03.Le Mystère pascal

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Introduction de cette deuxième partie de la proposition sur Jésus-Christ.

La 2ème partie de l’article de la foi en Jésus-Christ concerne le mystère pascal de Jésus.
Peut-être sommes-nous étonnés de passer ainsi de la naissance à la Passion ? C’est oublier les 33 ans de vie de Jésus de Nazareth. C’est faire l’impasse sur les intrigues qui conduisent à l’arrestation de Jésus et sa condamnation à mort. Pourtant, notre symbole des Apôtres, qui ne prétend pas faire œuvre d’historien, ne retient que l’essentiel et s’inscrit dans la logique de la vocation messianique dont nous avons parlé lors de la précédente rencontre !
C’est l’événement pascal qui est par excellence le sommet de la mission du Christ. De plus il colle à la première prédication apostolique, dont le Nouveau Testament dépend. Ce message est à l’origine de nos évangiles. Il en est la clef de lecture de la vie et de la destinée de Jésus, le Christ.
Dès la Pentecôte la prédication fondamentale de la Bonne Nouvelle revêt la forme d’une seule et même confession de la foi en Jésus. Il a souffert... il est mort... il est ressuscité... il est apparu... il est monté aux cieux... il viendra dans la gloire... Nous en sommes témoins... convertissez-vous... Chaque énoncé kérygmatique demeure libre sur ce thème chaque prédicateur développe plus ou moins l’un ou l’autre des épisodes de la vie, de la mort, et du triomphe du Christ ! Les exégètes appellent cette catéchèse fondamentale du nom grecque « Kérygme » Khrugma (littéralement : proclamation, enseignement ou prédication). (pour lire " La Synopse du kérygme" dans le Livre des Actes des Apôtres, cliquez ici).

...A souffert sous Ponce Pilate,...

Le Symbole des Apôtres ne nous donne qu’une seule référence chronologique : « Sous Ponce Pilate ». On aurait pu imaginer que cette précision nous ait été donnée dans la proposition concernant la naissance, avec les précisions que Luc nous donne ! (Cf. Lc. 2, 1-2)

L’indication historique « sous Ponce Pilate » nous rassure, pour nous c’est un personnage public, un fonctionnaire de l’administration romaine, donc repérable ! Pourtant, nous n’aurions pas cette assurance si, dans les années quarante, des archéologues n’avaient exhumés une stèle en pierre où le nom de Ponce Pilate a été gravé et nous donne les dates de son administration en Grèce ! Jusqu’à cette découverte nous ne connaissions ce personnage que par le Nouveau Testament ! Par ailleurs, on est en droit d’être surpris de cette mention si neutre « sous Ponce Pilate » alors que l’Évangile donne à ce dernier un rôle déterminant dans la condamnation à mort de Jésus. Ce dernier fait souligne bien qu’il s’agit uniquement d’une référence chronologique permettant de situer, avec précision, cet événement essentiel de la vie de Jésus de Nazareth, le Messie de Dieu. L’événement pascal, grâce à cette mention, s’inscrit dans l’histoire de l’humanité. Elle est l’attestation d’un événement historique, grâce à ce référent administratif et civil, extérieur aux acteurs du drame.

...A souffert ...

Cette expression résume ce que nous nommons dans les évangiles « La Passion de Jésus Christ ». Dans la théologie de l’Ancien Testament, la souffrance est un des fruits du péché de l’homme :
Gn. 3.16 (Après le péché, Dieu) dit à la femme : « Je ferai qu’enceinte, tu sois dans de grandes souffrances ; c’est péniblement que tu enfanteras des fils. Ton désir te poussera vers ton homme et lui te dominera ». 17 Il dit à Adam : « Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais formellement prescrit de ne pas manger, le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie, 18 il fera germer pour toi l’épine et le chardon et tu mangeras l’herbe des champs. 19 à la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol car c’est de lui que tu as été pris. Oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras »

Nous sommes donc en droit de nous étonner qu’en Jésus, le Christ, Dieu ait pu souffrir ! Cela ne semble pas dans la logique de la théologie et même de la piété ! Cette souffrance aurait du épargner celui « qui s’est fait obéissant » « qui n’a pas commis le péché », lui qui est Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu. Confesser que le Christ a souffert, c’est affirmer autrement ce que saint Paul ose dire, « Dieu l’a fait ‘péché’ pour nous » (2 Co. 5,21). Autrement dit, il a pris notre condition d’homme entièrement. Il l’a assumée totalement. Il a voulu vivre tout ce que ressent l’homme. C’est la condition même, nécessaire à la communion avec l’humanité. C’est la preuve de ce don gratuit de l’amour de compassion. Pour briser le cercle de la haine et de la violence, il n’a eu d’autre moyen que devenir victime de la cruauté, en la subvertissant par l’amour ! Dans le salut qu’il nous apporte, le Christ donne un sens nouveau à tout ce que ressent l’homme. La souffrance devient comme « les douleurs d’un enfantement », chemin vers une vie nouvelle et un monde nouveau !

...A été crucifié,...

Parmi tous les titres du Christ, celui de « crucifié » est paradoxalement un titre de gloire ! Il est le signe du chrétien, signe de ralliement, signe identitaire ! Pour accueillir un catéchumène, ou un bébé au baptême, on lui impose signe de la croix. Toute la théologie des premiers théologiens (Les Pères de l’église) influencés par le quatrième Évangile sans doute, considère la croix comme instrument du salut, et trône de la gloire du Christ. Le destin de Jésus (sa résurrection) a pour ainsi dire perverti le sens de cette croix.

La croix, dans le monde romain, était la potence réservée à l’exécution capitale des esclaves condamnés à mort. (N’oublions pas que dans l’antiquité l’esclave n’est pas un homme à part entière il s’apparente à un instrument, ou une bête de somme qu’on achète et qu’on vend sur les marchés , il n’a aucune liberté personnelle et dépend des caprices de ses maîtres qui ont sur lui droit de vie et de mort !) La croix est le signe d’une mort lente et cruelle. Elle associe mort à torture. C’est une mort humiliante et dégradante. L’homme montre impudiquement l’horreur de la mort dans des souffrances atroces. Les citoyens romains bénéficiaient, au contraire du privilège de la mort par décapitation, (mort instantanée). Saint Paul, citoyen romain, mourra par décapiation ! Aux yeux des rédacteurs de l’Ancien Testament, la mort suspendue sur une potence apparaît comme une malédiction divine « maudit soit qui est pendu au gibet » (Gal. 3, 13 ; citant Dt. 21,23). Sur la Croix le Christ offre son pardon à tous les hommes, même à ceux qui l’ont condamné. Il donne son disciple bien-aimé à sa mère, et à sa mère le disciple bien-aimé. Il remet l’esprit au Père dans l’offrande de sa vie.

...Est mort...

A la suite des philosophes du soupçon, dans les années soixante dix, on a beaucoup parlé de la mort de Dieu. Pourtant, ce n’est pas à la mort de Jésus à laquelle on voulait faire référence. On pensait mettre fin à l’idée même de Dieu dans le triomphe de « l’athéisme » ! Cependant, quand nous confessons notre foi, dans le symbole des Apôtre, nous affirmons qu’il est mort, ce « Dieu, né de Dieu, vrai Dieu, né du vrai Dieu ». Sur la croix Jésus est mort, comme chacun de nous. Jésus a vécu, comme nous aussi, dans cette mort la distance et le silence de son Père : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Dieu refuse d’intervenir miraculeusement dans le cours du monde. Mais cette mort n’est pas la défaite de Dieu : elle exprime son identité véritable comme amour inconditionnel, vie donnée, pardon des péchés.

... et a été enseveli...

Pour prouver que cette mort est bien humaine jusqu’au bout, le corps de Jésus est déposé dans un tombeau tout neuf par Joseph d’Arimathie. C’est un tombeau pur, vierge, personne n’y a encore été déposé. (On est en droit de faire le parallèle avec le sein de Marie demeurée vierge et le tombeau neuf). Dans le judaïsme le contact avec un mort rend impur. Un prêtre juif qui a touché un mort ne peut pas célébrer le culte.

Quand Jésus est mis au tombeau, le grain est déposé en terre. L’Écriture est accomplie. Il aura partagé tout ce que l’homme doit connaître, y compris le tombeau ! Ce passage au tombeau était nécessaire pour prouver que Jésus est réellement mort et non pas dans une léthargie dont on peut revenir ! Mais toute la tradition est unanime, « il n’a pas connu la corruption » ! La encore il faut y lire une allusion au péché qu’il n’a pas commis.

... Est descendu aux enfers...

Les enfers infernum (même racine qu’inférieur) c’est le lieu à l’intérieur de la terre où résident les morts dans une vie d’attente sans fin. On n’imagine pas encore de rétribution outre tombe, dans le judaïsme primitif. La doctrine sur la résurrection n’a vu le jour que deux siècles avant Jésus Christ, et tous n’ont pas encore rallié cette doctrine (les sadducéens).

La descente aux enfers signifie que le Christ est allé jusqu’au bout de son abaissement. La trajectoire de sa Passion l’a conduit au plus bas de la désolation. Lui, le Fils, a pénétré l’enfer de la souffrance et de la mort, et il a expérimenté l’absence de Dieu. L’amour crucifié a touché l’abîme sans fond.

Mais au bas de la descente, les ténèbres de la mort laissent poindre une aurore de vie. En agonie de résurrection, le Christ « est allé prêcher même aux esprits en prison » (I Pierre 3, 11). Le Christ a vaincu la mort sur son propre terrain. Et il entraîne avec lui ceux que la mort tenait sous son emprise. Le salut ne peut qu’être universel, dans l’espace et dans le temps. L’espérance est possible pour tous. Il n’est pas d’enfer humain que le Christ n’ait visité. Les icônes de la résurrection nous montrent les portes de l’Hadès ouvertes, les serrures sont sautées, le Christ ressuscité tire par la main Adam et les autres habitants du séjour des morts. Par cette phrase, « est descendu aux enfers », nous confessons que Jésus s’est intéressé à toute l’humanité, les générations qui l’ont précèdé et celles qui continueront après son départ ! L’œuvre pascale du Christ concerne tous les hommes de tous les temps... C’est l’humanité toute entière qu’il est venu racheter et réconcilier avec Père.

... Le troisième jour est ressuscité des morts...

Cet article nous introduit dans la nouveauté absolue. Désormais, celui qui était bien mort est apparu vivant d’abord à des femmes puis à ses disciples. La résurrection est le triomphe de la vie sur la mort. La mort est morte. Elle ne sera plus désormais qu’un passage de la vie à la vie.Le Christ ressuscité montre les cinq plaies de sa mort pour attester qu’il est bien celui qui est mort sur la croix trois jours avant, il y a bien même identité entre celui qui est mort qui a été déposé au tombeau et qui se montre aux témoins qu’il s’est choisi

... Est monté aux cieux...

L’Ascension n’est pas un événement différent, elle est dans la dynamique de l’événement pascal. S’il est descendu, c’est pour être exalté. Celui qui est descendu c’est le même qui est monté, nous dit saint Paul. Il ne s’évade pas de notre condition humaine, mais il introduit notre humanité dans la gloire. Il transcende notre condition humaine. Ce déplacement, pourtant, signifie que Jésus s’éloigne « physiquement » des hommes. Nous ne pouvons plus le voir et le toucher comme l’ont vu et touché les premiers disciples. Une distance s’instaure. Et nous ne pouvons rejoindre Jésus que dans les signes qu’il nous laisse : la parole à écouter, le pain à partager, le frère à aimer. Mais ce départ est la condition du don de l’Esprit et de la mission de l’Église. L’ascension de Jésus renvoie les disciples à la terre, au témoignage quotidien à la manière de Jésus, dans l’humble condition du serviteur. Mais le ciel est désormais ouvert à l’humanité. Le premier, il a introduit le corps de l’homme dans la gloire de Dieu.

... Est assis à la droite de Dieu le Père...

Être assis à la droite, correspond à l’investiture royale du Christ. Jésus, le Christ, reçoit le pouvoir qui fait de lui le roi de l’univers. Il reçoit l’adoration de toute créature au ciel, sur terre, et dans les abîmes. Il est le souverain sur toutes les créatures et tout l’univers lui est soumis. L’ascension veut aussi marquer le grand changement vécu par le Christ : il passe du monde des hommes au monde de Dieu. Il est « exalté », « glorifié » ; il siège « à la droite du Père ». Il participe pleinement à la vie du Dieu Trinité.

... D’où il viendra juger les vivants et les morts...

Le mystère pascal du Christ ouvre en même temps les « derniers temps ». Nous attendons qu’il vienne dans la gloire à la plénitude des temps. Pour le jugement dont nous parle, en image le chapitre 25 de saint Matthieu. La perspective du jugement dernier, si présente aux tympans de nos cathédrales, nous fait froid dans le dos. Il y a du drame dans l’air. Et nous nous demandons s’il n’y a pas une contradiction entre le Jésus des Évangiles et le Jésus de la fin du monde. Le premier déclare : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jean 3, 17). Le second, tranche : « Celui qui ne veut pas croire est déjà jugé » (Jean 3, 18). Le Christ est-il celui qui pardonne ou celui qui punit ?

La petite Thérèse de Lisieux ne voyant toutes les perfections de Dieu qu’à travers la Miséricorde était agacée par des sœurs qui n’avaient que la justice de Dieu à la bouche. Un jour à sœur Fébronie de la Sainte Face, alors sous-prieure, elle s’écrie : « Vous voulez la justice de Dieu ? Vous aurez la justice de Dieu, l’âme reçoit exactement ce qu’elle attend de Dieu. Moi c’est la miséricorde que je veux, j’aurais la Miséricorde de Dieu ».

Ce qui nous est annoncé, c’est qu’à la fin des temps, Jésus-Christ fera apparaître la vérité dernière sur Dieu et sur les hommes. Le fond de notre cœur sera dévoilé. Dieu aura le dernier mot. Mais le respect du Seigneur pour la liberté de l’homme peut aller jusqu’à entériner le refus de ce dernier. Car nous serons jugés sur l’amour.

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