Le Désert (2)

Jésus et le désert

Dans l’article précédent, nous avons vu le rôle du désert dans la vie du peuple d’Israël. L’Evangile s’inscrit dans le prolongement de l’Ancien Testament, mais, à travers la personne de Jean Baptiste et surtout celle de Jésus, l’image du désert trouve sa pleine réalisation.

C’est dans le désert que Jean Baptiste accomplit son ministère, mais, contrairement à la secte des Esséniens qui s’installaient dans le désert comme dans un refuge, Jean renvoie à leur travail ceux qui ont été renouvelés par le baptême de conversion (Lc 3, 10-14). Le désert n’est pas une fin en soi : il prépare à accueillir le Messie qui vient.

I Le Christ et le désert

1 Le Christ au désert (Mt 4n 1-11 ; Mc 1, 12-13 ; Lc 4, 1-13)

Le récit évangélique fait revivre à Jésus ce que le peuple d’Israël a vécu dans le désert. Nous avons vu que le désert est le temps de l’épreuve. La triple tentation de Jésus, au bout de 40 jours, est l’équivalent des 40 ans dans le désert du Sinaï. Mais, contrairement au peuple rebelle, Jésus repousse la tentation ; il reste fidèle à son Père. Il choisit la Parole de Dieu plutôt que le pain ; il préfère la confiance au miracle « tape à l’œil » ; le service de Dieu est infiniment plus important pour lui que la puissance terrestre. Déjà avant l’épreuve dont il est sorti victorieux, Jésus est présenté dans le récit évangélique comme le Fils premier-né réalisant ce pour quoi le peuple d’Israël avait été choisi : porter en lui le salut de l’humanité. L’allusion aux bêtes sauvages faite dans Marc pourrait signifier la réconciliation, en Jésus, de toute la création.

2 Le Christ notre désert

L’Evangile mentionne plusieurs fois que Jésus se retire momentanément dans le désert, soit pour se protéger de la foule (Mt 14, 13 ; Mc 1, 45 ; 6, 31 ; Lc 4, 42), soit pour pouvoir prier seul (Mc 1, 35). A proprement parler, il ne s’agit pas, dans les passages cités, du désert aux sens strict, mais de ‘lieu désert’, c’est-à-dire sans habitation. Marc, dans le récit de la multiplication des pains, dit (6, 39) qu’en ce lieu désert, « il y avait beaucoup d’herbe verte ». Nous ne sommes pas ici dans le désert au sens symbolique tel qu’il nous est apparu dans l’Ancien Testament.

Cependant, si nous cherchons dans l’Evangile selon Jean, nous retrouvons ce sens symbolique : nous voyons Jésus réaliser ce qui était annoncé dans les temps anciens. Il est l’eau vive (Jn 4, 10), rappelant l’eau de Mara qui devint douce par l’intervention de Moïse (Ex 15, 25) ; il est le pain du ciel (Jn 6, 41), infiniment mieux que la manne donnée par Dieu (Ex 16) ; il est le chemin qui conduit à la vérité et à la vie (Jn, 14, 6), réalisant dans sa personne le chemin¨à travers le désert annoncé par Isaïe (Is 43, 14-21) ; il est le signe levé qui sauve ceux qui le regardent (Jn 3, 14), plus fort que le serpent d’airain dressé par Moïse (Nb 21, 9). En étant tout cela à la fois, le Christ est, pour ainsi dire, notre désert où, en lui, nous surmontons l’épreuve, parce que, comme lui et grâce à lui, nous entrons en pleine communion avec Dieu, réellement et pas seulement en image,

II L’Eglise au désert

1 Enseignement de Jean et de l’Apocalypse

Par les récits de la multiplication des pains et en particulier celui de Jean (Jn 6), Jésus dit à ses disciples, c’est-à-dire aux croyants de tous les temps, qu’il est venu inaugurer les temps nouveaux. Il est, lui, la nourriture qui donne la vie, et cette nourriture consiste à croire en lui. Et, de fait, on peut appliquer à l’Eglise, peuple des croyants, l’image du désert telle qu’elle nous est apparue à travers l’Ancien Testament et à travers l’Evangile. L’Apocalypse nous y invite (Ap 12, 6-14). Dans le langage qui lui est propre et que nous ne devons pas prendre au pied de la lettre, elle compare l’Eglise à la Femme réfugiée au désert jusqu’à ce que l’ennemi (le dragon, le Satan, le séducteur) soit terrassé. L’Apocalypse annonce ainsi le retour du Christ, vainqueur définitif du Mal. L’Eglise est en tension entre un salut pleinement réalisé en Christ mort et ressuscité et son retour à la fin des temps.

2 Enseignement de Paul

C’est aussi l’enseignement de Paul. Dans la 1ère lettre aux Corinthiens (1 Co 10, 1-11) il dit que tout ce qui est arrivé au peuple hébreu au désert l’a été pour notre instruction, à nous qui sommes parvenus à la fin des temps. Notre baptême est comparé à ce que les Hébreux ont vécu dans la nuée et la mer ; comme eux, nous sommes nourris du pain vivant ; comme eux, nous buvons l’eau du rocher, et pour nous, ce rocher, c’est le Christ. Mais nous devons éviter de faire comme eux : tomber dans la convoitise et l’idolâtrie. En quelque sorte, nous faisons ici-bas notre propre traversée du désert.

Le temps présent reste pour nous le temps de l’épreuve, car, comme dit la lettre aux Hébreux (He 4, 1), nous ne sommes pas encore entrés dans le temps du repos de Dieu.

En conclusion, nous sommes appelés à nous souvenir du passé, pour ne pas endurcir notre cœur. Dans notre combat quotidien, nous avons la certitude de la victoire, comme dit Paul aux Romains (Rm 8, 37-39) ) « ...nous sommes plus que vainqueurs par Celui qui nous a aimés. Oui, j’en ai l’assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur. »

Joseph CHESSERON