Tribune de Véronique Fayet dans le journal La Croix du 15/05/2019

tribune du journal La Croix du 15/05/2019

Veiller sur notre « Maison commune »

Véronique Fayet, présidente du Secours catholique-Caritas France

Le 10 mai, l’Europe a atteint le « jour du dépassement »  : si le monde entier vivait comme les Européens, nous aurions déjà consommé l’ensemble des ressources naturelles que la planète peut renouveler en un an. Autrement dit, nous vivons à crédit. Le déficit écologique frôle chaque année les 200 %… de quoi faire pâlir les tenants du 3 %  ! Derrière les chiffres, c’est la beauté de la Création que l’on défigure, ce sont des sols, des rivières, des mers que l’on pollue, que l’on épuise et qui deviennent impropres à la vie. Des milliers d’espèces disparaissent sur lesquelles nous n’avons pourtant aucun droit  ; des millions d’êtres humains vulnérables sont contraints de fuir leurs terres.

« Déjà les limites maximales d’exploitation de la planète ont été dépassées, sans que nous ayons résolu le problème de la pauvreté », résume le pape François dans Laudato si’. Car à côté de la dette écologique, c’est une dette sociale que nous creusons à l’égard des plus pauvres  ; 117 des 500 millions d’Européens sont aujourd’hui touchés ou menacés de pauvreté ou d’exclusion sociale. Un chiffre tristement stable, alors qu’en 2009 l’Union européenne s’était donné pour objectif de le réduire de 20 millions à l’horizon 2020. Pire, le nombre de personnes sans abri a augmenté de 70 % en dix ans.

Bien plus encore qu’aux équilibres budgétaires, c’est au respect des limites écologiques et du socle des droits sociaux, récemment adopté, que les institutions européennes doivent veiller. Le temps presse  : à en croire les scientifiques, il nous reste dix ans pour agir sur le front du climat. Tenir ce cap suppose de reprendre le gouvernail de la finance. L’Europe a su mobiliser 2 000 milliards d’euros pour éviter aux banques la faillite. Combien en mobilisera-t-elle pour éviter la faillite écologique et sociale, pour sortir 50 millions de citoyens de la précarité énergétique, pour investir dans l’accès à une alimentation et à des moyens de transport durables, dans la conversion professionnelle et territoriale des secteurs les plus polluants  ?

Faire de l’Union européenne la gardienne de notre Maison ­commune et des conditions de vie dignes pour chacun de ses habitants, voilà un horizon mobilisateur  !

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