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Homélie de Mgr Pascal Wintzer mercredi 15 octobre 2014

15 octobre 2014 - Sainte Thérèse d’Avila
Homélie de Mgr Pascal Wintzer au Carmel de Bessines

 

La liturgie du carmel a choisi l’Evangile de la samaritaine pour la fête de sa mère Thérèse ; l’évangile d’une rencontre entre Jésus et une femme.

La samaritaine n’est pas un symbole, elle est cette femme-là, dont les chrétiens gardent la mémoire grâce à saint Jean, et qui nous dit son expérience du Christ, son expérience de Dieu.

Par elle, nous voyons que la foi est d’abord une rencontre, une rencontre entre deux vivants : cette femme et Dieu, Dieu qui est alors perçu, ou découvert, comme « la » réalité, comme « le » vivant, comme celui qui a l’existence la plus certaine qui soit.

Toute expérience de conversion, tout chemin de foi, trouve son origine dans cette expérience première : Dieu est quelqu’un.

Sainte Thérèse écrit dans Le chemin de la perfection  : « Lorsque Dieu a donné à quelqu’un la claire connaissance du monde, qu’il lui a montré ce qu’il vaut, et qu’il existe un autre monde, et combien ils diffèrent l’un de l’autre, et que l’un est éternel tandis que l’autre est un songe (…) il faut en avoir l’expérience, car c’est une tout autre affaire que d’y penser, ou de le croire »  (Chemin 383).

Un mot qui pouvait jusqu’ici être vide et mort, le mot « dieu », désigne désormais ce qui est le plus certain.

Mais si Dieu est le vivant, celui ou celle qui le rencontre, ou qui est rencontré par lui, doit aussi être vivant.

Face à Dieu, face à Jésus aujourd’hui, la samaritaine ne perd pas son existence, elle sait, sinon s’opposer à Jésus, du moins exprimer ce qu’elle croit, ce qui l’inquiète, ce qui la bouleverse.

Un Dieu qui aurait peur des questions des hommes, un Dieu que l’on pourrait mettre à mal par nos interrogations, serait un petit Dieu, il ne mériterait même pas de l’être.

Au contraire, vous voyez que les questions de la samaritaine sont à chaque fois l’occasion pour Jésus d’aller plus loin dans ce qu’il révèle de lui, et de permettre aussi à cette femme d’aller elle-même plus loin dans sa vérité.

Sainte Thérèse est aussi cette femme forte et humble qui sait que Dieu est son Seigneur, et qui, pour cela, est noble et droite devant lui.

« On a le sentiment – écrit-elle – de trouver quelqu’un à qui parler, on croit comprendre qu’Il nous entend d’après les effets que nous ressentons, abondants sentiments spirituels d’amour et de foi, et autres résolutions accompagnées de tendresse » (V, 186).

Poser une question, c’est bien se mettre en situation d’attente, en état d’éveil, de disponibilité.

Dieu n’a pas peur de nos questions ; mais nous-mêmes, n’ayons pas peur des questions que nous pouvons nous poser aux uns et aux autres, elles nous font grandir, et dans notre vie et dans notre foi.

Dans l’Evangile, dans cette rencontre entre Jésus et la samaritaine, le premier qui pose une question, le premier qui attend, c’est Jésus.

C’est lui qui prend l’initiative d’aller vers cette femme et de lui demander : « Donne-moi à boire. »

Vous savez pourtant que tout aurait dû les tenir écartés l’un de l’autre : c’est une femme, c’est une samaritaine, et c’est une pécheresse.

D’une certaine manière, elle accumule en sa vie tous les motifs qui la désignent comme éloignée de Dieu, voire réprouvée par Dieu.

Elle est une femme à qui, sans doute, on ne demandait rien ; ou plutôt, une seule chose lui était demandée, elle était assignée à servir le bon plaisir des hommes, ces hommes qui ont été nombreux dans sa vie.

Comme le seau avec lequel elle vient au puits, sa vie aussi est vide : on ne lui demande rien, et sans doute pense-t-elle qu’elle n’a rien à donner.

Or Jésus vient à elle, et lui demande quelque chose : « Donne-moi à boire. »

L’initiative vient de Dieu.

Aurait-elle pu venir de cette femme ?

Sans doute que non, et son étonnement, comme tout le dialogue qui suit, nous montrent qu’elle avait intégré son indignité.

Pour elle, comme pour chacun de nous, c’est toujours Dieu qui fait le premier pas.

Les pécheurs la savent bien, les petits, ceux qui n’osent pas, ceux qui n’ont pas de place, ceux à qui on ne demande rien, et qui finissent pas penser qu’ils n’ont rien à donner.

C’est d’eux que chacun de nous tous, moi le premier, avons à recevoir la révélation du vrai sens du chemin de la foi : Dieu ne vient pas nous récompenser de quelque mérite, mais il vient gratuitement à notre rencontre, et par sa présence, il change notre vie.

Vous connaissez cette belle phrase de saint Augustin : « Dieu ne nous aime pas parce que nous serions aimables ; mais d’abord il nous aime, et ensuite, nous pouvons, grâce à lui, devenir aimables. »

 

Dans Le chemin de la perfection, Thérèse écrit encore ceci : « Dieu ne se donne entièrement à nous que lorsque nous nous donnons entièrement à Lui » (Chemin, 463).

Cependant, Thérèse met en garde ; si nous ne laissons pas Dieu venir vers nous, nous risquons de faire de lui celui qui ne fera que répondre à nos désirs, à nos attentes.

Alors, pour elle, mieux que n’importe excellent livre, c’est l’humanité du Christ qui est le chemin vers Dieu. Le chapitre XXII de son autobiographie emploie les mots de corps, d’humanité, de connaissance expérimentale. L’histoire de Jésus confirme que le don de Dieu passe par la vie du corps et non par l’idée que l’homme aurait de Dieu.

 

Le corps, du Christ et de l’homme, comme le corps des Ecritures et celui de l’Eglise sans sa réalité la plus concrète, est une butée qui vient stopper notre imaginaire et nous ramène au réel, c’est-à-dire à la vérité de Dieu et de nous-même.

Comment recevoir ce qui est donné, comment prendre en compte le corps, la vérité des êtres et de Dieu, sinon par cette humilité qui dénonce la confusion de l’image orgueilleuse que l’homme se fait de lui-même en tentant de se faire Dieu.

Le chemin de la perfection est pour Thérèse chemin d’humilité où Dieu se révèle pour ce qu’il est.

Voici ce qu’elle écrit dans le Livre des Demeures  :

« Un jour où le me demandais pour quelle raison Notre Seigneur aime tant cette vertu d’humilité, sans réflexion préalable ce me semble, ceci, soudain, me parut évident : Dieu est la suprême Vérité, et l’humilité, c’est être dans la vérité ; en voici une fort grande : nous n’avons de nous-mêmes rien de bon, nous ne sommes que misère, et néant ; quiconque ne comprend pas cela vit dans le mensonge. Plus on ne comprend, plus on est agréable à la suprême Vérité, car on vit en elle. Plaise à Dieu, mes sœurs, de nous faire la grâce de ne jamais nous écarter de cette connaissance de nous-mêmes. Amen » (6ème Demeure, 10, 7).