2ème conférence de Carême 2016

2ème conférence de Carême 2016 du jeudi 18 février 2016
par le père Guy-Roger Makosso

La parabole de l’enfant prodigue

La première chose à faire en écoutant cette parabole de l’enfant prodigue est de comparer l’image que nous avons de Dieu avec celle, que Jésus nous donne de son Père.
Le premier but de la parabole est en effet de nous apprendre qui est Dieu ?

Charles Péguy écrivait : « Si tous les exemplaires de l’Evangile devaient être détruits dans le monde, il faudrait que l’on garde au moins une page, celle qui relate la parabole de l’enfant prodigue pour comprendre enfin qui est Dieu : ce Père qui veille, ce Père qui attend, ce Père qui ouvre ses bras, ce Père qui pardonne et organise une grande fête pour le retour de son fils. »

1- Dans notre monde moderne :

Dans notre monde moderne, cette parabole est très actuelle et ce qui retient l’attention en la relisant, c’est le départ du fils cadet. Il reflète bien la situation de nos familles.

Il y a des milliers de jeunes et de moins jeunes qui depuis quelques années se sont éloignés de la religion de leurs parents, afin de pouvoir affirmer leur autonomie et exercer leur liberté, sans limite et sans entraves.

Ils ont pris leur part d’héritage et sont partis, loin de la famille et de la communauté chrétienne. Ils ont quitté ce qui était pour eux un monde d’ennui, de monotonie, de rituels dépassés et se sont aventurés dans un monde de réussite, de bonheur, de liberté et d’opportunité sans limites.

Proverbes : a- « Les oreilles ne peuvent pas dépasser la tête. »

b-« Un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui flambe. »

Le fils cadet :

Lorsque le fils cadet demande sa part d’héritage, il ne veut pas seulement une forte somme d’argent. En fait, il dit à son père : « Je te considère comme mort pour moi. » C’est pour cette raison, que je veux avoir maintenant l’héritage auquel j’aurai droit après ton décès. »

Ce fils cadet ne réalise pas la joie qu’il a d’être, fils du Père. Mal conseillé par le tentateur qui l’entraîne loin de la tendresse paternelle, il finit par se trouver dans une situation dramatique. Puis, une fois détruit, ruiné et miséreux, le tentateur l’abandonne. Il se retrouve dans la pire déchéance : la déchéance de nationalité juive.

Que fait-il ?

Il doit garder les cochons. N’oublions pas que pour un juif, ces animaux étaient considérés comme impurs d’après la loi. Nous remarquons également que le retour de ce fils cadet vers le père n’est pas dû à une vraie contrition, mais à la faim qui le tenaille : « ventre affamé n’a point d’oreilles. »

Le fils cadet espère trouver auprès de son père, au moins une place de serviteur. Alors, il se lève pour prendre la route du retour.

Que fait-il ?

Il pense à quelques phrases qui pourraient attendrir un père justement irrité : « bien ! j’ai trouvé la formule magique. Je lui dirai : père, mon père, bien-aimé, j’ai péché contre le ciel et contre toi : je ne mérite plus d’être appelé ton fils, « prend moi, comme un de tes ouvriers. »

En fait, c’est l’amour, le véritable amour qu’il recevra en retour. Pas l’amour calcul. Pas la rouerie des femmes. Lorsque la pauvreté rentre par la porte, l’amour sort par la fenêtre.

Mais, un amour sincère qui va jusqu’au pardon. Aussi, retrouvera t-il sa place dans le cœur du père, au sein de sa famille, au sein de la société. Le père avait préparé un somptueux repas. Il avait invité tout le village à fêter le retour de son fils, qui est aussi le fils de tout le village. « En Afrique, nous disons : lorsque l’enfant est dans le sein maternel, il est l’enfant de sa maman, mais dès qu’il vient au monde, dès qu’il est né, il devient l’enfant de tout le village »  : les papas de ses amis, il les appelle papa. Les mamans de ses amis, il les appelle maman. Les oncles de ses amis, sont ses oncles, les tantes de ses amis, sont ses tantes. Les coqs, les poules, les moutons des amis du village, nous appartiennent, personne ne peut les voler. Il existe avec tous les habitants du village, un climat familial. Il y eut beaucoup de joie dans le village, et les gens se mirent à chanter et à danser. C’est la fête familiale.

Le fils cadet découvre à quel point l’amour de son père est gratuit et démesuré.

Le fils aîné :

La joie que le père éprouve lorsqu’il a trouvé son fils est l’image de la joie de Dieu, lorsque son fils unique, Jésus-Christ, retrouve un pécheur. Mais, car il y a un mais, une note discordante dans tout cela : le fils aîné refuse de participer aux réjouissances. C’est pour cette raison qu’il y a des auteurs qui aiment bien parler de « la parabole des fils perdus. »

Les deux fils sont prodigues : car l’aîné gâche sa joie en refusant l’invitation de ses parents à participer au festin autour du veau gras.

La parabole commence par le fils cadet perdu et se termine par le fils aîné perdu. Est-ce une inclusion ? Le fils aîné se situe comme serviteur : « il y a tant d’années que je te sers et jamais, tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. »

Le fils aîné refuse de reconnaître le deuxième fils comme un frère. Dans l’Evangile de Luc 6, 37, nous lisons : « Ne portez de jugement contre personne, et Dieu ne vous jugera pas non plus. Ne condamnez pas les autres, et Dieu ne vous condamnera pas. Pardonnez aux autres, et Dieu vous pardonnera. »

Ce fils aîné est celui qui juge et condamne.

Au premier abord, il a raison : son frère a fauté. Il a déshonoré sa famille. Il doit assumer les conséquences de ses actes.

Nous Chrétiens :

C’est important pour nous aussi. Nous sommes invités à ne pas durcir notre cœur, comme l’a fait le fils aîné, mais à partager la tendresse de Dieu. Nous sommes souvent, comme le fils aîné. C’est ce qui se passe, lorsque nous estimons que nous ne pouvons pas fréquenter n’importe qui…Lorsque nous pensons qu’il faut écarter les brebis galeuses. L’on se dit parfois que l’Eglise devrait être plus intransigeante.

Mais, c’est précisément pour répondre à l’appel du Christ que l’Eglise s’efforce d’atteindre les incroyants, les pauvres, ceux qui sont loin, dans les périphéries. Et, le Père veut nous associer tous à sa joie, chaque fois qu’un pécheur est réconcilié.

Le carême est un moment favorable pour ce retour vers le Père, à travers le sacrement du pardon. Cette rencontre avec l’amour miséricordieux du Père est source de joie : la joie du pécheur pardonné. Mais aussi, celle de Dieu.

Le Seigneur veut faire de nous des messagers de sa miséricorde.

Le père :

Si la fin est décevante, l’image que l’on retient est celle d’un être qui « guette », un être qui joue le rôle de sentinelle, de gardien, de vigile, de berger, c’est-à-dire quelqu’un qui voit loin, qui voit le danger et cherche à sauvegarder la vie de ses proches. Il court à la rencontre de son fils ; cela nous fait penser à rencontre de Marie avec Elisabeth : une rencontre enrichissante.

Qu’en est-il de nos rencontres avec les parents, les enfants, les amis, et même avec le Seigneur. « Si tu as quelques griefs avec ton frère et ta sœur, prends le temps de te réconcilier avec toi-même, avec tes semblables et avec Dieu, avant de déposer l’offrande à l’autel, pour que cette prière soit agréable aux yeux de Dieu, le Dieu d’amour. »

Cfr les 5 doigts de la main ( l’index accusateur).

Le père embrasse, étreint le fils perdu et organise un festin.

Dieu notre Père a compassion des perdus, de ceux qui sont encore loin. Lc 15, 20. Et de ceux qui ont toujours été près, proches de lui. Lc 15, 31.

Cette parabole nous décrit la bonté de Dieu, la grâce, la miséricorde infinie et l’amour débordant de Dieu.

2 - Qu’est-ce-que la miséricorde ?

A la confédération nationale des « Miséricordie » d’Italie, place Saint-Pierre, le 14 Juin 2014, le Pape François donnait cette explication : la miséricorde vient du mot latin, « misericordia », dont la signification étymologique est « miseris cor dare », donner le cœur aux indigents, à ceux qui ont besoin, à ceux qui souffrent… c’est ce que Jésus a fait.

Jésus a ouvert grand son cœur à la misère de l’Homme. L’Evangile est riche d’épisodes qui présentent la miséricorde de Jésus, la gratuité de son amour pour les personnes qui souffrent et celles qui sont faibles. Dans les récits évangéliques, nous pouvons saisir la proximité, la bonté, la tendresse avec laquelle Jésus approchait les personnes qui souffraient et, les consolait, leur apporter son réconfort, et souvent les guérissait.

Sur l’exemple de notre Maître, nous sommes nous aussi appelés à nous faire proches, à partager la condition des personnes que nous rencontrons. Il faut que nos paroles, nos attitudes expriment la solidarité, la volonté de ne pas rester étrangers à la douleur des autres, et cela avec une chaleur fraternelle et sans tomber dans une aucune forme de paternalisme.

C’est par la miséricorde que nous sommes sauvés.

3- Pourquoi la miséricorde ?

Pour le Cardinal Danneels, les pays d’Occident sont en général des pays florissants. Ils ont une politique sociale, et le souci des pauvres ; ils ont une médecine qui a fait de grands progrès et les hôpitaux sont de haute qualité. Aussi fait-on beaucoup matériellement pour les couples et les familles. Pour toutes ces raisons, en Occident, tous devraient être heureux, ou presque.

Malgré tous ces efforts de la société, un cri ne cesse de résonner dans le cœur de chaque homme et de chaque femme : « des profondeurs de l’abîme, je crie vers toi, Seigneur » ps 130.

Jour après jour, tous les hommes ne cessent de poser les deux mêmes questions :

-  Où trouver un lieu où l’on m’écoute en profondeur ?

-  Qui m’adressera une parole libératrice ?

Heureusement, au fond du cœur, chaque homme et chaque femme trouvent cet endroit caché, où habite quelqu’un qui écoute et livre une parole qui libère.

C’est le lieu où Dieu réside en nous, où son esprit nous habite.

Ce coin caché s’appelle « la maison de la miséricorde. »

Le mot hébraïque ( rahamim) qui correspond au mot latin « misericordia », ne contient pas le mot cœur ; il prend un autre mot : « sein, utérus ».

Car, « le lieu de la miséricorde » est un espace où règne la tendresse du cœur, une atmosphère qui ressemble à la chaleur du sein maternel. C’est une tendresse qui dépasse même celle qui règne dans l’intimité des époux.

Là où habite Dieu, l’atmosphère est en effet d’une intimité maternelle : Dieu écoute, Dieu parle, Dieu guérit et soigne, Dieu pardonne tout comme une maman. Même si pour son enfant, une situation est insoluble, la maman trouve toujours comment être maman.

La miséricorde : un cœur sensible à la misère de l’autre, à notre propre misère. Qu’en est-il de notre propre cœur aujourd’hui ? fait-il partie des cœurs habitués, des cœurs de pierre, cuirassés, indifférents, ces cœurs de marbre, de vipère, de lion ? Ou bien, un cœur de chair, ouvert, vivant, exposé au risque d’être blessé, comme le cœur de Dieu ?

Patrice GOURRIER, qui a ouvert son cœur avec le Pape François, souligne dans son ouvrage intitulé : « Ne parlez pas de la miséricorde, vivez-là », a repris cette parole de Jean Cocteau : « il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. » Il en est ainsi de la miséricorde. « Cessons de parler, agissons. »

Et aujourd’hui, lorsque des personnes de tout âge l’interrogent, lui demandant comment vivre leur foi, il reprend les paroles du Pape François : Soyez missionnaires de l’amour et de la tendresse de Dieu. Soyez missionnaires de la miséricorde de Dieu, qui toujours nous pardonne, toujours nous attend, nous aime totalement…

Missionnaires de l’amour, missionnaires de la tendresse, missionnaires de la miséricorde, voilà les titres que chacun d’entre nous est appelé à porter.

Missionnaires, nous pouvons l’être partout au quotidien, quel que soit notre âge.

Pour vivre cette mission, le Pape nous invite à mettre en avant deux mots : humilité et douceur. Ces deux sont comme le cadre d’une vie chrétienne.

Père Guy-Roger Makosso