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Les 10 ans de la pose de la première pierre du Carmel de Bessines en (...)

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homélie de Mgr Pascal Wintzer

4 août 2018 - Carmel de Niort
10 ans de la pose de la 1ère pierre

Je reconnais que je suis souvent pris de vertige devant la rapidité des mutations de notre temps ; j’ai le sentiment que nous sommes toujours en retard sur des changements qui vont toujours plus vite que ceux que nous faisons.
Un choix fait à un moment l’aurait-il été cinq années plus tard ?
Et lorsque l’on fait un choix on envisage déjà qu’il puisse être modifiable, après vingt ans, voire dix ans.
Nous vivons dans un monde de l’instabilité généralisée, dans la vie professionnelle, mais aussi dans les liens affectifs : par crainte d’une séparation éventuelle, il vaut mieux de pas s’engager estiment certains.

L’instabilité insécurise, elle peut conduire à ne rien tenter, à ne pas s’engager.
Il y a dix ans, en posant la première pierre, vous donniez une forme bien concrète au choix que vous aviez fait de quitter les murs que vous connaissiez à Niort.
Ce choix, comme d’autres, ne peut se comprendre que parce que vous savez que les murs de pierre… ou de béton n’ont pas la promesse de la vie éternelle.
Bien sûr qu’ils sont nécessaires, mais ils ne doivent pas bercer d’illusion.

La demeure de Dieu c’est une tente, une simple tente de toile ; lorsque David voudra édifier un temple, le prophète Nathan l’en dissuadera au nom de Dieu.
C’est à son fils Salomon que ceci reviendra ; mais surtout, le vrai temple de Dieu, ce sera la descendance de David, cette descendance que sera Jésus Christ et que nous sommes, par adoption.

Alors que Juifs et Samaritains se querellent au sujet du lieu de la demeure de Dieu, on vient d’entendre les paroles du Seigneur :
« L’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père.
L’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père. »

S’il est juste de relativiser les constructions faites de mains d’hommes, nous devons avoir un grand respect pour la maison que nous sommes chacun. C’est là que Dieu veut habiter.
De plus, c’est par notre capacité à laisser Dieu habiter en nous que nous grandirons en liberté par rapport à toutes nos attaches terrestres.

L’histoire montre que la pensée chrétienne s’est longtemps montrée suspicieuse à l’endroit de la propriété privée, celle-ci peut en effet devenir notre première préoccupation.
Les biens de la terre peuvent devenir une véritable aliénation, non par cupidité, mais comme soucis.
Un archevêque et un prêtre peuvent se réjouir de n’avoir pour maison que celles qui sont liées à leur mission, libres que nous sommes de bien des préoccupations.
J’ajoute pourtant que, sans doute pour expier mes péchés, je dois m’occuper des maisons qui sont la propriété du diocèse ; cela ne laisse pas toujours l’esprit bien libre.
Mais, si nous sommes libérés de certains soucis matériels, c’est pour que nous portions notre première attention à la première demeure où Dieu veut résider : le cœur de l’homme.
C’est la plus belle et la plus digne des demeures, celle pour laquelle nous devons avoir le plus d’attention.

Comment des carmélites ne seraient-elles pas attentives à cela ? Sainte Thérèse d’Avila, dans Le Château intérieur, décrit le chemin qui permet d’aller de demeure en demeure.
Pour elle, c’est une grande pitié que nous ignorions ce que nous sommes, un château, un paradis où il plait à Dieu de vouloir habiter. Or, nous ignorons la dignité de notre être, pour nous arrêter à notre misérable corps (1, 2).
Si notre âme est un château, beaucoup d’âmes restent dans l’enceinte extérieure, où se tiennent les gardes. Les livres spirituels demandent justement à l’âme de rentrer en elle-même ; et bien, c’est cela, entrer dans le château (1, 5).

Thérèse appelle dès lors chacun à se connaître soi-même, non par un chemin d’introspection mais par celui de la contemplation :
« La connaissance de nous-mêmes dévie, et si nous ne sortons jamais de notre propre fonds, je ne m’en étonne nullement : ce mal est à craindre, et de plus grands encore. C’est pourquoi je dis, mes filles, que nous devons fixer les yeux sur Jésus Christ, notre Bien, et sur ses saints : c’est là que nous apprenons l’humilité véritable.
Par cette voie, je le répète, notre intelligence s’ennoblira, et la connaissance de nous-mêmes cessera de nous rendre craintifs et rampants…
Mais terribles sont les ruses et les artifices dont le démon se sert pour empêcher les âmes de se connaître et de se rendre compte des voies par lesquelles elles cheminent ! » 2, 11.

Oui, la vie spirituelle, la vie avec le Seigneur, la vie de charité est un véritable combat, et même une « guerre » ; dès lors, c’est la paix qui sera le signe que nous serons établis dans le Seigneur, que nous serons sur la route où il nous conduit.
La paix intérieure et la paix communautaire sont les signes que notre intention est droite, que notre désir est juste, qu’il est tourné vers la recherche de Dieu et non vers nous-même. Voici le seul indice qui ne trompe pas : c’est lorsque nos relations avec nos frères et nos sœurs sont justes, lorsque nous tendons à la charité, que nous pouvons penser que c’est vraiment Dieu que nous cherchons.
Le sommaire des Actes des Apôtres dit cela et désigne les repères qui structurent cette vie de toute communauté chrétienne :
« Les frères étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. »

Sainte Thérèse ne dit pas autre chose :
« Le moyen le plus assuré, selon moi, de savoir que nous observons les deux préceptes (de l’amour de Dieu et de l’amour des frères), c’est de voir quelle est notre perfection relativement à l‘amour du prochain.
Aimons-nous Dieu ? Nous ne pouvons le savoir, quoiqu’il y ait cependant de grands signes pour en juger. Mais pour ce qui est de reconnaître si nous aimons le prochain, oui, nous le pouvons (cf. Jn 4, 20).
Soyez-en certaines, autant vous aurez fait de progrès dans l’amour du prochain, autant vous en aurez fait dans l’amour de Dieu » (3, 8).

L’action de grâce qui nous rassemble aujourd’hui nous tourne vers le Seigneur, c’est lui seul qui bâtit la maison, c’est lui qui est l’architecte et le maître du chantier, le maître d’œuvre et le maître d’ouvrage, dirions-nous aujourd’hui.
Qu’il nous aide par son Esprit à nous laisser à ses mains, qu’il nous aide à coopérer à son œuvre avec tout ce que nous sommes.
L’amour de Dieu ne nous rend pas incapables d’agir, tout au contraire, c’est l’amour du Seigneur qui décuple nos capacités.

Père Pascale Wintzer

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