » (Lc 12, 40), et Jésus a détrompé « ceux qui se figuraient que le Règne de Dieu allait se manifester sur le champ » (19, 11). Mais ces incertitudes sur le terme ne troublent pas Luc. Pour lui l’attente de la parousie n’a plus rien de fiévreux. Nul ne saurait dire si elle sera très proche, mais il est sûr qu’elle sera soudaine, et l’attitude que Jésus attend de ses disciples, ce n’est pas la crainte ni l’impatience, mais la constance, la lutte contre l’assoupissement, et le refus de se laisser envahir par les ronces des soucis terrestres (Lc 8, 7.14). Loin d’être antagonistes et inconciliables, le présent et le futur du salut s’harmonisent chez Luc dans l’aujourd’hui de la vigilance. Le temps qui se prolonge risque à chaque instant d’être trop court, et c’est pourquoi le Règne de Dieu, dont la consommation est encore à venir, doit être anticipé chaque jour comme la réalité présente du salut : «  Le Règne de Dieu est arrivé sur vous », «  le Règne de Dieu est parmi vous » (Lc 11, 20 ; 17, 21). L’image de la fin devient motrice dans le quotidien de la communauté, et l’attente mobilise toutes les forces des serviteurs qui veillent.

Temps de Jésus et temps de l’Église

Dans l’œuvre de Luc, comme chez Marc et chez Matthieu, le temps de l’accomplissement fait suite au temps de la promesse, celui de la Loi et des Prophètes, qui va jusqu’à Jean le Baptiste (16, 16). Mais au-delà de l’événement de Pâques, qui reste décisif, Luc entreprend, dans les Actes, de montrer l’extension du Règne jusqu’aux extrémités de la terre, ce qui l’amène à diviser en deux le temps de l’accomplissement et à envisager successivement le temps de Jésus, qui culmine à la Résurrection, et le temps de l’Église, qui a pour point de départ la première Pentecôte. Mais il ne s’agit pas d’une simple juxtaposition, car, aux yeux de Luc, le temps de l’Église déploie réellement le temps de Jésus et le témoignage de l’Église se réfère constamment au message et à l’œuvre de Jésus.

Par la reprise de certains thèmes majeurs dans les deux parties de son œuvre Luc souligne la liaison organique de la mission de Jésus et de la mission de son Église. Ainsi Jérusalem, qui a été le but du grand voyage de Jésus, devient la base de départ de l’expansion universelle de l’Église. De même l’accent est mis parallèlement sur les débuts du ministère de Jésus (Lc 1, 2 ; Ac 1, 1 ; Lc 2, 23 ; 23, 5 ; Ac 1, 21 s ; 10, 37 ss) et sur le commencement de la prédication apostolique (Lc 24, 47 ; Ac 1, 8 ; 11, 15). Mais c’est surtout la présence constante de l’Esprit Saint qui assure l’unité du dessein de Dieu dans cette phase de l’accomplissement. Tout comme il est intervenu au Jourdain quand Jésus inaugurait son œuvre messianique, l’Esprit se manifeste visiblement à la Pentecôte pour lancer la mission chrétienne, et il continue par la suite à ponctuer les progrès de l’Évangile (Ac 8, 29. 39 ; 10, 19 ; 11, 12. 28 ; 13, 2. 4 ; 15, 28 ; 16, 6 s ; 20, 23. 26 ; 21, 4.11).

L’Esprit, tout au long du temps chrétien, remémore, actualise et annonce. Il unit le croyant au Christ qui est venu, qui est vivant et qui viendra ; il fait de chaque disciple le contemporain de Jésus et dévoile progressivement à l’Église la dimension christique de l’histoire du monde. Grâce à la présence active de l’Esprit dans l’Église, la venue du Christ, sa mort et sa résurrection ne sont pas des événements lointains, isolés, perdus au milieu du temps à la charnière des deux alliances, mais elles habitent l’aujourd’hui de l’Église et constituent en toute vérité « les événements accomplis parmi nous » (Lc 1, 1).

Fortifiée par l’Esprit, l’Église, tout comme le Christ, accomplit son voyage, car c’est en elle maintenant que retentit la promesse d’entrer dans le repos de Dieu (Hb 4, 1), dans la Jérusalem dont Dieu lui-même est l’architecte et le constructeur (Hb 11, 10). Et chacune des étapes du peuple de Dieu peut être riche de fidélité pour le disciple de Jésus, même sur la route la plus incertaine, même dans le désert de la souffrance, s’il tient ferme jusqu’à la fin l’assurance et la fierté de l’espérance (Hb 3, 6), s’il garde les yeux fixés sur le Chef qui mène la foi à son terme (Hb 12, 2), s’il continue d’entendre sa voix sans se durcir le cœur et reste prêt à cheminer avec des frères « aussi longtemps qu’on pourra dire : aujourd’hui » (Hb 3, 7-13).

Père Jean-Marie Loiseau