Conférence du père Jean-Luc Voillot : Introduction au temps de (...)

Introduction au temps de l’Avent

Quelques repères historiques :

1. Mystère pascal :

L’Église primitive n’a d’abord connu et célébré qu’une seule fête : le jour du Christ, Kyrios, la Pâque hebdomadaire (Dimanche) et annuelle (Pâques). (Il faut reconnaître que le contexte de « religion interdite et réprimée » interdisait toute réunion pour l’organisation ecclésiale, on est encore dans la clandestinité)

2. Célébration de la Naissance de Jésus :

Ce n’est qu’au cours du IVème siècle qu’apparait la solennité de la venue du Seigneur parmi les hommes (En 313, « l’édit de Milan » de l’empereur Constantin reconnait la religion chrétienne comme religion d’empire, toutes les conditions sont réunies pour organiser les fêtes).

Il s’agissait alors moins de commémorer un anniversaire au sens strict que de combattre les fêtes païennes du solstice d’hiver, célébrées à Rome le 25 décembre et en Egypte le 6 janvier. La fête du Natale du Christ Soleil, de son Epiphanie, fut accueillie avec d’autant plus de ferveur par les Eglises qu’elle constituait, face à l’hérésie arienne, une proclamation du dogme de Nicée.

3. L’Avent.

Terminologie :

Comme le terme Épiphania qu’il traduit parfois, le terme Adventus est un mot d’origine profane. Il signifie : avènement, arrivée, révélation.

Usage religieux à Rome

D’un point de vue cultuel il signifiait la venue annuelle de la divinité dans son temple pour visiter ses fidèles : le dieu, dont la statue était alors proposée au culte, était censé demeurer ainsi au milieu des siens tant que durait la solennité.

Usage profane à Rome

L’étiquette de cour désignait pareillement la première visite officielle d’un personnage important lors de son avènement ou de son entrée en charge. C’est ainsi que des monnaies de Corinthe perpétuent le souvenir de l’Adventus Augusti (Néron) et que le Chronographe de 354 désigne le jour de l’avènement de Constantin comme l’Adventus Divi.

Adopté par les ouvrages chrétiens des premiers siècles :

Spécialement dans la Vulgate, Adventus devint le terme classique employé pour désigner la venue du Christ parmi les hommes  : son avènement dans la chair, inaugurant les temps messianiques, et son avènement glorieux, qui couronnera l’œuvre rédemptrice à la fin du monde.

Adventus, Natale, Epiphanie  : expriment donc la même réalité fondamentale !

Comment le terme Adventus fut-il retenu pour désigner la période liturgique préparatoire à Noël ? Seule l’histoire peut nous le faire savoir.

LES ORIGINES DE L’AVENT LITURGIQUE

A - La préparation à Noël en Occident.

Préhistoire de l’Avent

C’est seulement au VIe siècle (soit deux siècles après l’adoption de la fête de la Nativité de notre Seigneur) que la liturgie romaine commence à célébrer un temps préparatoire à Noël qu’elle appellera « le temps de l’Avent ».
Cependant, dans cet occident chrétien naissant la liturgie n’est pas encore centralisée, chaque église a sa propre spiritualité et souvent son propre missel !

En Gaule et en Espagne, en particulier, il semble que dès la fin du IVe siècle et dans le cours du Ve siècle, les chrétiens ressentent le besoin de vivre une préparation ascétique aux fêtes de Noël-Epiphanie (Autrement dit par des jours de jeûnes et d’abstinence dans un esprit de prière).

D’une durée de trois semaines, elle fut sans doute liée initialement à la préparation au baptême administré à l’Épiphanie.

Un texte attribué à saint Hilaire semble le témoin le plus ancien du ce temps qu’il nomme le « carême de Noël » (réf.1).

Dès 380, le Concile de Saragosse prescrit aux fidèles d’être assidus à l’église du l7 décembre à l’Épiphanie. (réf.2)

Cette discipline devait se préciser en particulier en Gaule dans le cours du Ve siècle, Perpétue de Tours (mort en 490) institue un jeûne de trois jours par semaine allant de la Saint-Martin à la Nativité.(réf.3)

Ainsi, ascèse, prière, assemblées plus fréquentes, sont les premières caractéristiques du temps de préparation à Noël vécu dans nos contrées.

L’Avent romain

Il fait attendre la seconde moitié du VIe siècle pour voir apparaître dans les sacramentaires (livres liturgiques pour les célébrants) et les lectionnaires liturgiques de Rome, un temps liturgique de l’Avent.

A Rome « l’Avent fut, dès son origine, une institution liturgique, alors que partout ailleurs il eut des considérations ascétiques pour point de départ et pour normes de son évolution ». (réf.4)

Les formulaires des six, (réf.5) puis des quatre semaines préparatoires à Noël (réf.6) eurent quelque peine à trouver leur place dans le cycle annuel :

Le Sacramentaire gélasien ancien (fin du VIIe siècle) les Orationes de adventu Domini se trouvent après le commun des saints à la fin du livre deuxième intitulé De nataliciis sanctorum ; (ré.7)

Le Sacramentaire grégorien (fin du VIIe siècle) c’est également à la fin du sanctoral que sont placées les Orationes de adventu.

Le Lectionnaire d’Alcuin (VIIIe siècle) les péricopes des dimanches ante natale Domini ont la même place que les deux précédents.

Il faut attendre les graduels et antiphonaires des VIIIe-IXe siècles pour trouver les messes de l’Avent au début du cycle.

B - La préparation à Noël en Orient ?

« Aucune liturgie orientale n’a constitué un cycle d’Avent comparable à celui de la liturgie romaine, c’est-à-dire qui prenne l’attente messianique dans toute son ampleur et son indétermination ». (ré.8)

En Orient, comme pour toutes les fêtes de son calendrier liturgique la préparation à la fête de Noël s’accomplit comme on l’entendait en Gaule au Ve siècle.

Deux rites donnent un relief plus marqué à cette préparation :
le rite byzantin et le rite syrien.

a) La liturgie byzantine

Au dimanche qui précède Noël, ont fait la commémoration de « tous les Pères qui dans les âges furent agréables à Dieu, depuis Adam jusqu’à Joseph l’époux de la Très Sainte Mère de Dieu ».
Tous les saints de l’Ancienne Alliance y sont invités à « mener la danse pour la Nativité du Sauveur ».

b) Le rite syrien,
Il intitule les semaines qui précèdent Noël : « les Semaines des Annonciations ».

Chez les Syriens Occidentaux : elles sont au nombre de cinq.

Chez les Syriens Orientaux : elles sont au nombre de quatre.

Elles évoquent successivement l’Annonciation à Zacharie, l’Annonciation à Marie suivie de la Visitation, la Nativité de Jean-Baptiste et l’Annonciation à Joseph.

LA CÉLÉBRATION DE L’AVENT DANS LES LIVRES ACTUELS :

Les quatre semaines de l’Avent comportent deux étapes :

La première étape s’étend du 1er Dimanche au 16 décembre, celle-ci insiste davantage sur l’avènement du Christ, attendu à la fin des temps.

La seconde étape, s’étend du 17 au 24 décembre, elle est plus directement orientée vers les fêtes de Noël.

Les deux préfaces du temps de l’Avent résument bien chacune de ces étapes.

La première évoque :
les deux avènements du Christ ;

La seconde célèbre :

celui que tous les prophètes avaient chanté,
celui que la Vierge attend avec amour,
celui dont Jean Baptiste a proclamé la venue
et révélé la présence au milieu des hommes.

Chaque jour est doté, au Missel, d’une collecte propre empruntée aux anciens sacramentaires. (réf.9)

La célébration de l’eucharistie.

Dans la célébration de l’eucharistie au temps de l’Avent il convient de souligner, en premier lieu, la manière dont sont organisées les lectures dominicales.

a) Les lectures dominicales.

La première lecture fait prendre contact, au cours des trois années, avec les principales prophéties messianiques : les oracles d’Isaïe et les additions qu’ils ont reçus au temps de l’exil, ceux de Baruc et de Sophonie.

De toutes ces prophéties les plus importantes sont celles du IVe dimanche. Elles annoncent qu’une femme enfantera un descendant de David, qui sera l’Emmanuel, Dieu-avec-nous (Isaïe, Michée, Nathan).

La lecture apostolique (la deuxième lecture) montre comment les prophéties ont été accomplies en Jésus. Elles annoncent, à leur tour, la venue du Seigneur, jour de salut pour tous les peuples et jour de joie pour ceux qui l’auront attendue avec amour.

Les évangiles évoquent chaque année le même thème.

Le 1er dimanche est celui de l’attente de la venue du Seigneur : « Veillez », dit Jésus.
Le IIe et le IIIe sont ceux de Jean-Baptiste.

Le IVe dimanche est celui de l’annonce :

Année A : L’annonce à Joseph, (Mt1, 18-25)
Année B : L’annonce à Marie, (Lc. 1, 26-38)
Année C : La Visitation (Lc. 1,39-56).

b) Les prières.

- Dans les prières s’entrecroisent les deux thèmes de la célébration de la venue du Seigneur dans la chair et de son retour en gloire :

Accorde-nous, Seigneur,
d’attendre sans faiblir la venue de ton Fils,
pour qu’au jour où il viendra frapper à notre porte,
il nous trouve vigilants dans la prière,
heureux de chanter sa louange,

dit la collecte du premier lundi.

Au cours de la dernière semaine, on évoque souvent la Vierge Marie :

Par le signe merveilleux de la Vierge qui enfante
tu as fait connaitre au monde,
Seigneur, la splendeur de ta gloire,

dit la collecte du 19 décembre.

Le IVe dimanche, qui est celui des annonciations (évangile), la prière sur les offrandes demande que l’Esprit Saint,

dont la puissance a fécondé le sein de la Vierge Marie,
consacre les offrandes posées sur cet autel.

En marge de la liturgie, les coutumes populaires :

La Couronne de l’Avent

Fabriquée pour le premier dimanche de l’Avent, elle est faite de branches de sapin, de pin, de houx ou parfois de gui. Elle est nouée de rubans rouges et est ornée de quatre bougies et parfois de pommes de pin.

Elle peut être posée horizontalement ou bien suspendue comme décoration aux portes ou aux fenêtres.

La couronne est un ancien symbole d’origine païenne qui signifie plusieurs choses :

Sa forme ronde évoque le soleil et annonce son retour chaque année. On trouve cet usage d’une couronne de lumière chez les anciens germains pour célébrer le solstice d’hiver. La couleur verte de la couronne symbolise la végétation, signe d’espérance durant les longs mois d’hiver.

Mais son utilisation récurrente ne s’est réellement fixée dans la tradition populaire, qu’au XIXe siècle. On trouve la genèse de la coutume actuelle dans l’initiative d’un pasteur Allemand, Johann Heinrich WICHERN (1808-1881). Ce dernier avait recueilli des enfants pauvres, pour les faire patienter jusqu’au jour de Noël, il les invitait à allumer chaque jour de la semaine une petite bougie et le dimanche une plus grosse bougie.

Donc, cette façon de faire nous est devenue familière aujourd’hui, les quatre bougies marquent les quatre semaines de l’Avent et sont allumées chacun des quatre dimanches. Noël sera là lorsque la dernière bougie sera allumée.

Au Canada, à l’aune des vêtements liturgiques, la couronne de l’Avent est ornée de 3 bougies violettes et une bougie rose. La bougie rose est allumée le 3e dimanche et elle évoque la joie car l’attente s’achève.

En Suède, les chandelles sont blanches symbole de fête et de pureté.

En Autriche, elles sont violettes couleur de pénitence.

Calendrier de l’Avent

Le calendrier de l’Avent est une spécificité traditionnelle germanique née également pour faire patienter les enfants jusqu’à Noël.

À l’origine, on remettait une image pieuse chaque matin aux enfants, comportant une phrase de l’Évangile ou une incitation à faire une bonne action.

Plus tard, les biscuits puis les chocolats viendront remplacer les images.

Le calendrier a souvent la forme d’une planche cartonnée dans laquelle sont prédécoupées 24 fenêtres qu’on ouvre progressivement, une par jour. On peut alors y lire la phrase de l’Évangile ou y prendre la confiserie qu’elle contient.

Depuis quelques années, surtout en Allemagne, on y trouve des petits jouets. Certains calendriers, plus proches de l’idée originelle, n’ont pas systématiquement 24 jours, mais un nombre de jours variant entre 22 et 28 selon le jour où tombe Noël (dont dépend la durée de l’Avent).

Autres traditions

La Saint Nicolas

Au cours de cette période, les habitants du Nord et de l’Est de l’Europe fêtent la Saint Nicolas le 6 décembre. En France cette tradition est surtout vivante dans le Nord (Nord-Pas-de-Calais) et l’Est (Alsace et Lorraine). C’est saint Nicolas, patron des enfants qui leur apportent des jouets et des friandises au jour de sa fête.

La Sainte-Lucie

Le 13 décembre, dans les pays de l’Europe du Nord et en particulier la Suède, est fêtée sainte Lucie. Son nom qui vient du mot grec « lumière » à conduit à associer sa fête à la lumière, marquant avec huit jours d’avance (sans doute dus au passage en 1572 du calendrier julien au calendrier grégorien) le passage du solstice d’hiver.

Biscuits de l’Avent, marchés de Noël, etc.

EVANGILE SELON SAINT LUC

Avec l’Avent 2012, commence l’année C. Depuis la promulgation en 1969 du lectionnaire romain souhaité par Vatican II, l’Église propose aux fidèles la lecture continue de chacun des Évangiles synoptiques (c’est-à-dire qu’on peut mettre en parallèles). L’année A, nous donne d’entendre l’évangile selon saint Matthieu, l’année B, celui selon saint Marc, et enfin, l’année C, celui selon saint Luc. L’Évangile de Jean est lu lors des grandes fêtes annuelles. Pour établir ce cycle, les liturgistes romains ont établi que l’année « 1 » de notre ère, était l’année A, et donc de trois ans en trois ans sont arrivés, avec l’Avent 1969, à l’année B.

L’auteur :

L’Évangile de Luc est adressé à un certain Théophile. Le livre des Actes des Apôtres, est adressé également à Théophile, l’auteur évoque un « premier livre » lui ayant été destiné. Seul le troisième Évangile mentionne un Théophile dans son adresse. Il ne fait donc aucun doute que le troisième Évangile et le livre des Actes ont le même auteur. Nous sommes donc renvoyés à la tradition qui attribue à Luc le troisième évangile. Initialement, le troisième Évangile et les Actes, écrits par le même auteur, faisaient partie d’une même unité littéraire, comme les deux tomes d’un seul et même ouvrage. Les deux livres sont l’annonce d’une même Bonne Nouvelle, qui se répand par étapes. Le regroupement en Évangiles, d’une part, et en autres écrits, d’autre part, lors de la constitution du canon du Nouveau Testament, les a arbitrairement séparés. Le titre, de cet ouvrage en deux volumes, pourrait être : Histoire des origines du christianisme.

Ses origines ?

La lecture de ces deux livres, ainsi que les allusions de Paul dans ses lettres, nous fait découvrir un profil précis de l’auteur. Originaire d’Antioche, c’est un homme cultivé, maniant aisément la langue grecque, possédant une bonne culture hellénique.

Un juif ?

Luc semble connaître assez bien les coutumes juives, mais davantage, comme un observateur extérieur, qu’un adepte. Ceci nous donne la conviction qu’il est d’origine païenne, et même, qu’il n’appartient pas au cercle, pourtant très large, des « craignant Dieu ». Plusieurs maladresses viennent souligner qu’il ne comprend pas toujours les subtilités des coutumes juives. à titre d’exemple, citons deux épisodes. Il fait dire à l’ange de l’Annonciation : « que tu appelleras du nom de Jésus.  » ! Or, dans le judaïsme, seul un homme est habilité à donner un nom à un enfant (ou alors, il s’agit d’une mère-célibataire !). Quand il envoie les dix lépreux guéris vers temple de Jérusalem pour la reconnaissance de leur guérison. Un Samaritain, qui est un hérétique n’avait pas le droit d’entrer dans la Temple de Jérusalem ! Il n’aurait pas dû faire la démarche d’y aller ! (Lc. 17, 11-19)

Pourquoi juifs et samaritains ne s’aiment pas ?
Après la mort de Salomon, en 931, le royaume d’Israël, à l’assemblée de Sichem, se scinde en deux, le Royaume du Nord appelé « Israël », avec Samarie comme Capitale, et le Royaume du Sud, appelé « Royaume de Judée », avec Jérusalem comme capitale. Chaque royaume a son propre souverain. En 721, Saragon II, roi d’Assyrie, prend Samarie et raye de la carte le Royaume du Nord. Il conduit en déportation toute l’élite, il ne laisse que quelques agriculteurs inoffensifs pour faire valoir la terre et complète la population par une forte colonie assyrienne « des païens ». Les deux populations vont se mélanger en pratiquant des mariages « mixtes : païens-juifs », ce qu’interdit la loi biblique. Le royaume de Juda ne connaîtra l’exil qu’en 587-538. Au retour d’exil, a partir de 538, les deux royaumes entérinent leurs séparations antérieures ! A partir de 500, les Samaritains se considèrent comme opposés aux juifs, leur pays s’appelle désormais « La Samarie ». Continuant à pratiquer les mariages mixtes, ils considèrent le mont Garizim comme leur temple, ils constituent un clergé autochtone, des prêtres ne descendant ni d’Aaron, ni de la tribu de Lévi ! Ils ne reconnaissent que le Pentateuque comme livre de la Parole de Dieu, qu’ils traduisent en Samaritain (langue profane !) Autant de raisons pour que les juifs n’aient rien de commun avec les Samaritains ! Une colonie juive se constitue au nord de la Samarie, la province de Galilée qu’habitera Jésus (Nazareth et Capharnaüm).

Un médecin ?

Certains indices nous indiquent qu’il possède une bonne connaissance de la médecine. Il s’attarde sur le ministère guérison de Jésus. Il préserve la corporation, dans la guérison de l’hémorroïsse, par exemple, il n’insiste pas, comme Marc, sur l’incompétence des médecins « [...] qui avait beaucoup souffert du fait de nombreux médecins, [...] mais allait plutôt de mal en pis [...] » (Mc. 5, 25-26). Pudiquement Luc souligne : « [...] que nul n’avait pu guérir, [...] ». Les expulsions de démons (exorcismes) sont décrites davantage comme des guérisons. De nombreux passages des Actes rapportés à la première personne du pluriel (nous) sont probablement des extraits du carnet de voyage de Luc, et nous permettent d’en déduire qu’il est un de compagnons de voyage, un disciple de Paul. Tous ces indices nous conduisent à ce « Luc, le cher médecin... » Dont saint Paul nous parle en Col. 4, 10-14 et Phm. 24. Cette hypothèse demeure, à ce jour, la moins contestée.

Un Apôtre ou un disciple ?

La lecture attentive, du 3e Évangile, nous permet de mieux connaître ce Luc, qui de fait, n’appartient ni au groupe des apôtres, ni à celui des disciples. Il l’affirme dans son « prologue », son récit est le résultat d’une enquête scrupuleuse auprès des témoins de la vie du Christ. Il est probablement un des païens convertis de la première génération, peut-être un converti de Paul dont il est, dans un premier temps, un disciple et l’ami.

Un écrivain délicat ?

C’est un homme d’une culture raffinée, il n’aime pas les situations vulgaires, ni les mots rugueux, et volontiers, quand il le peut, il arrondit les angles. Sensible, il retient plus que d’autres la bonté de Jésus, les paraboles de la miséricorde (le bon samaritain, la brebis, la drachme et le fils perdus) et les récits sur le pardon (la pécheresse, Zachée et le bon larron). Il est celui qui fait le plus référence à la prière de Jésus dans l’intimité. Il est le seul à nous parler du groupe des femmes qui suivent Jésus et semblent jouer un rôle dans la vie matérielle du groupe du Maître. Jésus a même des amies intimes, Marthe et Marie. La tradition orientale le considère comme « l’iconographe de la Vierge ». La plupart des icônes de Luc représentent un homme devant un chevalet, en train de peindre l’icône de la Théotocos. Il est sensible au ministère de Jésus auprès des pauvres, des marginaux et des exclus. Il veut être l’historien de toute la vie de Jésus puisqu’il nous donne un récit détaillé de l’enfance et de la famille de Jésus. Sa généalogie partant d’Adam souligne l’Incarnation universelle du Christ.

Le livre :

Cet Évangile est de facture littéraire. Il s’attache à transmettre toute la vie de Jésus, de sa conception à son ascension. Luc manifeste beaucoup de respect vis à vis des sources utilisées. Il donne l’événement brut sans le modifier. L’assemblage des épisodes révèle aussi ce souci. Quand il est libre d’être lui-même, il révèle des talents d’authentique écrivain. La langue est pure, et le style varié nous laisse une impression de légèreté. Écrivain, il cherche à ménager les transitions, à préparer les événements, à regrouper les faits. Il n’hésite pas à supprimer ce qui apparaît à ses yeux comme des doublets (les deux multiplications des pains). Historien, il s’attache à préciser la chronologie des faits (par exemple la naissance du christ [2, 1-4] ou le ministère de Jean-Baptiste, très exactement situés [3, 1-2]). Comme nous allons le découvrir, ses deux livres sont organisés selon un plan plus géographique que chronologique (même si, de fait, l’un implique l’autre). C’est au temple de Jérusalem que son récit débute, en passant par Nazareth, il revient en Judée pour la naissance, après la présentation au temple c’est le retour à Nazareth en Galilée. Il y a les pèlerinages à la ville sainte et dans le Temple, qui scandent l’enfance (tous les ans à Pâque). Toute la vie publique de Jésus est un long cheminement vers Jérusalem, où la Passion/Résurrection a lieu. C’est à Jérusalem qu’il situe l’Ascension (les deux autres synoptiques terminent leur récit en Galilée !). Les Actes prennent le relais, c’est à Jérusalem qu’a lieu la Pentecôte et que toute la prédication apostolique va rayonner. Les Apôtres partent de Jérusalem pour aller vers les Païens. Tout se terminera dans la capitale du paganisme et « le cœur du monde », la capitale « des extrémités de la terre » : Rome. Autrement dit, l’écrivain justifie l’abandon de Jérusalem par les apôtres, comme capitale du christianisme, et le choix de Rome. Il s’agit d’un choix purement conjecturel, Jérusalem ayant été détruite par le pouvoir romain.

La communauté de Luc (les destinataires) :

L’œuvre laisse pressentir quelques uns des problèmes de la communauté de Luc. Invitée à durer, elle cherche à consolider ses structures. Les tensions internes ne doivent pas compromettre l’unité de la Pentecôte. Les ministères nouveaux, que des besoins nouveaux font naître, s’articulent autour du ministère apostolique. La foi chrétienne s’est affirmée dans des cultures nouvelles ; elle ne peut perdre sa solidité. Luc écrit pour une communauté chrétienne. Néanmoins, il se préoccupe de l’écho que rencontre l’Évangile chez ceux du dehors. Sa manière d’écrire, sa présentation du séjour de Paul à Athènes, la présence importante de responsables politiques ne laissent place à aucun doute : il veut laisser une impression favorable du christianisme aux élites intellectuelles et aux représentants du pouvoir impérial. Cette œuvre, qui vise un public de culture grecque, a sans doute été écrite entre 80 et 95, dans une communauté issue du paganisme, dont il est impossible de préciser le lieu exact (Asie mineure, Grèce, Rome ?).

Liste des références mentionnées dans le texte :

1- Malgré l’autorité de A. WILMART, Le prétendu Liber officium de saint Hilaire et l’Avent liturgique, RB 27, 1910, pp. 500-513, Les spécialiste sont généralement très réservés sur l’authenticité de ce texte : cf. J.F. BRISSON, Hilaire de Poitiers, Traité des mystères, Éd. du Cerf, 1947 (SC 19), pp. 64-68 et 164 ;
E. DEKKERS, Clavis Patrum, n. 427.
2 - H. BRUNS, Canones apostolorum et conciliorum, Berlin, Reimer, 1839, t. 2, pp. 13-14.
3 - 45 Grégoire de Tours, Historia Francorum X, 6, éd. B. Krusch et W. Levison. Hannovre, Hahn, 1951 (MGH), p. 529 (PL 71, col. 566).
4- I. HILD, L’Avent, LMD 59, 1959, p. 25.
5 - Le rite Milanais (Ambrosien) célébre, encore aujourd’hui, six semaines d’Avent
6 - A. CHAVASSE, Le sacramentaire gélasien, pp. 413-414.
7 - Ge. éd. MOHLBERG, n. 1120-1177. Dans l’étude des formulaires liturgiques de l’Avent, il convient de joindre aux sacramentaires romains les 40 oraisons du célèbre Rotulus de Ravenne. On le trouvera en appendice à l’édition Mohlberg du Sacramentarium Veronense, pp. 173-178.
8 - Voir I.H. DALMAIS, Le temps de préparation à Noël dans les liturgies syrienne et byzantine, LMD 53, 1959, pp. 25-37.
9 - A. DUMAS, Les sources du Missel romain, dans Notitiœ 7, 1971, p. 409.