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Croyez-vous qu’il était plus facile d’être chrétien à l’époque des apôtres ? (...)

Homélie de Mgr Pascal Wintzer, lors de la Confirmation des jeunes du Territoire de Niort en l'église St-Etienne, le samedi 4 mai 2013
 
 
 Croyez-vous qu’il était plus facile d’être chrétien à l’époque des apôtres ?
 
Ni plus facile… ni moins facile non plus.
Il ne sert à rien de rêver connaître une époque ou des conditions idéales pour les chrétiens et pour la foi.
Le temps béni pour l’Evangile, c’est le temps où nous sommes situés ; pour nous, c’est donc aujourd’hui.
C’est pour aujourd’hui que nous rendons grâce à Dieu, pour la mission qui nous est donnée à vivre.
 
Parfois, j’entends des personnes se plaindre de la société. Il est vrai que nos institutions publiques ne sont plus inspirées par le christianisme.
Une certaine loi concernant un certain type de mariage en est une expression symptomatique.
En premier lieu, il convient de prendre acte que ce n’est plus le Décalogue ou les Béatitudes qui orientent la vie de la cité.
On peut le regretter, mais on ne peut en faire reproche aux institutions.
Ce n’est pas nécessité que la foi chrétienne inspire les institutions d’un Etat.
 
Pendant trois siècles, avant la conversion de l’empereur Constantin, les chrétiens ont été citoyens de l’empire romain, un empire qui était païen.
Dans bien des pays du monde, des chrétiens vivent au sein de régimes politiques qui ignorent la religion.
Chrétiens, nous vivons en quelque sorte sous un double régime de loi.
D’abord nous respectons les lois des pays où nous sommes, et ensuite, nous respectons les lois de l’Evangile.
 
Cependant, en tant que citoyens d’un pays, nous avons à y prendre toute notre part.
Le chrétien n’est pas moins citoyen qu’un autre, il a autant que lui voix au chapitre.
Nous ne cherchons à faire de la France un Etat religieux ou confessionnel, mais nous agissons et parlons pour que le sens de l’homme que nous recevons soit au bénéfice de chacun.
Sans doute ne le savez vous pas, mais, au XIXe siècle, il a existé un cantique célèbre intitulé « Catholique et français toujours ».
Ce cantique établit une sorte d’identité entre la France et l’Eglise catholique.
Or, contrairement à ce que laisse penser ce cantique, ou à ce qu’il promeut, il faut dire que l’on peut ne pas être français et être un bon catholique ; et j’ajoute, on peut être un bon français et ne pas être catholique.
 
La laïcité, telle qu’elle a été formulée en 1905, affirme que l’Etat est laïc, ses institutions ne sont pas régies par une religion ; et en même temps cet Etat affirme qu’il respecte les religions et garantit la liberté de culte.
Autrement, dit, c’est l’Etat qui est laïc et non pas la société.
La société doit rester un espace ouvert où chacun a le droit d’exister avec ce qui fait son identité.
Les religions ont ainsi le droit de se manifester publiquement. Interdire toute parole religieuse ou tout signe religieux serait un non respect de la loi de 1905 et bien sûr à la liberté religieuse.
Comme chrétiens, nous avons le droit, comme l’ont les autres religions, d’exister, de parler, d’agir, de nous engager.
Nous avons le droit, et, j’ajoute, au nom de l’Evangile, nous en avons le devoir.
C’est ce à quoi nous appelle le don de l’Esprit Saint à la confirmation et c’est ce que nous montre tout le livre des Actes des Apôtres.
 
Alors, ne cherchons pas à expliquer la difficulté à être chrétien en dehors de nous ; c’est nous le premier obstacle à l’Evangile.
L’écrivain anglais Chesterton posait cette question : « Qu'est-ce qui ne va pas dans le monde ? » Et il répond : « C'est moi. ».
Cependant, pour être plus juste, il faut dire que chacun est à la fois la chance et l’obstacle à l’Evangile.
Nous en sommes la chance parce que c’est grâce à des chrétiens que nous avons rencontré le Christ.
Dans vos lettres, la plupart d’entre-vous mentionnez les noms de ces personnes qui vous ont conduit au Seigneur.
Et nous-même, souvent sans le savoir, nous sommes des repères qui conduisent au Christ.
 
Et cependant, l’obstacle, nous le sommes aussi, et ce dès le début de l’Eglise.
Le texte des Actes des Apôtres de ce jour le souligne : les chrétiens ont la fâcheuse tendance à se disputer entre eux.
Hier, c’était à l’occasion de ce qui leur était ou non permis de manger, au sujet aussi de la pratique de la circoncision.
 
En effet, lorsque certains des chrétiens étaient des Juifs et d’autres des païens, chacun estimait que ce qu’il était et que ce qu’il vivait était ce qu’il y avait de meilleur pour être fidèle à l’Evangile.
Mais, ils ne se satisfont pas de se diviser, ils veulent dépasser cela : « On décida que Paul et Barnabé, avec quelques autres frères, monteraient à Jérusalem auprès des Apôtres et des Anciens pour discuter de cette question. »
 
Aujourd’hui, l’alimentation et la circoncision ne sont plus des motifs pour les chrétiens de s’opposer ; nous savons pourtant, tout comme hier, nous donner de bons motifs, ou prétendus tels pour nous distinguer, voire nous diviser : Dans quelle langue faut-il prier ? Comment faut-il communier ? Doit-on se manifester ou manifester ? Etc.
 
Même s’il n’y a pas à espérer en une assistance miracle de l’Esprit Saint qui nous dicterait automatiquement comment il faut nous comporter, qui nous dirait ce qu’il faut choisir dans telle ou telle circonstance, il ne nous laisse pourtant pas sans secours.
Dieu ne nous laisse jamais sans secours ni lumière, mais il le fait rarement en ligne directe, il le fait par les événements, les lieux, la vie, et avant tout par les autres qui nous entourent.
Encore une fois les Actes des Apôtres nous le montrent.
Après avoir parlé ensemble, ils déclarent : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé que… »
Puisque vous recevez chacun le don de l’Esprit Saint, n’imaginez jamais que le Seigneur vous donnerait une dose plus importante que ceux et celles qui vous entourent.
Dieu ne s’économise ni ne se divise. Il est toujours le même et c’est en totalité qu’il se donne à vous.
Tout comme désormais l’Esprit habite votre cœur et votre esprit et pourra parler par votre bouche lorsque vous lui serez docile, de même il parle tout autant par les autres chrétiens.
 
En choisissant de se réunir à Jérusalem pour dissiper leurs querelles, les premiers chrétiens sont fidèles aux propos entendus dans l’Apocalypse : « Il me montra la cité sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel. Elle avait douze portes. Il y avait trois porte à l’orient, trois au nord, trois au midi, et trois à l’occident. »
Chacun d’entre nous est entré à Jérusalem, est devenu chrétien, par une de ces portes.
Or, certains des chrétiens, se contentent de rester dans le couloir, ou bien dans le vestibule, ils ne vont pas jusque dans l’atrium central, là où tous peuvent se rencontrer.
Ils pensent que l’Eglise n’existe que par la porte, le chemin, qui les a conduits au Christ.
N’ayez pas peur, découvrez la diversité des portes, des chemins, des visages de Dieu.
Vous y découvrirez la richesse de Dieu, et pour chacun de nous, ces diversités seront aussi une richesse.
 

Mgr Pascal Wintzer