A la découverte du sculpteur Laurent Pages

Un sculpteur que je découvre à travers ses œuvres d’une part et à travers Marie d’autre part qui tient tant à les faire vivre et elle a entièrement raison. C’est bien pour cela que nous avons engagé cette petite aventure, l’exposition.
Les œuvres parlent et elles m’ont beaucoup appris de l’homme qu’il y a derrière, de ce qu’il a bien voulu nous laisser entrevoir de sa quête, mais aussi de ses joies et de ses interrogations.

Il y a d’abord eu ce rendez-vous à l’atelier, l’antre de l’artiste, le lieu où se fait la création, un lieu toujours aussi magique pour moi dans lequel je pénètre avec une grande discrétion mais aussi une grande curiosité.

Et c’est une main que j’ai découvert et un regard au milieu d’une odeur et d’un feu de cheminée.
Il parlait de l’atelier comme « l’endroit de tous les possibles et de toutes les métamorphoses ».
On m’avait dit de lui, le sculpteur sur bois qui a fait la « poutre de gloire » de la petite église romane de Bessines. Mais j’ai découvert bien plus.

Une main, capable de dessiner, de peindre, de sculpter le bois mais aussi de modeler sans fin l’argile ou la terre qui provient d’ailleurs, une terre choisie pour sa texture sans doute.

J’ai découvert les dessins préparateurs mais aussi les dessins qui vivent par eux-mêmes. J’ai senti une main rapide, désireuse de saisir le mouvement, la posture, avant de passer à l’espace en 3D
J’ai vu ses petits modèles en terre, malaxés par une main assurée, modelés jusqu’à trouver le juste mouvement.
J’ai vu ses terres cuites laissées tel quel ou cirées pour leur donner une présence plus forte.

J’ai vu des outils, nombreux, aux noms spécifiques, gouges, racloirs, rifloirs, destinés à sculpter cette fois le bois, toutes sortes de bois, à creuser, tailler, griffer, lisser.

J’ai rencontré le regard d’un homme, à la recherche d’une vie, d’une expression, un besoin d’appréhender le geste qui parle et de le fixer à jamais.
Et j’ai trouvé un homme de relation, chaleureux, considérant l’individu dans sa relation avec l’autre. J’ai découvert des groupes d’hommes et de femmes, dans la douleur et dans la joie.

Et puis, j’ai vu la couleur. Il cherchait « un rapport entre la chair humaine et la vie du bois ». Je crois qu’il l’a trouvé avec la couleur qu’il appliquait sur ses sculptures de bois. L’âme est en bois, mais la couleur lui permet de la faire vivre sous nos yeux et de rendre plus efficace les interrogations des regards, la beauté des gestes simples, la proximité des êtres.
Une couleur choisie et non pas mise au hasard et une couleur patinée, travaillée et non pas posée à plat comme un vulgaire coloriage.

Voilà, Marie, tout ce que j’ai pu découvrir de votre mari, grâce à votre sensibilité et votre juste perception de son art. Bravo à vous d’avoir cette volonté de faire vivre son œuvre.
Je vous souhaite très sincèrement de réussir.

Yolande