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L’aveu. Pourquoi la prise de Parole dans le sacrement de réconciliation (...)

L'aveu. Pourquoi la prise de Parole
dans le sacrement de réconciliation ?
 
 
Petit parcours biblique
 
En quel Dieu croyons-nous ?
 
02 Pourquoi les païens diraient-ils : « Où donc est leur Dieu ? »
04 Leurs idoles : or et argent, ouvrages de mains humaines.
05 Elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas,
06 des oreilles et n'entendent pas, des narines et ne sentent pas.
07 Leurs mains ne peuvent toucher, + leurs pieds ne peuvent marcher, pas un son ne sort de leur gosier !
08 Qu'ils deviennent comme elles, tous ceux qui les font, ceux qui mettent leur foi en elles.
(Ps 115 (bible) ou Ps 113 B, 2-9 (liturgie)
 
 
09 Ceux qui façonnent des idoles ne sont tous que néant : leurs œuvres préférées ne servent à rien ; ce sont des témoins aveugles et sans intelligence ; aussi seront-ils couverts de honte.
10 Quelqu’un va-t-il façonner un dieu ou fondre une idole qui ne sert à rien ?
11 Voici tous ses adeptes couverts de honte : les artisans ne sont que des humains ! Qu’ils se rassemblent tous, qu’ils comparaissent : ensemble ils trembleront, ils seront couverts de honte.
12 Le forgeron fabrique un ciseau sur les braises et le façonne à coups de marteau. Il le fabrique à la force du bras. Puis il a faim, le voilà sans force ; il ne boit pas d’eau, il est épuisé.
13 Le menuisier prend des mesures, il esquisse une idole à la craie, il la travaille à la gouge, il l’esquisse au compas, il la travaille en prenant pour modèle un homme, la beauté d’un être humain, afin qu’elle habite une maison.
14 Il a débité des cèdres, il a pris du rouvre et du chêne, qu’il a laissé croître parmi les arbres de la forêt ; il a planté un pin que la pluie fait grandir.
15 Pour l’homme, c’est du bois à brûler : il le prend pour se chauffer, il le brûle aussi pour cuire son pain ; il en fabrique aussi un dieu, et il se prosterne ; il en fait une idole et s’incline devant elle.
16 Il en brûle la moitié au feu : avec cette moitié il fait rôtir la viande, la mange et se rassasie. Il se chauffe aussi et dit : « Ah ! Je me chauffe et je vois la flamme ! »
17 Avec le reste il fait un dieu, son idole, il s’incline et se prosterne devant elle, il l’implore, il dit : « Délivre-moi, car tu es mon dieu ! »
18 Ils ne savent pas et ne discernent pas. Leurs yeux sont empêchés de voir, et leurs cœurs, de réfléchir.
19 Nul ne rentre en soi-même, nul n’a de savoir ni de discernement pour se dire : « J’en ai brûlé la moitié au feu, j’ai aussi fait cuire du pain sur les braises, j’ai rôti de la viande, je l’ai mangée. Et, du bois qui reste, je ferais une abomination ? Je m’inclinerais devant un morceau de bois ! »
20 Celui qui se repaît de cendre, son cœur abusé l’égare. Il ne se délivrera pas lui-même, et ne dira pas : « N’est-ce pas un leurre que j’ai en main ? »
Isaïe 44, 9-20
 
Dieu Parle
 Il entre en relation
 
Le psaume 118, psaume du milieu du jour
16 Je trouve en tes commandements mon plaisir, je n'oublie pas ta parole.
17 Sois bon pour ton serviteur, et je vivrai, j'observerai ta parole.
 
25 Mon âme est collée à la poussière ; fais-moi vivre selon ta parole.
 
42 J'aurai pour qui m'insulte une réponse, car je m'appuie sur ta parole.
43 N'ôte pas de ma bouche la parole de vérité, car j'espère tes décisions.
 
57 Mon partage, Seigneur, je l'ai dit, c'est d'observer tes paroles.
 
89 Pour toujours, ta parole, Seigneur, se dresse dans les cieux.
 
105 Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route.
 
130 Déchiffrer ta parole illumine et les simples comprennent.
 
147 Je devance l'aurore et j'implore : j'espère en ta parole.
 
160 Le fondement de ta parole est vérité ; éternelles sont tes justes décisions.
161 Des grands me persécutent sans raison ; mon coeur ne craint que ta parole.
 
Psaume 147
15 Il envoie sa parole sur la terre : rapide, son verbe la parcourt.
 
 
Texte du jour de Noël
01 À BIEN DES REPRISES et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ;
02 mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes. (He 1)
 
2. Nature de la Révélation
« Il a plu à Dieu dans sa bonté et sa sagesse de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté (cf. Ep 1, 9) grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit Saint, auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine (cf. Ep 2, 18 ; 2 P 1, 4). Par cette révélation, le Dieu invisible (cf. Col 1, 15 ; 1 Tm 1, 17) s’adresse aux hommes en son surabondant amour comme à des amis (cf. Ex 33, 11 ; Jn 15, 14-15), il s’entretient avec eux (cf. Ba 3, 28) pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie. »
(Dei Verbum §2)
 
Jésus a les paroles de la vie éternelle
 Pour nous il est le Verbe, il est lui-même le message.
 
Autre texte du jour de Noël :
01 AU COMMENCEMENT était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.
02 Il était au commencement auprès de Dieu.
03 C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui.
 
09 Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde.
10 Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu.
11 Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu.
12 Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom.
Jean 1
 
« La profonde vérité que cette Révélation manifeste, sur Dieu et sur le salut de l’homme, resplendit pour nous dans le Christ, qui est à la fois le Médiateur et la plénitude de toute la Révélation [2]. »
(Dei Verbum §2)
De quel Dieu voulons-nous être image ? 
L'homme ( l'être humain) appelé à devenir sujet parlant, à participer à la dignité du Christ, qui a les paroles de la vie éternelle.
« Tu participes à la dignité du Christ, prêtre, prophète et roi. » (Rituel du baptême)
 
Actes des apôtres
Après la Pentecôte, Pierre prend la parole
2, 14 Alors Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem, sachez bien ceci, prêtez l’oreille à mes paroles.
4, 31 Quand ils eurent fini de prier, le lieu où ils étaient réunis se mit à trembler, ils furent tous remplis du Saint-Esprit et ils disaient la parole de Dieu avec assurance.
 
St Paul
Col 1, 25 De cette Église, je suis devenu ministre, et la mission que Dieu m’a confiée, c’est de mener à bien pour vous l’annonce de sa parole.
 
La mission prophétique de l’Église
 Devenir parole, devenir message
 
Le péché : devenir comme une idole qui ne parle pas, ne plus être image de Dieu qui parle
L'aveu : redevenir un sujet parlant, redevenir image de Dieu qui parle
 
La régression, c'est de ne plus parler
Le Salut par l'avènement de la Parole
 
L'aveu du péché ¹ de l'aveu de la faute
Passer de l'auto-accusation à la demande de pardonne
Ce n'est pas la même chose de dire :
« je suis quelqu'un d'impatient », ou dit dire « je m'accuse d'être impatient » que de dire « Seigneur, pardonne mes impatiences ».
 
Le psaume 31 L'aveu comme action de grâce
01 Heureux l'homme dont la faute est enlevée, *
et le péché remis !
02 Heureux l'homme dont le Seigneur ne retient pas l'offense, *
dont l'esprit est sans fraude !
03 Je me taisais et mes forces s'épuisaient à gémir tout le jour : +
04 ta main, le jour et la nuit, pesait sur moi ; *
ma vigueur se desséchait comme l'herbe en été.
05 Je t'ai fait connaître ma faute, je n'ai pas caché mes torts. +
J'ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés. » *
Et toi, tu as enlevé l'offense de ma faute.
06 Ainsi chacun des tiens te priera aux heures décisives ; *
même les eaux qui débordent ne peuvent l'atteindre.
07 Tu es un refuge pour moi, mon abri dans la détresse ; *
de chants de délivrance, tu m'as entouré.
08 « Je vais t'instruire, te montrer la route à suivre, *
te conseiller, veiller sur toi.
09 N'imite pas les mules et les chevaux qui ne comprennent pas, +
qu'il faut mater par la bride et le mors, *
et rien ne t'arrivera. »
10 Pour le méchant, douleurs sans nombre ; *
mais l'amour du Seigneur entourera ceux qui comptent sur lui.
11 Que le Seigneur soit votre joie ! Exultez, hommes justes ! *
Hommes droits, chantez votre allégresse !
 
Le Psaume 31 Retrouver la joie
 
- Au début c’est le mutisme et la fermeture : Je me taisais et mes forces s’épuisaient à gémir tout le jour (v.3).
Le Ps 35 va même jusqu’à dire que c’est le péché qui parle au cœur de l’impie, il se voit d’un œil trop flatteur pour trouver et haïr sa faute (Ps 35,2-3).
Ce mutisme est un chemin de mort « ma vigueur se desséchait comme l’herbe en été » (v.4).
 
- Vient l’aveu du péché : Je t’ai fait connaître ma faute, je n’ai pas caché mes torts (v.5).
Il ne s’agit pas seulement de se délivrer d’un sentiment de culpabilité mais de s’ouvrir à l’action de grâce : Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés (v.5).
Comment rendre grâce en confessant son péché ? Je rends grâce car je permets à Dieu de se révéler comme Père, je me mets dans la juste relation de fils, je lui renouvelle ma confiance.
En confessant ma faute je trouve ma joie en permettant à Dieu d’être Père pour moi,
en lui permettant d’être Don, d’être Pardon, d’être Dieu, c’est-à-dire d’être tout pour moi, comme l’exprime le Ps 32 : Nous attendons notre vie du Seigneur (32,20).
 
- En reconnaissant sa faute, l’homme a rétabli le dialogue : Je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés (v.5)
et Dieu lui répond.
Quatre verbes expriment cette réponse : Je vais t’instruire, te montrer le chemin à suivre, te conseiller, veiller sur toi (v.8).
Le péché rendait aveugle et muet mais aussi sourd à toute parole de Dieu.
La relation filiale rétablie, l’homme devient réceptif à la Parole de Dieu.
 
http://www.abbaye-tamie.com/la_communaute/conferences/psaume-31-l-aveu-du-peche/vue
 
 
II- Détour par une approche psychologique
 des notions largement vulgarisées
 
Pourquoi l'aveu ?
 
 Une des conséquences du péché est de brouiller les relations, de mettre à mal la fiabilité du langage. Le non respect de l'interdit peut être ainsi compris. Transgresser l'interdit, c'est toucher à l'inter-dit, à la parole porteuse de la distance nécessaire pour qu'une relation soit possible. Parler, c'est en effet faire vibrer l'air qui est entre, qui sépare deux personnes, et lui donner sens. L'inter-dit est donc la loi du langage qui oblige à prendre distance. Ce qui est fondamentalement interdit, c'est donc un monde sans parole, sans différence, sans manque ou sans faille, un monde où chacun se croirait tout-puissant au point de rêver à la réalisation de tous ses besoins. On verra précisément plus loin comment celui qui fait carême accepte de vivre avec des manques et prend la voie du renoncement.
 L'aveu, c'est donc reprendre la parole, entrer à nouveau dans une relation construite par la loi du langage. Par le péché, l'homme abîme la parole qui fait vivre et il devient lui-même comme une idole incapable de dire une vraie parole vivifiante, il est comme une statue sans vie, il est inhumain. Par l'aveu de son péché, il devient homme doué de la parole et il redevient image de Dieu qui parle et donne sa parole, il est à nouveau humain.
Extrait de Bernard Châtaignier « Vivre le carême » Ed. De l'Atelier.
 
L'interdit comme inter-dit : un dit entre
 Ce qui fait loi entre les humains, c'est le dit entre, la parole donnée et échangée
 L'interdit instaure un manque : du fruit de l'arbre qui… tu ne mangeras pas…
 Ce qui est interdit, c'est un monde de toute-puissance, sans faille, sans différence…
 
La parole : donner sens à ce qui nous sépare (en faisant vibrer l'air qui est entre nous…)
 
La parole fait entrer dans le monde symbolique du partage (en mettant en relation)
diabolique / symbolique
- Avouer, c'est faire advenir dans le langage, dans la parole, une certaine vérité. Du non-nommé eu nommé. Parfois la parole révèle une sorte d'appauvrissement de l'acte.
- Avouer, c'est restaurer la distance, i.e. l'altérité qu'avait nié la péché.
Parler, c'est pouvoir communiquer avec l'autre sans prendre et être pris.
Le péché est avoué devant l'Autre représenté par un autre, car la Parole implique une relation, un « je » et un « tu », i.e. une altérité.
- avouer, c'est passer du diabolique au symbolique
Le péché est diabolique en ce sens que niant la distance, l'autre, il abîme les relations.
L'aveu du péché est symbolique en ce sens qu'étant une parole, il re-lie, recrée ses relations.
- avouer son péché, c'est déjà annoncer la Bonne-Nouvelle, c'est une évangélisation.
Par la Parole, l'homme échappe à l'alternative de n'être qu'une bouche qui consomme ou qu'un rêve sans prise sur le réel, une bouche qui dit des « paroles en l'air »
il est une bouche qui parle, donc radicalement de l'idole qui ne parle pas. Il est limage de Dieu qui crée en parlant.
Par mon péché, je cherche à être comme Dieu, en fait comme une faux dieu, une idole : par l'aveu de mon péché, je deviens image de Dieu.
 
La parole fait entrer dans l'histoire (dans le principe de la succession de mots)
 Une théologie de la révélation.
 
Quelques ambiguïtés
- l'aveu engage mes peurs devant l'autre et ma confiance en l'autre
Tout peut être dit à l'autre, mais l'autre n'a pas droit à l'aveu
- l'aveu engage mon pourvoir sur l'autre. Il peut être vécu comme un échange de don, comme une façon de ligoter l'autre (la perversion du secret : dans les internats, le préfet de discipline ne devait pas confesser, ni le supérieur dans un séminaire)
- l'aveu engage parfois le besoin de punition. Il est parfois difficile d'accepter un Dieu qui pardonne toujours.
 
 
III - Que nous apprennent les rites du catéchuménat ? les scrutins
 
Les scrutins, que l’on célèbre solennellement le dimanche, sont accomplis au moyen des exorcismes.
Ils ont ce double but : faire apparaître dans le cœur de ceux qui sont appelés ce qu’il y a de faible, de malade et de mauvais, pour le guérir, et ce qu’il y a de bien, de bon et de saint, pour l’affermir. Ils sont donc faits pour purifier les cœurs et les intelligences, fortifier contre les tentations, convertir les intentions, stimuler les volontés, afin que les catéchumènes s’attachent plus profondément au Christ et poursuivent leur effort pour aimer Dieu. Ils donnent aux futurs baptisés la force du Christ, qui est, pour eux, le Chemin, la Vérité et la Vie.
 
Pour éveiller le désir d’être purifié et racheté par le Christ, il y a trois scrutins. D’une part, ils pénètrent l’esprit des catéchumènes du sens du Christ Rédempteur qui est l’eau vive (cf. Evangile de la Samaritaine), la lumière (cf. Évangile de l’aveugle-né), la résurrection et la vie (cf. Évangile de la résurrection de Lazare). D’autre part, ils leur permettent d’être instruits peu à peu du mystère du péché et de ses conséquences présentes et futures, dont le monde entier et tout être humain attendent d’être sauvés et libérés.
 
Les scrutins
Le sacrement
Liturgie de la Parole
Prière silencieuse
Prière litanique
Exorcisme
Ecouter la Parole de Dieu
« Confesser » l'amour de Dieu en même temps que notre péché.
Accueillir le pardon de Dieu pour en être témoin
 
Comment faire ?
- Scruter l'évangile
- laisser l'évangile nous appeler
- reconnaître notre difficulté à répondre, reconnaître son péché (cette non réponse peut se révéler dans des actes)
- une prière pour demander le pardon : il s'agit de vivre l'aveu du péché et non l'aveu de la faute.
 
Le 2ème baptême (3ème siècle)
 
 
Le rituel de la réconcilation
 « Confesser » l'amour de Dieu en même temps que notre péché. Cette confession ne saurait se réduire à la seule accusation des péchés. Selon la tradition la plus ancienne de l’Église, cet acte intègre dans une même démarche confession de foi, confession des péchés et action de grâce. Pénitent et ministre confessent ensemble l’amour de Dieu à l’œuvre en ceux qui reviennent à lui.
Suggestion :
Préparer son aveu comme une prière :
Seigneur, je te rends grâce pour ton amour, pour ton appel à devenir plus patient
Pardonne mes impatiences vis-à- vis de…
 
La mission
Nous sommes des pécheurs pardonnés
Le pardon nous rend témoin de la miséricorde de Dieu
 
Pour conclure
« Ce n'est point ce que tu es, ni ce que tu as été que Dieu regarde avec les yeux de sa miséricorde, mais ce que tu as désir d'être. »
 
P. Bernard Châtaignier
Niort 19 03 2015