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"François, un pape bien déroutant", article de Mgr Pascal Wintzer, paru dans (...)

Article de Mgr Pascal Wintzer, Archevêque de Poitiers paru dans La Croix du 9 octobre 2017

François, un pape bien déroutant

 François est un pape bien déroutant, en tout cas il l’est pour moi, comme, je pense pour nombre de Français et d’Européens  ; déroutant, au sens fort et beau de ce terme  : il contraint, dans un premier temps quant aux manières de penser, ensuite, peut-être, dans les comportements, à changer de la route parfois trop habituelle sur laquelle nous sommes engagés. Je pense en particulier à ses propos, comme à ses gestes, sans cesse répétés, en faveur de l’accueil, presque inconditionnel, des migrants, quels que soient leur pays d’origine et leur religion. Déroutant, il l’est aussi pour certains dans l’exhortation apostolique Amoris laetitia lorsqu’il appelle à cette même chose  : l’accueil des familles, de toutes les familles.

En effet, nous étions habitués, depuis… deux mille ans à entendre des papes de plain-pied avec la culture européenne. Beaucoup d’entre eux furent italiens, les deux derniers, polonais et allemand, mais toujours européens. Et voici un pape qui vient d’ailleurs, même si son père naquit italien. Jusqu’à François, nous n’avions sans doute pas mesuré que la manière d’annoncer la foi était conditionnée par une culture particulière, parce que cette culture, c’est la nôtre  ! Nos réactions actuelles, non seulement à la parole, mais aussi à certains des gestes du pape François sont certainement révélatrices de conditionnements culturels dont nous n’avions pas jusqu’ici pleine conscience.

Bien entendu, lorsqu’un évêque est élu pape, il devient un « homme universel », il est donné par une Église particulière, ici celle d’Argentine, à toute l’Église catholique. Pourtant, faut-il que cette universalité gomme l’histoire et les particularités du lieu d’où vient ce pape  ? Certes non. Mais, Européens, nous pensions que les précédents papes étaient par définition universels, puisqu’ils étaient comme nous  ; le pape François nous fait mesurer que l’universalité n’est pas la simple extension au monde entier des us et coutumes du Vieux Continent, ces us et coutumes fussent-ils chrétiens.

Nos étonnements d’Européens sont alors révélateurs de ce que certaines Églises d’autres continents pouvaient éprouver en entendant et regardant des papes qui, jusqu’en 2013, furent tous européens.

Avec François, l’acculturation et la catholicité prennent consistance, s’inscrivent dans le réel  : il ne s’agit plus seulement d’adapter des modalités européennes de vie à d’autres contextes culturels, il s’agit de percevoir que l’Évangile n’est pas une possession européenne que nous devrions transmettre à d’autres, il s’agit de recevoir, à notre tour, ce que d’autres peuples vivent d’un Évangile qui leur est directement adressé, l’Esprit saint pouvant leur parler sans passer par notre truchement. Encore faut-il pour cela que, catholiques, tant fidèles que pasteurs, y compris prélats, comprennent que le modèle romain, si juste est-il, n’est pas la totalité de l’Évangile, en tout cas n’en est pas le mètre-étalon. Assurer la communion, ce n’est pas en être le seul déterminant.

Mgr Pascal Wintzer Archevêque de Poitiers

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