La montagne dans la Bible

La montagne dans la Bible

Après avoir réfléchi à la valeur symbolique de l’eau dans la Bible, nous portons maintenant notre regard sur un autre lieu symbolique : la montagne. Mais auparavant, prenons conscience de la présence universelle des symboles et de leur valeur.

Les symboles aujourd’hui

Chaque univers humain possède ses propres symboles et, pour comprendre l’univers de l’autre, il faut faire un effort d’ouverture d’esprit. Si je vais visiter le musée des Arts Premiers inauguré récemment, j’ai besoin d’une notice explicative détaillée, sinon je passe à côté de la signification de ces milliers d’objets. Un masque africain est tellement loin de ma civilisation ! Une église romane est un vrai livre sacré, mais il me reste fermé si je ne peux pas entrer dans l’esprit de ceux qui l’ont édifiée, sculptée. Tout récemment, un professeur demande à un étudiant ce qu’est un crucifix. Il lui est répondu : « une sorte de tournevis ». Cet étudiant vit dans un autre univers symbolique que celui dans lequel nous avons été formés.

En effet, dans notre monde d’aujourd’hui, la symbolique existe toujours, mais elle est différente. Elle prend un caractère quasi religieux dans des domaines où on ne l’attend pas. Par exemple, tout un rituel accompagne les matchs internationaux de football : hymnes nationaux, poignées de mains, échange de fanions… ou écroulement délirant de joueurs les uns sur les autres quand un but a été marqué ! Pensons au doigt levé vers le ciel d’un coureur cycliste célèbre dédiant sa victoire à un ami récemment décédé. De même, vous comprenez mieux la signification d’une poignée de mains quand vous tendez votre main et qu’on vous la refuse.

Voyons maintenant, dans la Bible, quelques moments importants où la montagne prend toute sa dimension symbolique.

Abraham au mont Moriyya

Dans l’histoire du peuple hébreu, la première mention d’une montagne se trouve dans le récit du sacrifice interrompu d’Isaac par son père Abraham (Gen 22, 1-19). Nous n’entrerons pas dans le fond du problème que pose ce récit. Nous retenons seulement le fait que Dieu demande à Abraham de monter sur la montagne pour le sacrifice. En effet, le fait de monter est sensé rapprocher de Dieu. Plus tard, sans trop de certitude, on identifiera ce mont Moriyya à la colline de Sion à Jérusalem, où fut construit le Temple., lieu privilégié pour le peuple de la rencontre avec Dieu. C’est vers ce lieu que l’on monte en pèlerinage. Les musulmans pensent que c’est de ce lieu que le prophète Mohammed a été emporté au ciel.

Moïse au Sinaï

Dans les récits de l’Exode, la montagne tient une place prépondérante. Il est assez difficile de suivre les différentes montées de Moïse sur la montagne du Sinaï. Il semble que le texte que nous avons en mains soit le rassemblement de différentes traditions. Peu importe pour nous : la montagne est présentée comme le lieu de la rencontre avec Dieu.

Moïse y monte seul à la demande du Seigneur. Tout un univers symbolique se déploie : le tonnerre terrifiant (Ex 19, 19), la montagne fumante (Ex, 2018), le nuage noir (Ex 20, 21) , autant d’images pour indiquer la force, la grandeur d’un Dieu qu’on ne peut atteindre par ses propres moyens.

Par contre, sur cette montagne, ce Dieu inaccessible veut se révéler. Il fait de Moïse à la fois son confident et son intermédiaire avec le peuple. C’est lui qui prend l’initiative du dialogue avec Moïse, dialogue qui aboutit au don de la Loi, exprimée dans le code de l’Alliance (Ex 20, 1-17) : ce que nous appelons improprement les Dix commandements, le Décalogue, les Dix Paroles.

La manifestation de Dieu (Ex 20, 18-21) provoque crainte et tremblement dans le peuple : « Parle-nous toi-même… Que Dieu ne nous parle pas, ce serait notre mort. ». Mais Moïse rassure : « Ne craignez pas ! Car c’est pour vous éprouver que Dieu est venu… » Nous retrouverons plus tard dans l’évangile (à la transfiguration) cette expression de crainte et la voix qui rassure, autre signe, autre ‘marqueur’, de la présence mystérieuse de Dieu.

A sa descente de la montagne, Moïse constate que, déjà, le peuple s’est détourné de Dieu. C’est le fameux épisode du Veau d’or (Ex 32 ; 1-35). En signe de colère, il brise les tables de la Loi, mais également il se fait intercesseur du peuple auprès de Dieu ; il remonte sur la montagne pour réécrire la loi sur de nouvelles tables, c’est-à-dire pour renouveler l’Alliance.

L’image de Dieu que nous retirons de ces récits est celle d’un Dieu majestueux, qui maintient ses distances entre l’homme et lui. Cette image va se transformer avec l’épisode d’Elie à l’Horeb.

Elie au mont Horeb (1R 19, 1-18)

Situons d’abord cette montée d’Elie à l’Horeb (autre nom du Sinaï). Elie vient de se confronter aux prêtres du dieu Baal, s’est moqué d’eux et a fini par les massacrer. Elie apparaît sûr de lui, sûr de sa force appuyée sur Dieu. Puis il a dû affronter les foudres de la reine Jézabel, cette femme païenne qui entraîne son mari le roi Achab sur le mauvais chemin. Elie se sent menacé et fuit au désert. Ce n’est plus le prophète triomphant. Il appelle la mort, mais l’ange de Dieu vient le réconforter et le voilà parti vers la montagne.

Nous qui avons en tête la manifestation terrifiante de Dieu à Moïse sur le Sinaï, nous voilà déroutés. Le Dieu qui veut se manifester à Elie ne le fait pas dans le vent de tempête, le tremblement de terre ou le feu. Voilà que survient « le bruissement d’un souffle ténu » (v 12). A ce moment, Elie pressent la présence mystérieuse de Dieu et prend une attitude de profonde vénération. Son zèle pour Dieu reste le même, mais son attitude va être différente, comme si sa rencontre avec Dieu l’avait rendu plus humble.

Le Seigneur l’envoie en mission. Bientôt, il va de nouveau affronter Achab et Jézabel, et dans l’épisode de la vigne de Naboth, son zèle pour Dieu fera de lui le défenseur des petits et des faibles.

Dans un prochain article, nous parlerons de la montagne dans l’évangile. Nous y retrouverons en particulier Moïse et Elie avec Jésus à la transfiguration. En conclusion nous essaierons de voir quelle est pour nous la valeur symbolique de la montagne au cœur de notre foi.

Joseph CHESSERON