ACAT - Réflexion sur l’immigration

L'IMMIGRATION

EST-ELLE UNE FATALITÉ ?

Cet article paru dans le numéro 873 (janvier -février 2014) de Pentecôte sur le monde propose quelques éléments de réponse. Ces derniers temps, nous avons entendu parler des naufrages en série. Le ventre inassouvi de-la mer a mis fin à la vie des clandestins qui rêvaient à une vie meilleure en Occident. Quelles solutions aux problèmes de l'immigration clandestine ?

En ce matin d'automne 2013, au large de Lampedusa, en Italie, dans une mer agitée, ce ne sont pas des feuilles mortes que nous constatons en train de flotter mais des cadavres. Une embarcation de fortune vient de chavirer. Drame. Et ce n'est pas la première fois. Le ventre de la Méditerranée, toujours insatiable, glouton, dévorant, fait verser des larmes à des familles et à des États. Des questions fondamentales se posent. Pourquoi ces tragédies ? Quelles solutions pour les empêcher ? Peut-on prévoir un lendemain meilleur ?

D'entrée de jeu, il faut savoir que, dans l'esprit de nombreux citoyens de pays du Sud, se répand l'idée que l'Occident constitue un eldorado où l'argent coule à profusion. Un lieu où l'on peut en avoir avec peu d'effort. Faux ! Il y a un déficit d'information. Savent-ils que des centaines de sans-domiciles fixes meurent de froid en hiver ? Que les licenciements et le nombre des chômeurs ne cessent d'augmenter ? Que des paysans et des pêcheurs font faillite et que certains d'entre eux se suicident car ils ne peuvent plus payer leurs crédits ?

C'est évident, les immigrés ne sont pas bien informés. Mais l'immigration, est-ce la seule solution au problème de pauvreté dans les pays du sud ? Non. La première solution se trouve sous les pieds des citoyens, dans leur propre pays. Leurs sous-sols regorgent de matières premières. Du pétrole au gaz, de l'or au diamant, du coltan à l'uranium, du fer à la tanzanite, la liste est longue. Elles rapportent des milliards d'euros. Mais qui en profite ? Les pouvoirs publics et les investisseurs en premier lieu. Les pauvres ne reçoivent que des miettes. Et parfois, même les restes leur échappent !

D'une part, les matières premières attirent des trafiquants d'armes et de stupéfiants, provoquant l'insécurité et des guerres qui pourraient être évitées dans le monde. Par conséquent, immigrés et réfugiés affluent de toutes parts vers les lieux les plus sûrs de la planète, même s'ils ne sont pas toujours bien reçus. D'autre part, l'aide versée aux pays du Sud ne fait qu'aggraver leur pauvreté puisque les prétendus « donateurs » en reçoivent dix fois plus en retour. De plus, le peu d'impôts payés par les investisseurs enrichit surtout ceux qui sont au pouvoir. Dans cette situation, comment voulez-vous que toutes les personnes défavorisées restent chez elles ? Ne voyez-vous pas qu'ils suivent la direction qu'a prise une partie de leur richesse ?

Et ce n'est pas tout. Des dirigeants corrompus amassent des fortunes colossales dans des paradis fiscaux ou se construisent de somptueuses villas, le plus souvent à l'étranger. Ils se remplissent le ventre tandis que les citoyens ordinaires partent chercher leur bonheur ailleurs. Ces derniers finissent par se faire gober, avaler par le ventre de la mer.

En amont, des passeurs, notamment en Tunisie ou en Libye, récoltent la fortune que les candidats à l'immigration ont réunie, sans doute en vendant la dernière vache maigre qui leur restait. Avant leur départ, des maisons ou des terres familiales se vendent à la hâte à un prix défiant toute concurrence pour régler les voyages. Ils font tout pour pouvoir partir dans un monde où, croient-ils, règne l'opulence illimitée. Inconscients du danger, ils s'entassent alors par centaines dans des bateaux fragiles, souvent en bois, et lèvent l'ancre. C'est ainsi que des drames comme celui de Lampedusa finissent par arriver.

Mais ces fléaux pourraient prendre fin si notre monde faisait justice aux marginalisés. Comment ? Il faut qu'il y ait plus de transparence dans le transfert de fonds d'un pays à l'autre. Les citoyens doivent pouvoir participer à la signature de contrats accordés aux investisseurs et profiter des rendements que produisent les ressources naturelles. Les dirigeants corrompus doivent être traduits en justice. Les paradis fiscaux doivent être soumis à un règlement qui les oblige à remettre les dollars volés aux pays d'origine. Les pouvoirs publics doivent utiliser les taxes pour développer les infrastructures, créer des emplois et ainsi améliorer la vie de leurs concitoyens. Ces solutions aideraient à vider les centres d'accueil de Lampedusa ou d'ailleurs. L’Europe n'aurait plus à se soucier à subventionner de tels centres ou à surveiller ses frontières. Les familles n'auraient plus à pleurer la mort de leurs proches engloutis dans la Méditerranée, ni à vendre le peu de ce qu'ils possèdent à la maison pour payer les passeurs. L’Italie n'aurait plus à se demander où trouver de l'argent pour nourrir des clandestins qui ont échappé au ventre inassouvi de la mer ou, pire, pour acheter suffisamment de cercueils afin de rendre un dernier hommage aux défunts.

Enfin, la journée mondiale du migrant et du réfugié qui, en 2014, a eu lieu le 19 janvier, pourrait être utilisée à bon escient pour sensibiliser le monde entier afin que la dignité de l'être hu­main, quelle que soit son origine, soit respectée.

Que cessent les pillages de biens des plus pauvres. Et que l'on mette fin aux naufrages presque prévus d'avance.

Père Evarist Shirima

Directeur de la publication

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