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Que peuvent apporter les catholiques durant la crise ?

Recueilli par Arnaud Bevilacqua pour le journal LaCroix

Le président de la Conférence des évêques de France, Mgr de Moulins-Beaufort exhorte les catholiques à maintenir les liens de solidarité en temps de confinement et annonce que toutes les cloches des églises vont retentir mercredi 25 mars, en signe de soutien.


Le président de la République a répété plusieurs fois que nous étions en guerre contre le Covid-19, et des mesures inédites ont été prises. Quel message l’Église peut-elle adresser à la nation dans ce contexte de grande inquiétude ?


Mgr Éric de Moulins-Beaufort
 : Il faut d’abord prendre très au sérieux les consignes d’hygiène et de confinement maximum parce que nous sommes responsables les uns des autres. Vivre la charité, c’est comprendre que des gestes, même simples de ma part, contribuent au bien de tous.

Ensuite, gardons-nous de céder à la peur ou à la panique. Dans nos pays, nous pensions en avoir fini avec les épidémies. Mais, nous prenons mieux conscience que nous appartenons à une même humanité, à la fois extrêmement forte et en même temps très fragile. Il convient aussi de garder le sens des proportions. Évidemment, nous devons endiguer l’épidémie mais en gardant à l’esprit que des pays souffrent plus que nous, sont en guerre, connaissent la famine… Il est important que dans ce temps de confinement, nous ne nous repliions pas sur nous-même en cultivant nos angoisses mais que nous regardions toujours le vaste monde et que nous pensions à ceux qui sont dans une détresse plus grande.

Dans ce temps de peur, de repli sur soi imposé, quelles peuvent être la contribution et le témoignage des catholiques ?


Mgr E. M. -B
. : Je voudrais inviter les chrétiens à prier fortement pour ceux qui vont être frappés par le deuil et qui vont le vivre de manière tronquée. Puisqu’on ne peut pas se serrer dans les bras, se prendre par les mains dans la douleur, faisons-le au moins spirituellement. Nous devons prier tout spécialement pour ceux qui vont mourir seuls ou presque, aux familles qui vont perdre certains des leurs sans pouvoir les accompagner à l’hôpital. Les obsèques connaissent aussi des mesures de restriction. Tout cela est très douloureux.

Est-ce pour cela que la Conférence des évêques de France a décidé de prendre une initiative symbolique ?

Mgr E. M.-B. 
 : Le mercredi 25 mars, en effet, les évêques proposent que les cloches des églises sonnent à 19 h 30 et que chacun dépose des bougies à ses fenêtres. Pour les catholiques, nous proposons également une méditation du chapelet en portant particulièrement les défunts, les malades, les personnels soignants mobilisés avec courage et générosité, et tous ceux qui traversent cette période avec difficulté. Durant le Carême, il est primordial de garder notre cœur largement ouvert. Je pense aussi à ceux qui sont inquiets pour leurs revenus. Nous allons devoir faire preuve de solidarité sociale et familiale. Il y a aura beaucoup de manières de se montrer disciples du Christ et de mettre en œuvre l’amour du prochain.

Comment maintenir les liens de solidarité malgré le confinement ?

Mgr E. M.-B. : Il est toujours possible d’appeler, d’écrire, d’envoyer des colis aux personnes âgées ou isolées. J’espère qu’on saura trouver des moyens pour aider. Des initiatives déjà se mettent en place. Le confinement ne doit pas devenir un égoïsme plus ou moins confortable. Les chrétiens qui ont pu se réfugier à la campagne ne doivent pas oublier les malades et les familles en deuil. Notre vocation, c’est de pleurer avec ceux qui pleurent. Dans les hôpitaux et les prisons, en revanche, la mission des aumôniers est un souci. Nous allons suivre comment cela évolue.

Alors que les messes publiques sont suspendues, comment les catholiques peuvent-ils vivre ce Carême particulier ?

Mgr E. M.-B.  : Dans les diocèses et paroisses, beaucoup d’imagination se déploie, grâce notamment aux moyens modernes. Des rendez-vous quotidiens ou hebdomadaires s’organisent aussi pour soutenir la vie spirituelle des fidèles. Nous nous voyons obligés de vivre un Carême très sérieux comme jadis. Certes, nous pouvons rester chez nous à regarder des séries, mais il serait plus profitable de se lancer dans des lectures spirituelles, prendre le temps de prier seul ou en famille. Il faut prendre ce temps, qui peut être long et déroutant, comme un appel à nous recentrer sur l’essentiel et puiser dans nos ressources intérieures.

Comment comprendre cette épreuve ? Où est Dieu, à qui le pape a demandé « d’arrêter l’épidémie » ?

Mgr E. M.-B.  : Cette interrogation se pose à chaque grande épidémie qui jalonne notre histoire. Lorsqu’on raconte à Jésus le massacre de Galiléens et la chute de la tour de Siloé (Luc, 13) il explique qu’ils n’étaient pas plus pécheurs que les autres. Jésus ne fait pas échapper ses disciples au sort commun de l’humanité mais nous assure que tout vivre, les joies et les épreuves, dans l’amour de Dieu et du prochain, nous fait entrer déjà dans la vie éternelle. La grâce de Dieu est donnée pour cela. Il ne s’agit pas de s’imaginer que Dieu nous punit mais de se demander ce que moi, je peux changer dans ma vie pour vivre de son amour.

Comment habiter ce temps de confinement qui bouscule tous nos repères, nos habitudes ?

Mgr E. M.-B. : Ce temps de privations peut nous permettre de redécouvrir la vie de famille : la joie de jouer ensemble, de prier ensemble, de prendre le temps du repas. Nous sommes contraints d’habiter notre vie, par la prière, le silence, l’écoute mutuelle, alors qu’il n’est plus possible de seulement courir en surface pour rendre sa vie absolument excitante. Cette période nous oblige à ralentir, tous autant que nous sommes.

Cette crise peut-elle nous permettre de mieux accepter notre fragilité et notre finitude ?

Mgr E. M.-B. 
 : À chaque épidémie, l’humanité se promet de ne plus faire comme avant. Dans la Bible, c’est la question de la sincérité de la conversion. J’espère que cette crise sera pour nous l’occasion de nous interroger sur nos choix individuels et collectifs depuis la Libération. Nous savons que nous devons accepter des changements drastiques de mode de vie, notamment sous la contrainte écologique : notre planète s’épuise, la pollution n’est plus supportable, les inégalités se creusent. Serons-nous capables d’en tirer les conséquences au niveau collectif ?

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