Le Bon Samaritain

Les Paraboles

Plutôt que d’exposer des théories qui risquent d’en rebuter plus d’un, nous choisirons de proposer la lecture de quelques unes des Paraboles. C’est ainsi que nous découvrirons ce qu’elles sont et pourquoi Jésus a employé abondamment ce mode d’expression (On compte un peu plus de 40 récits différents ; certains sont communs à Marc, Matthieu et Luc, d’autres sont communs à Matthieu et Luc, d’autres enfin sont propres à Matthieu ou à Luc). Nous découvrirons aussi comment certaines ont été transmises de façon différente dans l’un ou l’autre évangile. Nous allons commencer par l’une des plus connues.

Le Bon Samaritain (Lc 10, 25-37)

25 Et voici qu’un légiste se leva et lui dit, pour le mettre à l’épreuve : " Maître, que dois-je faire pour recevoir en partage la vie éternelle ? " 26 Jésus lui dit : " Dans la Loi qu’est-il écrit ? Comment lis-tu ? " 27 Il lui répondit : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée et ton prochain comme toi-même. " 28 Jésus lui dit : " Tu as bien répondu. Fais cela et tu auras la vie. " 29 Mais lui, voulant montrer sa justice, dit à Jésus : " Et qui est mon prochain ? " 30 Jésus reprit : " Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, il tomba sur des bandits qui, l’ayant dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. 31 Il se trouva qu’un prêtre descendait par ce chemin ; il vit l’homme et passa à bonne distance. 32 Un lévite de même arriva en ce lieu ; il vit l’homme et passa à bonne distance. 33 Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de l’homme : il le vit et fut pris de pitié. 34 Il s’approcha, banda ses plaies en y versant de l’huile et du vin, le chargea sur sa propre monture, le conduisit à une auberge et prit soin de lui. 35 " Le lendemain, tirant deux pièces d’argent, il les donna à l’aubergiste et lui dit : "Prends soin de lui, et si tu dépenses quelque chose de plus, c’est moi qui te le rembourserai quand je repasserai. " 36 Lequel des trois, à ton avis, s’est montré le prochain de l’homme qui était tombé sur les bandits ? " 37 Le légiste répondit : " C’est celui qui a fait preuve de bonté envers lui. " Jésus lui dit : " Va et, toi aussi, fais de même. "

N.B. L’interprétation de cette parabole que je propose est une parmi d’autres. Si je l’imposais comme étant la seule possible, je serais déjà en contradiction avec le « genre parabole ». J’espère le faire découvrir tout au long de cette étude.

Le contexte de la parabole

Regardons tout d’abord l’environnement de la parabole. Ce spécialiste de la Loi pose une question vitale pour lui, et pas simplement de façon théorique : « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? » La question n’est pas a priori malveillante comme elle peut l’être en Matthieu (Mt 22, 35) où il est question de piège tendu. En effet c’est le légiste qui donne lui-même la réponse, tirée du Deutéronome (Dt 6, 5). Comme dans Marc (Mc 12, 34) Jésus le félicite de sa réponse et l’invite à agir suivant sa réponse (tu auras la vie). Après la parabole, Jésus va le renvoyer à lui-même, à sa manière d’agir.

Pourquoi le légiste relance-t-il le débat ? On peut penser qu’il veut justifier sa question, à laquelle il a donné lui-même la réponse. Sa relance n’est pas maladroite ; elle est sans doute honnête, car seule la question du prochain pouvait faire l’objet d’un débat. Notons bien la question : « Qui est mon prochain ? ». Jésus ne répond pas directement. Il raconte une histoire pour amener son interlocuteur à être d’accord avec lui.

La parabole elle-même

Il raconte un fait divers banal : un homme attaqué par des bandits de grand chemin et des gens qui réagissent différemment. C’est dans cette différence que va résider la réponse de Jésus. Le prêtre et le lévite se comportent en fonction de ce qu’ils sont : des hommes du culte que le contact avec sang du blessé rendaient impropres (impurs) à l’exercice de leur fonction. Ils « s’éloignent » du blessé. Le Samaritain, lui qui est un homme « loin » (entre juifs et samaritains, on ne s’entendait pas), « s’en rapproche ». Il le soigne de la manière dont on soignait en ce temps-là (l’huile pour adoucir et le vin pour désinfecter). Il le prend totalement en charge, dans le présent et même dans l’avenir (je rembourserai à mon retour).

La question - réponse de Jésus au légiste

Regardons de près la question de Jésus au légiste. Il ne répond pas à la question « Qui est mon prochain ? » ; il demande : « Quel est celui qui s’est fait le prochain… ? » = « Qui s’est rapproché… ? » Tout en amenant le légiste sur un terrain d’accord, il a changé, si l’on peut dire, le centre de gravité : ce n’est plus moi et les autres en fonction de moi, mais moi en fonction des autres.
Enfin, ce n’est plus une question théorique, une question d’école : « Va et, toi aussi, fais de même ». La parabole amène non seulement au ‘penser juste’, mais à ‘l’agir bien’. Tout l’art de Jésus consiste à remettre les choses dans le bon sens de la marche, tant du point de vue de la pensée que celui de l’action.

Nous voyons, à travers cette parabole, comment Jésus, tout en le respectant, amène son interlocuteur à changer de point de vue. Ici, les choses se passent de façon paisible. D’autres fois, ce le sera beaucoup moins, par exemple dans la parabole des vignerons révoltés (Mt 21, 33-44). En tout cas, les paraboles sont le moyen « pédagogique » privilégié que Jésus utilise. Si nous voulons approfondir notre foi, nous avons tout intérêt à mieux les connaître.

Joseph CHESSERON

Lire aussi toujours de Joseph Chesseron ce qu’il dit de cette parabole en juillet 2016