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Le dialogue interreligieux est "un chemin de tolérance"

Article paru dans La Nouvelle République du 17 février 2019

Le dialogue interreligieux est "un chemin de tolérance"

Roger Pacreau, aumônier catholique de la prison de Niort, était jeudi (14 février 2019) l’un des intervenants d’une conférence sur le dialogue entre chrétiens et musulmans.
Les occasions de voir ces quatre-là réunis sont plutôt rares : Roger Pacreau et Youcef Rahal, respectivement aumônier catholique et musulman de la prison de Niort, Bénédicte et François Nau, délégués diocésains pour le dialogue avec les musulmans, étaient les intervenants d’une conférence inédite, jeudi soir à Niort.

Invités par l’Espace Saint-Hilaire à débattre sur le thème du « dialogue entre chrétiens et musulmans, pourquoi, comment ? », chacun a témoigné de son expérience et de ses questionnements sur le sujet. A la maison d’arrêt de Niort, les aumôniers ont notamment bien saisi l’importance d’un tel dialogue, en soumettant à l’administration pénitentiaire un projet de rencontres interreligieuses, intitulées « Le vivre-ensemble est possible ».

“ Que chacun se respecte dans la religion à laquelle il croit ” " L’idée a germé suite aux événements de Charlie Hebdo, se souvient le diacre, Roger Pacreau. Aumônier catholique de la prison, il visite deux fois par semaine les détenus. À cette époque-là, lors de mes rencontres dans les cellules, des personnes de confession musulmane m’interpellaient pour me dire qu’ils ne comprenaient pas cette violence et ne partageaient pas ce qui se passait. J’ai pensé qu’il fallait échanger. »

Quatre ans plus tard, Roger Pacreau et ses homologues musulman, protestant et jéhoviste, se réunissent tous les deux mois et demi, dans la salle « culturelle » de la maison d’arrêt. « Au début, les détenus de confession musulmane étaient peu nombreux. Mais la présence d’un aumônier musulman a levé certaines craintes, cela s’est équilibré. »

“ Ne pas tomber dans le prosélytisme ” Et ensuite ? Comment instaurer un dialogue sur un sujet aussi sensible que celui des religions ? « Surtout pas en abordant frontalement le sujet, répond tout de go Roger Pacreau. On aurait tout faux et ce serait voué à l’échec, car on se retrouverait d’entrée confrontés aux a priori. Il faut être prudent, ne surtout pas tomber dans le prosélytisme. Et toute rencontre nécessite des préambules ! » Les aumôniers ont donc choisi « des thèmes plus généraux » pour amorcer en douceur les échanges : l’écoute, la connaissance de l’autre, le regard, la fraternité humaine.

“ On fait tomber beaucoup de clichés ” « Ce n’est que par la suite que l’on peut échanger sur nos pratiques, nos lieux de culte, nos différences. À ce stade, on fait tomber beaucoup de clichés, de fausses croyances. L’objectif n’est pas de faire changer les gens de religion, mais de faire en sorte que chacun se respecte dans la religion à laquelle il croit. Au final, ils disent toujours la même chose : on a le même dieu, pourquoi on se tape dessus ? C’est un chemin de tolérance qui passe par la connaissance de l’autre. » Les aumôniers entament aujourd’hui le deuxième cycle de ces rencontres interreligieuses à la prison de Niort, où le turn-over est important puisque les détenus sont incarcérés pour de courtes peines.

Roger Pacreau a déjà noté « un changement dans le regard de l’autre ». « Le simple fait que nous, aumôniers de différentes religions, travaillons en parfaite cohésion et avec un profond respect mutuel, apporte un climat de confiance et de sérénité propice au dialogue. Nous avons beaucoup de chance de vivre cela en milieu carcéral. »

Article paru dans La Nouvelle République du 17 février 2019