Jacob ou une histoire de jumeaux

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Jacob ou une histoire de jumeaux

La Bible ne consacre pas beaucoup de chapitres à l’histoire d’Isaac, le fils d’Abraham, rescapé du sacrifice humain que Dieu a refusé. La Genèse se contente pratiquement de raconter le mariage d’Isaac.

Au contraire, l’histoire de Jacob est un véritable roman avec épisodes et rebondissements (Gn 28-36 et débordement jusqu’au chapitre 50). On peut remarquer, dès l’abord, des chevauchements dans l’histoire des patriarches fondateurs du peuple élu. L’histoire d’Abraham se termine dans l’histoire d’Isaac, celle d’Isaac dans celle de ses deux fils, celle de Jacob dans celle de Joseph, son fils préféré. L’imbrication de ces trois histoires, quatre avec celle de Joseph, veut signifier que l’origine du peuple élu correspond à l’histoire d’une famille unique.

On pourra aussi remarquer que les promesses divines faites à Abraham sont renouvelées à son fils (Isaac) et à son petit fils (Jacob).

Mais venons-en au roman de Jacob. Nous pouvons, pour faciliter la lecture, distinguer les épisodes et rebondissements suivants :

1. Une stérilité qui débouche sur la naissance de jumeaux. Isaac a épousé Rébecca après un long processus de choix (c’est tout le chapitre 24). Mais cette dernière est stérile. Une fois de plus la filiation naturelle, qui devait être assurée pour que la promesse divine se réalise, est interrompue. Enfin "le Seigneur eut pitié d’Isaac" (25, 21). Rébecca donne naissance à des jumeaux : Esaü (le velu) et Jacob (celui qui supplante). L’un se consacrait à la cuisine, l’autre parcourait les champs chassant le gibier. L’aîné était le préféré d’Isaac qui adorait le gibier, le cadet était le préféré de Rébecca.

2. Une histoire de lentilles. Un jour, Esaü revient de la chasse, complètement épuisé et affamé. Jacob cuisine un plat de lentilles. Esaü lui en demande. Roublard, Jacob lui demande de lui vendre son droit d’aînesse. Méprisant ce droit (25, 34), Ésaü accepte.
Rébecca préfère son second fils, Jacob. Elle fait donc tout pour qu’il soit béni par son père et devienne le patriarche de sa tribu, d’autant qu’il a acquis ce droit d’aînesse, méprisé par son frère. Isaac ne semble pas au courant de l’arrangement passé entre les frères. Sentant sa mort prochaine, Isaac demande à Ésaü d’aller à la chasse pour lui faire manger du gibier dont il raffole comme son ainé. Esaü part donc. Rébecca en profite pour faire bénir le cadet par Isaac, profitant de la cécité du vieil homme. Voyez le détail de la ruse de Rébecca au chapitre 27. Mais Jacob est contraint de fuir pour éviter la vengeance d’Esaü.

3. Le songe de Béthel (28, 10-22). Une nuit, dans un songe, Jacob voit une échelle posée à terre et qui touche au ciel. Des anges montent et descendent. C’est la preuve que Jacob est en relation intime avec Dieu qui renouvelle la promesse faite à Abraham : promesse d’une terre et d’une nombreuse descendance. Jacob appelle le lieu de cette rencontre Béthel (la maison de Dieu). Cette promesse commence à se réaliser avec le" coup de foudre" de Jacob pour la belle Rachel. Mais avant qu’elle ne devienne enfin sa femme, son beau-père le force (par une ruse) à épouser sa fille ainée.

4. La lutte avec Dieu (32, 23-33). Une autre nuit, alors qu’il est en voyage avec toute sa famille, Jacob reste seul. C’est alors qu’un homme (mais s’agit-il vraiment d’un homme ?) l’agresse et qu’ils luttent toute la nuit. L’agresseur gagne la partie par une prise qui "déboite" la hanche du patriarche. Ce lutteur se révèle être Dieu qui change le nom de Jacob en Israël (nom qui signifie"que Dieu se montre fort !").
Ainsi Jacob est le père éponyme du peuple élu, Israël, celui qui donne son nom au peuple. La voix de Dieu qui sort du buisson ardent prononce : "Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob". Tout tremblant, Moïse n’osait regarder (Ex 3, 6).
Par la suite on désignera le vrai Dieu en référence aux trois patriarches. Il est "le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob". (Voir Mt 22, 32 ; Mc 12, 26 ; Lc 20, 37 ; Ac 3, 13 ; 7, 32).

5. La réconciliation de deux frères. La haine entre les frères ne dure pas. Lors d’une rencontre Jacob prête allégeance à son frère, Esaü : " Esaü courut à sa rencontre, l’étreignit, se jeta à son cou et l’embrassa" (33, 4). Ainsi tout est bien qui finit bien !
Il y a beaucoup de ruses dans ce roman. Mais le dessein de Dieu se réalise malgré les" coups tordus" des hommes. Lorsque Dieu promet, il tient sa promesse quelle que soit la mauvaise volonté des hommes !
L’histoire de Jacob ne s’achève pas là, nous l’avons déjà dit, mais se poursuit dans la geste de son fils Joseph. Mais ça, c’est une autre histoire !
Laissez-vous prendre par les méandres de ce roman. Cherchez-y "le doigt" de Dieu qui mène l’histoire (dans les deux sens du terme) en choisissant, une fois de plus, un autre ordre que l’ordre humain.
Alain.

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